Culture et identité

« La connaissance de notre passé nous encourage à assumer la responsabilité de notre avenir »

Hommage aux deux esclaves révoltés décapités à Saint-Pierre

Témoignages.re / 2 mai 2011

Samedi dernier, sur l’Esplanade de la Liberté à Saint-Pierre, l’association Ankraké a organisé une cérémonie en hommage à Fulgence et Gaspard, les deux esclaves révoltés de 1811 exécutés publiquement dans cette commune le 15 avril 1812. La célébration de "2011, l’Année d’Élie, un combattant Réunionnais de la liberté" continue son chemin pour soutenir les luttes de notre peuple afin de tisser des liens entre notre passé, notre présent et la construction de notre avenir.

Plus de deux cents personnes se sont rassemblées samedi en fin d’après-midi devant le Pilon de Terre-Sainte dans la capitale du Sud pour participer à une cérémonie très émouvante, en l’honneur de deux des 25 esclaves amis d’Élie condamnés à mort et tués dans les différentes micro-régions du pays après la révolte de novembre 1811 dans la commune de Saint-Leu. Cette cérémonie était organisée par Ankraké, l’association culturelle présidée par Éric Alendroit, en partenariat avec le K.L.É. (Kolèktif Lané Élie).
Laurita Alendroit, responsable d’Ankraké, a ouvert cette rencontre en soulignant à quel point « il est important pour tous les Réunionnais d’honorer nos ancêtres combattants de la liberté ». Ensuite, elle a laissé la parole aux élèves de l’école du Centre à Cilaos, accompagnés par leur directeur, Jean-Yves Técher, qui ont chanté avec un grand talent et beaucoup de passion plusieurs maloyas de Firmin Viry.

Un moment très fort

Sudel Fuma, directeur de la Chaire UNESCO à l’Université de La Réunion et coordonnateur du K.L.É., a déclaré que « nous vivons un moment très fort » et il a cité la lettre du procureur de la République au commissaire de police de Saint-Denis pour organiser l’exécution d’une quinzaine d’esclaves de Saint-Benoît à Saint-Pierre en passant par Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Leu. Il a ajouté que tout au long de cette "Année d’Élie" mais ensuite également nous devons continuer à nous battre pour faire connaître notre histoire et en tirer des enseignements.
Amélie Burtaire, une jeune artiste, a chanté un fonnkèr très touchant, "Mémoir Maloya", et une petite élève de Cilaos, Nolwen, a lu un fonnkèr rebelle pour la liberté. Richeville Marvilliers, adjoint au maire de Saint-Pierre, délégué à la culture, a déclaré que la flamme du combat des Réunionnais pour la responsabilité doit être transmise aux jeunes générations et que le système éducatif a un gros travail à accomplir dans ce domaine.

Un travail à continuer

Après une prestation très appréciée du célèbre groupe Lansor pour dire « si fo lévé, nou va lévé », c’est Amadou Lamine Faye, ministre conseiller auprès du Président de la République du Sénégal, qui a prononcé une allocution pour exalter ce rapprochement entre La Réunion et l’Afrique. Ce défenseur du Panafricanisme, a souligné à quel point il est indispensable de « connaître la vérité de l’histoire de l’humanité afin que le monde soit construit sur des bases justes ».
Plusieurs dirigeants, élus et militants du P.C.R., dont le secrétaire général, Élie Hoarau, député au Parlement européen, étaient également présents. Parmi eux, Gélita Hoarau et Pierre Vergès ont pris la parole ; la sénatrice a notamment mis l’accent sur le fait que nous devons nous rassembler pour mieux connaître notre histoire et prendre nos responsabilités dans la bataille du développement durable de La Réunion ; le vice-président du Conseil général a rappelé que certains responsables politiques et militants culturels ont travaillé depuis longtemps déjà pour ne pas laisser le pouvoir étouffer notre histoire et notre culture ; mais ce travail doit continuer afin de mettre un terme à toutes les formes de dominations et d’injustices que nous avons héritées du passé.

Notre responsabilité

Éric Alendroit a clôturé les interventions en rappelant le travail effectué par des organisations démocratiques et des associations culturelles depuis plusieurs dizaines d’années afin de cultiver notre mémoire historique. Pour le président d’Ankraké, « notre responsabilité, c’est d’être capables d’agir à partir de cette connaissance. Élie et ses camarades ont mené un combat de résistance par rapport à un système économique et politique inhumain. C’est un ancrage sur lequel nous devons nous appuyer en tant que Réunionnais face aux injustices inhumaines d’aujourd’hui. La connaissance de notre passé nous encourage à assumer la responsabilité de notre avenir ».
La cérémonie s’est terminée par le dévoilement d’une banderole dédiée à Fulgence et Gaspard, réalisée par l’artiste William Zitte. Et les participants à cette rencontre sont allés jeter des fleurs en mer, pour rendre hommage à nos ancêtres combattants de la liberté.

Correspondant


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