Culture et identité

La liberté de création en terre réunionnaise

Comment faire respecter un principe fondamental dans un pays marqué par l’esclavage et la colonisation ?

Manuel Marchal / 23 novembre 2011

Jeudi dernier, le président de la CCIR a fait interrompre une représentation artistique au bout de trois minutes. Pourquoi ? Un tel fait se serait-il produit ailleurs ? Voilà qui relance la nécessité de construire dans notre pays une Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, pour que nous puissions tous avoir pleinement conscience de qui nous sommes, nous, Réunionnais.

Jeudi dernier, c’est un fait très grave qui a eu lieu lors d’une soirée organisée par la CCIR à l’occasion des États généraux du commerce de l’Outre-mer. Le président de la CCIR a en effet décidé d’interrompre au bout de trois minutes la représentation de "Aïa", la dernière création du théâtre Talipot.
Depuis, c’est la recherche des responsabilités. Comment expliquer qu’une telle chose ait pu se passer à La Réunion ? Aurait-elle pu avoir lieu ailleurs ?
Manifestement, il reste dans notre pays un vieux fond de pensée qui s’est construit sur l’esclavage et sur l’idéologie raciste qui était inscrite dans la loi. Ce geste et les réactions suscitées rappellent combien des conflits latents hérités de l’époque de l’île Bourbon sont toujours présents.
Voilà qui écorne l’image de carte postale que certains voudraient donner à La Réunion en plantant des palmiers au bord de la route nationale longeant le littoral Ouest.
Comment vivre ensemble si nous n’arrivons pas à regarder ces conflits en face pour chercher une solution pour les régler ensemble ? Or quand il est demandé l’approfondissement et la valorisation de toutes les composantes de notre peuplement, cette idée est combattue par le vieux fond colonial de l’île Bourbon. L’opposition à la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise en est l’illustration.
L’autre fait révélateur du grave incident de jeudi, c’est qu’il concerne la troupe Talipot. À La Réunion, rares sont les troupes à avoir subi une telle injustice. Talipot a été chassée de Saint-Pierre par la municipalité de Michel Fontaine. Des politiques qui ont le pouvoir ont voulu faire plier la création pour la faire entrer dans le moule politicien, ils n’y sont pas parvenus et ils ont sanctionné la résistance. Talipot est obligée de se réfugier à Saint-Paul. Puis l’État a décidé de retirer son conventionnement, ce qui priva la troupe de 40% de ses recettes. Talipot dut alors s’exiler en Afrique du Sud où elle mit au point sa dernière création. Les artistes viennent alors à La Réunion pour présenter leur travail, et ils sont à nouveau la cible d’une décision inique.
Ce qui explique l’incident de jeudi dernier, c’est l’héritage de notre Histoire, mais aussi des injustices subies par Talipot.
Tous les Réunionnais épris de justice doivent appeler à abattre le masque des injustices héritées du passé et appeler à la réconciliation entre Réunionnais. Au lieu d’essayer de faire plier la création pour s’en servir, le pouvoir doit l’aider à favoriser la recherche de la fraternité réunionnaise.
L’apprentissage de l’égalité des cultures au sein de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise ne peut qu’aider à libérer notre pays du vieux fond colonial hérité de l’île Bourbon, et donc à laisser la créativité s’exprimer dans notre pays.

M.M.

Pas de limite à la création artistique

Certains pensent que parce qu’ils ont un pouvoir, ils peuvent décider de la création. Quand Margie Sudre était présidente de Région, elle avait voulu refuser le versement d’une seconde tranche de subvention à une œuvre artistique parce le film ne lui plaisait pas. Il a alors fallu que Paul Vergès monte au créneau pour rappeler le principe de la liberté de création. Pour libérer le pays des injustices héritées de l’esclavage et de la colonisation, aucune limite ne doit être imposée à la création artistique.


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