Culture et identité

La plus grande révolte d’esclaves de La Réunion

"An Souvnans Revolt zesclav Sinle"

Cinthia Fontaine / 6 novembre 2009

Une commémoration de la révolte des esclaves de Saint-Leu est organisée du 5 au 11 novembre 2009. Hier, le Komité Élie s’était rassemblé à la Ravine du Trou, lieu où les esclaves s’étaient réunis le 9 novembre 1811. Des performances artistiques au maloya, l’occasion de rendre hommage à nos ancêtres.

« Le 5 novembre 1811, une très grave insurrection d’esclaves éclata à Saint-Leu ». C’est la plus grande révolte d’esclaves que La Réunion ait connue. Malheureusement, beaucoup de sources d’archives ont disparu ou sont difficilement consultables, et l’histoire des circonstances précises de cette révolte est pour l’heure encore dans l’ombre. Une dénonciation de complot faite le 4 novembre 1811 par Figaro, "cafre" de la veuve Legrand, à la mairie de Saint-Louis aurait accéléré les événements. Le même jour (ou le lendemain), Jean, commandeur créole de M. Maillot, est arrêté, mais il n’avoue rien.
Le lendemain, le 5 novembre, débute la révolte. Cette date est confirmée entre autres par les archives judiciaires. Suite à cette trahison, Élie, forgeron, "Créole" et esclave de Célestin Hibon, chef de la révolte, et ses compagnons décident d’activer les préparatifs afin de ne pas laisser aux maîtres le temps de s’organiser. Ce même jour, Maricourt Adams est attaqué par les esclaves et délesté de son arme. Le 9 ou dans la nuit du 8 novembre 1811, une centaine d’esclaves révoltés se retrouvent à la Ravine du Trou. À l’époque, s’y trouvait un bassin d’eau où beaucoup venaient effectuer la corvée d’eau. Les esclaves partent alors dans les chemins. Les habitations de Pierre, Benoît et Timothée Hibon sont attaquées. Jean Macé est tué devant sa maison, son frère Armel sera aussi tué. Ce seront les deux seuls victimes du côté des propriétaires.
Dès le lendemain, les propriétaires, au nombre de 24, se rassemblent devant la mairie en vue d’une riposte sous les ordres de M. Fougeroux, ancien soldat. Le 11 novembre a lieu l’attaque définitive, une embuscade au niveau du Portail. Les esclavagistes sont pourvus d’armes à feu, et les combattants de la liberté armés d’outils. Si on estime le nombre de révoltés à 300, on peut supposer que le tiers ou la moitié a péri. La plupart des sources donnent le chiffre de 20 morts dans le camp des esclaves. C’est en tous les cas un jour de deuil pour les combattants de la liberté. Une trentaine d’entre eux seront arrêtés et condamnés à mort, aucune source ne certifie cependant qu’ils seront tous exécutés. On a peu de sources sur ce qu’est devenu Élie, mais on n’entend plus parler de lui à La Réunion, ce qui suppose qu’il aurait bénéficié d’une grâce de la part des Anglais qui auraient organisé son départ.
Ce n’est pas un hasard si la révolte éclate à Saint-Leu. C’est là que la proportion d’esclaves est la plus forte de l’île. En 1808, on y trouve 6,1% de Blancs, 2,3% de libres de couleur et 91,6% d’esclaves. Plusieurs camps d’esclaves se trouvent autour de la Ravine du Trou, que ce soit dans les Bas au bord de la mer, sur les terres arides, ou plus haut au Tévelave au plus près des cultures.
Ces événements sont aussi à rapprocher de la Révolution Française et son climat d’insurrection qui a vu son pendant avec la "révolution coloniale".
Cette révolte a marqué son temps, par la peur que les maîtres ont alors eu des esclaves, mais surtout par le rassemblement qu’elle a provoqué. On suppose que s’étaient joints aux esclaves des marrons, des libres de couleur, des blancs. Il serait dit aussi que les révoltés se seraient rassemblés sous un drapeau, peut-être le premier signe d’entité créole.
La révolte de Saint-Leu sera la dernière de ce type de l’histoire de La Réunion.
Le Komité Élie commémore ce passé en organisant dimanche un grand kabar au Parc 20 désanm, et le 11 novembre, une marche vers Piton Rouge "An Souvnans Revolt zesclav Sinle".

C.F. 


Programme

Kabar Éli
Dimans 8 novanm 2009

- 10h : Conférens èk Philippe Bessière, historien
"La révolte des esclaves de Saint-Leu", du 5 novembre au 11 novembre 1811

- 13h – 23h : Parc 20 désanm
Komité Éli, Rasine Kaf, Art Sénik
Ek le soutyen Danyèl Waro, 7’Po, Lansor, Raymond D’oz, Ti Fred, Moringue Angola
Projection du film : “Memwar d’Eli, Récit d’une résistance”

Mars pou la memwar
Merkrodi 11 novanm 2009

Piton Rouz
Rendévou 8èr édmi au Gîte de Trois-Bassins


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