Culture et identité

L’unité républicaine peut parfaitement s’accomplir dans la diversité »

Proposition de résolution à l’Assemblée nationale

Témoignages.re / 26 juin 2013

Hier, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Aimé Césaire, le groupe socialiste de l’Assemblée nationale a déposé une proposition de résolution lui rendant hommage. Le contenu de ce document confirme la justesse de la cause défendue depuis le début par le PCR.

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Aimé Césaire aurait eu 100 ans hier. Il fut le rapporteur de la loi qui abolit le statut colonial à La Réunion.

Aux côtés de Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, Aimé Césaire était un des pères de la loi abolissant le statut colonial en Guadeloupe, Guyane, Martinique et à La Réunion. A l’occasion du centenaire de sa naissance, les députés lui ont rendu hommage hier. C’était l’occasion pour les députés du groupe socialiste et apparentés de déposer une proposition de résolution.

L’exposé des motifs revient sur des combats d’Aimé Césaire, en particulier la lutte pour l’égalité. Il met aussi en valeur l’œuvre culturelle léguée par un homme de lettres. Et il aboutit sur cette demande : « que la multiplicité des cultures et des civilisations produites par l’espèce humaine constitue une richesse offerte à tous ; que l’unité républicaine peut parfaitement s’accomplir dans la diversité ; enfin, que l’égalité des citoyens de la République demande à se réaliser dans le respect valorisé des différences et des identités ».

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Lors des élections européennes de 2004, Aimé Césaire était membre du Comité de soutien à la liste de l’Alliance des Outre-mer. Il rencontre ici Paul Vergès, tête de liste de l’Alliance.

Le contenu de cette proposition est une nouvelle confirmation de l’analyse du PCR. Oui, il est possible d’être différent tout en étant dans la République. C’est pour avoir milité pour que ce droit soit reconnu que des Réunionnais ont été jetés en prison. C’est pour faire avancer cette cause que Paul Vergès a lutté plusieurs années dans la clandestinité. Aujourd’hui, c’est le groupe parlementaire du président de la République qui fait sienne cette revendication.

Extraits de la proposition de résolution

« Nous célébrons aujourd’hui le centenaire de la naissance du grand poète Aimé Césaire, le 26 juin 1913, à Basse-Pointe, en Martinique. (…)

Cette égalité de tous les citoyens de la République doit être d’autant plus garantie que les mutations en cours dans le monde exigent que la créativité de tous s’attache à la production d’expériences insoupçonnées, de solutions nouvelles, d’audace renouvelée. La valorisation des différences et des identités doit donc être facilitée afin qu’elle se traduise en initiatives, en projets, en explorations inédites qui participent pleinement de la richesse commune et des élans de l’unité nationale.

Ma proposition de résolution en hommage à Aimé Césaire, en ce 24 juin, est un juste rappel que le développement des sociétés humaines doit et peut se faire dans le respect du pluralisme culturel et des équilibres de la planète ; que toute idée d’humanisme ne saurait se départir d’une inscription plus humble et plus ouverte dans l’ensemble du Vivant ; que la multiplicité des cultures et des civilisations produites par l’espèce humaine constitue une richesse offerte à tous ; que l’unité républicaine peut parfaitement s’accomplir dans la diversité ; enfin, que l’égalité des citoyens de la République demande à se réaliser dans le respect valorisé des différences et des identités.

(…)

L’Assemblée nationale demande :

1.Que, dans le prolongement de la pensée d’Aimé Césaire, le pluralisme culturel, condition universelle de l’émancipation de l’Homme, soit valorisé de toutes les manières possibles afin que les responsabilités individuelles et collectives soient bien mieux assurées ;

2. Que la capacité des Départements et Régions d’Outre-mer d’exercer des responsabilités et de prendre des initiatives soit renforcée, sans remise en cause de leur acquis et de leur égalité au sein de la République, pour leur permettre de mener leurs projets à terme et d’assurer leur rayonnement dans une pleine valorisation de leur identité, de leurs singularités et de leurs différences. »
Hommage international à Aimé Césaire

Françoise Vergès

« Aimé Césaire nous aide à penser les nouvelles formes de colonialisme : le déni de la personne, l’écrasement des peuples », dit à l’AFP Françoise Vergès, co-auteur du documentaire télévisé "Aimé Césaire face aux révoltés du monde", diffusé sur France Ô à 0h33 ce soir, et dimanche à 17h20.

Un quai Aimé Césaire à Paris

Le Conseil de Paris a décidé en mars d’attribuer le nom du célèbre écrivain martiniquais, décédé le 17 avril 2008, à la partie du quai des Tuileries située entre la passerelle Léopold Sédar Senghor et l’avenue du général Lemonnier (1er arrondissement). Il a été inauguré hier par Bertrand Delanoé, maire de Paris.

Célébration à Dakar

Plusieurs manifestations ont été organisées du 19 au 21 mars dernier à Dakar, la capitale sénégalaise, pour célébrer les 100 ans de l’écrivain et homme politique martiniquais Aimé Césaire.

La célébration du centenaire a débuté le 19 mars par un colloque international de trois jours consacré à l’œuvre poétique et littéraire et au parcours politique d’Aimé Césaire, décédé le 17 avril 2008, à l’âge de 94 ans.
Pour Macky Sall, le président sénégalais, le combat pour la négritude est toujours d’actualité : «  Le combat n’est pas dépassé si l’on considère que la négritude peut être définie comme étant l’ensemble des valeurs du monde noir. Bine entendu la forme de la lutte va changer mais nous avons notre apport dans cette mondialisation dévastatrice de l’identité. Nous avons besoin de rester nous-mêmes tout en étant ouverts » .

Par ailleurs, le samedi 23 mars, une visite de la Maison des Esclaves de l’île de Gorée a été organisée en présence de personnalités antillaises, guyanaises, françaises et sénégalaises et des participants internationaux. L’île de Gorée se trouve en face de Dakar dans l’Atlantique. Elle fut découverte au XVe siècle par les Portugais et devint l’un des principaux centres de la traite des esclaves. Un retour aux sources, à la case départ pour des descendants de plusieurs générations d’esclaves transportées il y a plus de trois siècles des côtes de l’Afrique aux Antilles. Les Antillais se sont retrouvés là où peut-être leurs ancêtres ont vécu ce que Serge Letchimy nomme un « arrachement à la rive originelle ».


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