Culture et identité

L’Insurrection malgache de 1947

Marlène Sitouze / 24 novembre 2016

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« Comme en Indochine et dans les pays colonisés d’Afrique, la fin de la Deuxième Guerre mondiale ouvre à Madagascar une époque nouvelle : celle de la revendication pour l’indépendance nationale. Malgré certaines ouvertures du pouvoir à Paris (élargissement du suffrage universel, droit à une représentation politique, suppression de l’indigénat et des réquisitions), le malentendu surgit très vite entre les aspirations nationalistes et la métropole, soucieuse avant tout de maintenir le statu quo.

A Madagascar, une succession de conflits va progressivement amener le pays à l’insurrection : celle-ci éclate dans la nuit du 29 au 30 mars 1947. Les insurgés s’attaquent aux garnisons militaires et aux postes de gendarmerie, ils coupent les voies ferrées et les routes et tuent plusieurs Européens. Jusqu’en juillet 1947, l’insurrection ne cessera de s’étendre dans les campagnes pour gagner une partie importante de l’île .

Alerté le gouvernement français présidé par le socialiste Ramadier minimise d’abord « les événements ». Mais devant leur ampleur, un coupable est désigné : le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache qui a opté pour l’indépendance… dans le cadre de l’Union Française.

Malgré l’immunité dont ils devaient jouir, les parlementaires malgaches sont arrêtés dès avril1947 : deux députés sont condamnés à mort. La répression policière ne suffira à détruire le MDRM, ni surtout à briser le mouvement paysan. La reconquête militaire, lancée par les ministres des Colonies Marius Moutet (SFIO) puis Paul Coste-Floret (MRP), s’achèvera plus d’un an après laissant derrière, elle, selon la moyenne des estimations, au moins 100.000 morts » :

C’est ce que nous rappelle Jacques Tronchon, dans son ouvrage « L’Insurrection malgache de 1947 », un ouvrage qui, à ce jour est le seul essai d’interprétation du rôle et des responsabilités des différents acteurs de l’insurrection malgache : leaders du MDRM, sociétés secrètes malgaches, représentants du pouvoir français.

Complété par de nombreux documents inédits, cet ouvrage apporte un éclairage capital sur une page sanglante de l’histoire malgache.

« (…) (…) Hier rejetée et incomprise, l’insurrection revient désormais au cœur des préoccupations. Dès 1967, le 29 mars devient une fête nationale. Quatre ans plus tard, éclate la révolte du Sud dont Monja Jaona, ancien leader de la JINA, revendique la paternité. Noyée à son tour dans le sang, cette brève révolte paysanne est pourtant au départ du processus révolutionnaire qui devait, en mai 1972, grâce à la participation massive des villes, provoquer la chute de M. Tsirana et la révision des rapports privilégiés avec la France ».

« L’Insurrection malgache » de Jacques Tronchon : Un ouvrage essentiel à se procurer et à lire afin de pouvoir nous retourner sur notre passé afin de mieux nous enraciner dans le présent pour pouvoir nous projeter dans l’avenir .

Combien étaient-ils ?

« Le chiffre véritable (des victimes) ne sera sans doute jamais connu. Celui de 89.000 morts avoué par l’Etat - major français - chiffre fondé sur la différence négative trouvée entre le nombre d’habitants du quadrilatères d’insurrection avant et après les hostilités - est sans doute assez proche de la réalité (…) (…) Par contre, tous les témoins vivants aujourd’hui, mêlés de près ou de loin aux hostilités, se prononcent pour des estimations évoluant entre 100 000 et 200 000 morts, victimes de la répression », peut-on lire dans l’ouvrage de Jacques Tronchon.

M.S.


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