Culture et identité

La Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise plus que jamais nécessaire

Quand une Histoire mal assumée entraine des décisions dramatiques

Manuel Marchal / 13 avril 2011

Le scandale provoqué par le choix du Jardin d’acclimatation comme lieu d’une exposition des Outre-mer a porté ses fruits. Devant le tollé, le gouvernement a cédé. À deux jours de l’inauguration de la manifestation, la ministre de l’Outre-mer a demandé à Françoise Vergès, présidente du Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’esclavage, de mener, en collaboration avec la Mairie de Paris, une mission visant à proposer un travail de mémoire sur les "zoos humains".

Durant plus d’un demi-siècle, le Jardin d’acclimatation de Paris était le lieu où des êtres humains en cages étaient exposés au regard de visiteurs européens. Ces derniers leur jetaient même des cacahuètes. Ceux qui ont subi ce traitement dégradant sont les ancêtres de ceux qui vivent aujourd’hui dans l’Outre-mer. Alors, lorsque le gouvernement a décidé d’installer au Jardin d’acclimatation la plus importante exposition de l’Année des Outre-mer, il a dû faire face à une vague de protestations. Mais qui a pu donc conseiller une telle initiative ?

Où est l’esprit de la loi du 10 mai ?

Ce choix illustre une Histoire mal assumée, dans un contexte politique favorable à ce genre d’errements. Le président de la République a inauguré son mandat par le désastreux discours de Dakar dans lequel il a affirmé que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ». Il y a eu également le débat lancé par l’éventualité de reconnaître un rôle positif à la colonisation. Manifestement, la République s’est éloignée de l’état d’esprit qui prévalait au moment où, en 2001, l’unanimité de ses parlementaires a adopté une loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.
C’est de cette loi qu’est issu le Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’esclavage, qui a ensuite proposé au chef de l’État la date commémorative du 10 mai en tant que Journée nationale du souvenir de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions.
Si de telles avancées ont pu être accomplies, c’est parce que la République a commencé à regarder toute son Histoire en face. Mais depuis 2007, cette dynamique a été cassée par la domination d’une idéologie refusant ce qu’elle appelle « la repentance ».

La volonté d’organiser l’oubli

À La Réunion, les tenants de cette idéologie sont aussi présents. Ce sont eux qui ont multiplié les attaques contre la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) durant la campagne des Régionales. Car ils estiment qu’il ne faut pas que les Réunionnais puissent disposer des moyens de regarder pleinement leur passé en face. Ils veulent empêcher les Réunionnais de prendre connaissance des faits qui se sont déroulés à l’époque de l’esclavage. Durant plus de la première moitié de l’Histoire du pays, c’est ce régime politique raciste qui a dominé La Réunion, et donc qui a influencé fortement la société que nous connaissons aujourd’hui.
Et quand Michel Vergoz décide d’offrir la Région à l’UMP, son nouveau président, Didier Robert, s’empresse d’annoncer qu’il arrête le projet de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Dans le prolongement de cette décision, la collectivité décide de ne plus rien faire avec Madagascar et de privilégier une relation exclusive avec Maurice, bien dans la ligne de l’axe Paris/Port-Louis que l’UMP compte renforcer. Or, c’est de Madagascar que viennent une grande partie de nos ancêtres, et c’était là-bas qu’il n’y a pas si longtemps, les Réunionnais allaient pour étudier.

Approprions-nous toute notre Histoire

Mais la réalité finit une nouvelle fois par s’imposer. Car un an après la casse de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, c’est vers celle qui en était la directrice scientifique que Paris doit se tourner pour chercher une solution à un grave problème.
Car c’est bien parce que la République n’arrive pas à regarder toute son Histoire en face que son gouvernement peut décider d’organiser une exposition sur l’Outre-mer dans un lieu où des ancêtres ultra-marins ont été humiliés, ramenés à un statut proche de l’esclavage, puisqu’ils étaient enfermés dans des cages à la vue du public, comme des animaux.
65 ans après l’abolition du statut colonial, 10 ans après le vote de la loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, les faits rappellent qu’à La Réunion comme en France, il est urgent de nous approprier l’intégralité de notre Histoire. Le beau projet de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise est plus que jamais nécessaire. C’est en effet une part réunionnaise à la recherche des solutions aux problèmes rencontrés par un monde en rapide évolution.

Manuel Marchal



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  • Ça n’est pas contradictoire d’être nommée par...l’UMP ?

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  • Notre passé est important pour avancer dans l’avenir ! Ne laissons pas des questions sans réponse, car une brèche est vite rempli par des interrogations qui facilement pourrait être mal interprétée.Trop d’interrogations, nuisent à la vérité.Je suis une expatriée mais fidèle à son pays mais surtout à son histoire.

    Accepter ce qu’on est, c’est d’être ce qu’on sera ! notre Île doit rester ouverte, civilisation de ce qu’elle a toujours été, une ouverture de races mais aussi, de cultures.
    Cette Maison des Civilisations à sa place. Restons unis, ne détruiser pas ce que les Autres Pays n’ont pas : L’UNITE.

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