Culture et identité

La marche vers la reconnaissance de la totalité du peuple réunionnais

Aujourd’hui, cérémonies d’hommage aux ancêtres morts sans sépulture à Saint-Louis et Sainte-Suzanne

Manuel Marchal / 31 octobre 2012

Moins d’un mois après la reconnaissance du maloya en tant que Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, le travail de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise est de nouveau à la une de l’actualité. Paul Vergès inaugure le 31 octobre une stèle commémorant tous les Réunionnais morts sans sépulture. Lors de sa dernière visite à La Réunion, François Hollande a rendu hommage à ce monument et à ce qu’il représente.



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Pendant la moitié de son histoire, La Réunion portait un autre nom. C’était l’île Bourbon et à ce nom est associé un régime politique : l’esclavage. Aussi longtemps que La Réunion s’est appelée Bourbon, une minorité de ses habitants avait le statut d’être humain, la majorité était des meubles. De cette époque, il reste notamment des monuments construits par la sueur des esclaves, et qui sont mis en avant lors des Journées du patrimoine sans que soit mentionné le fait que ces ouvrages résultent de ce qui est aujourd’hui un crime contre l’humanité.

Des lieux de vie des esclaves, il ne reste quasiment rien. Et ce qui s’est passé sous cette période fait l’objet encore de nos jours d’une conspiration de l’oubli. C’est en effet sur l’ignorance que comptent des politiciens peu scrupuleux pour se maintenir à tout prix au pouvoir. Mais en octobre 2009, ces conservateurs ont subi coup sur coup deux défaites qui expliquent notamment pourquoi ils s’acharnent tant à insulter la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise et Paul Vergès.

Brisons la conspiration du silence

C’est tout d’abord le 1er octobre 2009, date de l’inscription par l’UNESCO du maloya dans la liste du Patrimoine immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance est le résultat du travail de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Elle montre que désormais, il est impossible de supprimer le maloya, un des piliers du peuple réunionnais.

Moins d’un mois plus tard, le 31 octobre, Paul Vergès inaugure une stèle érigée par la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Construit au cimetière du Père Lafosse au Gol à Saint-Louis, le monument honore la mémoire de tous les Réunionnais morts sans sépulture. Cet hommage vise notamment la réhabilitation de tous les ancêtres esclaves. Il permet aux Réunionnais de lever le voile sur une moitié de notre Histoire occultée par la conspiration du silence : la période de l’esclavage.

Sur la terre où nous vivons aujourd’hui, il y avait un régime raciste qui avait ses bénéficiaires, ses collaborateurs, le soutien de Paris qui l’avait même inscrit dans la loi. Il y avait aussi des résistants qui se sont levés contre le régime raciste en risquant la seule chose que l’esclavage leur avait laissée : leur vie. Pour préserver leur liberté, ces résistants durent livrer de grandes batailles et subir la répression des esclavagistes. Ce combat dura plus de 150 ans. Tous vivaient sur la même île, Bourbon, et un régime politique apparemment inébranlable avait dressé entre eux des barrières qui semblaient infranchissables.

Puis ce système s’est écroulé, et ce sont leurs descendants qui vivent aujourd’hui ensemble à La Réunion.

Reconnaissance du futur président de la République

Passer sous silence cette période de l’histoire, c’est vouloir effacer les fondations sur lesquelles s’est construit le peuple réunionnais. Le 31 octobre 2009, en dévoilant la stèle, Paul Vergès brise les chaines de la conspiration du silence. Désormais, le Réunionnais a un lieu pour rendre hommage à tous les ancêtres qui l’ont précédé sur la terre réunionnaise.

C’est le point de départ de la reconnaissance de la totalité du peuple réunionnais, avec l’encouragement à se réapproprier la totalité de notre Histoire.

Depuis ce 31 octobre, des cérémonies ont eu lieu tous les ans au cimetière du Père Lafosse.

Le 1er avril dernier, lors de sa visite à La Réunion, François Hollande s’est incliné sur la stèle. Le futur président de la République a tenu à souligner l’importance de considérer l’histoire dans son ensemble.

Ce 31 octobre, une nouvelle étape sera franchie avec l’inauguration d’une seconde stèle à Sainte-Suzanne. Ce sont maintenant deux lieux de mémoire pour la reconnaissance de la totalité du peuple réunionnais.

Manuel Marchal

La stèle du souvenir

Voici le texte gravé sur la stèle érigée par la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise :

« Des centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes ont été arrachés à leur terre natale pour être mis en esclavage sur cette île, de la fin du 17ème siècle jusqu’à l’abolition de 1848.

Le Code Noir les réduisait à l’état de "biens meubles".
L’esclavage colonial les a privés de sépulture et a effacé toute trace de leur présence.

Tout être humain a droit au souvenir.

Par ce monument, nous réparons cet oubli.
Nous rendons hommage à leur vie, à leur courage et à ce qu’ils nous ont légué ».
François Hollande s’incline devant la stèle

« Notre histoire, nous devons la considérer dans son ensemble »

Dans son discours prononcé le 1er avril à Saint-Louis, François Hollande a commencé par l’évocation de sa visite de la stèle du cimetière du Gol.

« Je veux dire que par gratitude à Claude Hoarau de m’avoir invité aujourd’hui, ici, dans ce lieu de mémoire, dans ce cimetière du Père Lafosse, le cimetière des âmes perdues, en ce lieu où l’esclavage a été jusqu’à nier non seulement l’existence mais même la mort de quelques humains.

C’est une grande émotion que je ressors au rappel de ce que furent la traite, l’esclavage, l’asservissement, la négation même de l’humanité.

Je sais aussi combien vous êtes attaché à cette évocation, à ce lieu de mémoire et je veux remercier Paul Vergès de l’avoir compris en ayant lui-même inauguré ce monument.

Je suis candidat à l’élection présidentielle et je me dois d’être aussi par la responsabilité que je revendique, que je réclame, que je demande d’être l’héritier de notre histoire.

Avec ces parts de lumière qui font notre gloire, notre honneur, notre admiration et en même temps les parts d’ombre que nous devons reconnaître.

Notre histoire, nous devons la considérer dans son ensemble et en même temps, c’est cette histoire parfois dramatique, parfois douloureuse, parfois aussi heureuse qui a fait ce que nous sommes, et vous Réunionnais soyez fiers d’être ce que vous êtes, ce que je vois ici devant moi, cette foule métissée, d’hommes et de femmes, de parcours, d’origine de couleurs, différentes et en même temps unies, pour l‘identité de votre île et pour l’attachement que vous portez à la République. »
Les deux cérémonies

Sainte-Suzanne

Devant la stèle d’Edmond Albius, Bocage Lucet Langenier

Rendez-vous à 16 heures

Saint-Louis

Cimetière du Père Lafosse au Gol

Rendez-vous à 16 heures 30.


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