Culture et identité

L’hommage de La Réunion à un grand Alsacien

Parution d’un livre de Gaston Lotito : "L’Utopie d’Albert Schweitzer"

Témoignages.re / 26 décembre 2011

Gaston Lotito, docteur en géographie, a commencé son parcours professionnel au Gabon en 1963 comme coopérant et l’a terminé à La Réunion comme proviseur du Lycée Leconte de Lisle à Saint-Denis. Durant ce parcours, il a toujours été très sensible aux graves problèmes que vit une grande partie de l’humanité la plus pauvre. Voilà pourquoi en 2002 il a participé à la création de l’association humanitaire et culturelle R.O.I.S. (Réunion Océan Indien Solidarité), qui mène des actions au service de personnes en difficultés dans l’île et dans notre région, en particulier à Madagascar. En même temps, il s’est consacré à la publication en 1987 et en 2010 de deux ouvrages sur les tragédies vécues par les peuples du Sahel. Dans le même esprit, il vient de publier chez Azalées Éditions un livre sur la vie et l’œuvre admirables d’un « grand homme » d’origine alsacienne, comme l’anti-esclavagiste Victor Schœlcher ou le sculpteur humaniste Auguste Bartholdi. Cette personnalité est le docteur Albert Schweitzer, que Gaston Lotito a rencontré en 1964 dans son « village de santé » à Lambaréné au Gabon, quelques mois avant la mort du seul français Prix Nobel de la Paix, à l’âge de 90 ans. Voici de larges extraits de la présentation de ce livre, intitulé "L’Utopie d’Albert Schweitzer", par son auteur, « poussé par un devoir de mémoire », qui a gardé un « souvenir lumineux » de ce grand Alsacien.

• Comment résumer la vie et l’œuvre d’Albert Schweitzer ?

- Pour évoquer cette grande âme, il me semble nécessaire de replacer quelques instants Albert Schweitzer dans l’espace et dans le temps c’est-à-dire dans le cadre du Gabon colonial depuis la veille de la Première Guerre mondiale jusqu’aux lendemains des indépendances africaines au début des années 60. Albert Schweitzer était arrivé au Gabon en 1913. Expulsé en 1917, il y revint en 1924 et y résida avec des coupures nécessaires pour la collecte de fonds jusqu’à sa mort en septembre 1965.
Il était pasteur de l’Église Évangélique. Théologien, il a écrit "La mystique de l’apôtre Paul". Philosophe, il publie dans les années 30 un essai sur "Les Grands penseurs de l’Inde". Musicien, il a renouvelé la compréhension et l’interprétation de Jean Sébastien Bach, « le musicien poète ». II s’est fait « médecin d’occasion » pour servir un projet humanitaire pratique.
Au début des années 50, avec Albert Einstein, il devint l’apôtre de la lutte contre la pollution et les armements nucléaires. En 1953, il reçoit le Prix Nobel de la Paix.

• Malgré de violentes attaques dont il a été victime, quel message d’Albert Schweitzer devons-nous retenir ?

- Albert Schweitzer a-t-il vraiment besoin d’être défendu ? Par contre ne peut-on s’interroger sur les motivations de ses détracteurs ? Son œuvre aujourd’hui est on ne peut plus vivante.
À Lambaréné, l’hôpital est à la fois un lieu de Mémoire, un laboratoire de recherche et, bien entendu, un centre de soins doté des moyens les plus modernes. Il rassemble une communauté humaine de plus de 2. 000 personnes.
La Fondation Internationale Albert Schweitzer, établie en Alsace, dans sa maison de Gunsbach, regroupe les multiples associations des amis de Schweitzer du monde entier et veille au rayonnement de sa pensée. Mais pour nous, aujourd’hui, ce qu’il y a de plus vivant c’est sans doute l’héritage d’Albert Schweitzer.

• Quel est cet héritage ?
Au-delà même de son œuvre, si riche, Albert Schweitzer nous laisse un héritage spirituel qui vient très opportunément nous aider dans nos réflexions et nos combats pour la survie de notre espèce car Albert Schweitzer fut un visionnaire :

- Il a formulé très tôt ses craintes sur les évolutions africaines et le pillage du continent par les grandes entreprises prédatrices. On sait ce qu’il en est aujourd’hui.

- Il a fait constamment appel à l’action humanitaire comme un devoir, un devoir de réparation.

- Il a été surtout, un précurseur du mouvement écologiste mondial en s’engageant de toutes ses forces, de toute son âme, dans la lutte contre les dangers de la pollution nucléaire et dans son souci constant d’associer la santé à l’environnement.
Son éthique est celle du respect de la vie. J’ai eu la chance d’approcher cet homme étonnant qui vivait si familièrement parmi ses malades et ses animaux, qui recevait et s’entretenait avec ses amis Romain Rolland, Einstein, Tolstoï, Gandhi, Tagore, Stefan Zweig et bien entendu Goethe et Bach comme s’il les voyait tous les jours. Je garde de cette rencontre un souvenir lumineux et le sentiment d’avoir été en présence de la grandeur.


Kanalreunion.com