Culture et identité

La répression contre les combattants de la liberté

"La Révolte de Saint-Leu" publiée dans "Témoignages" en 1966 Les Réunionnais ont le droit de connaître toute leur Histoire — 4 —

Manuel Marchal / 18 avril 2011

Après la défaite lors de la bataille décisive, les combattants de la liberté sont capturés. Ils font l’objet d’une féroce répression menée par la société coloniale. La cathédrale est réquisitionnée pour condamner à mort de nombreux révoltés. Ils furent exécutés dans plusieurs quartiers de l’île. Cette féroce répression témoigne de l’effroi qui a brutalement frappé les dominants d’une société qui vivaient ces derniers soubresauts. 37 ans plus tard, une page allait être tournée, avec l’abolition de l’esclavage.

En 1811, c’est une répression d’une rare violence qui a frappé des dizaines de combattants. Ils se sont battus pour être libres, c’est-à-dire pour obtenir un droit qui deviendra réalité 37 ans plus tard.
En 1811, c’est le café qui est l’or de La Réunion. Et à Saint-Leu, les nombreuses plantations amènent une forte concentration de travailleurs. Ils sont quasiment tous considérés comme des meubles, c’est ce que dit la loi rétablie en 1802 par le gouvernement français, qui était pourtant une République.
Cette révolte est un des rares épisodes connus de l’époque durant laquelle notre pays vivait sous le régime de l’esclavage. Cette période a pourtant couvert la moitié de l’Histoire de notre pays, mais elle est très mal connue. Il est encore plus difficile de savoir où sont enterrés les corps de tous ces ancêtres déportés dans notre île, et qui, malgré la violence d’une société esclavagiste, ont commencé à construire le peuple réunionnais.
Fort heureusement, grâce aux luttes menées par les progressistes de notre pays, une ouverture s’est faite sur un passé que beaucoup auraient voulu nous faire totalement oublier. Cela n’a pas été facile, et cette lutte se rapproche du combat mené contre ceux qui voulaient expurger le maloya de la tête des Réunionnais.
Parmi les initiatives, l’un d’entre elles marque désormais durablement notre pays. Il s’agit de l’implantation par la Maison des civilisations et des civilisations réunionnaises d’une stèle en hommage aux Réunionnais morts sans sépulture. Elle se situe dans le cimetière du Père Lafosse, à Saint-Louis. Inauguré le 31 octobre 2009, ce monument est une ouverture vers cette période de notre Histoire, celle qui est la fondation du peuple réunionnais dans la violence de l’esclavage. Lieu de souvenir, cette stèle est aussi un lieu de réconciliation. Car elle rappelle aussi qu’à partir du moment où s’est tournée la première page de l’Histoire du pays, tous les habitants de l’île étaient libérés d’un crime contre l’humanité. À partir du 20 décembre 1848, il n’y avait plus d’esclaves ou d’esclavagistes, mais uniquement des Réunionnais, tous être humains. S’ouvrait alors la deuxième partie de notre Histoire, la lutte pour l’égalité.

Manuel Marchal


XI- Les suites de la révolte

La répression

Dès que le Colonel Picton, surintendant civil et commandant les forces britanniques à La Réunion, eut connaissance des évènements de Saint-Leu, il expédia d’urgence un lieutenant et 30 soldats qui procédèrent à l’incarcération des révoltés. Puis il envoya aussitôt un courrier a Gouverneur général des deux îles, Sir Farqhar, qui se trouvait alors à l’île Maurice.
Farqhar apprit la nouvelle le 17 Novembre 1811, il s’embarqua le 19 novembre de Maurice, et après une traversée de deux jours, le 21 novembre, il était en rade de Saint-Denis.
Il réquisitionna l’Église de Saint-Denis pour y tenir son Tribunal : la sentence fut impitoyable.
Trente révoltés furent condamnés à mort et exécutés dans les divers quartiers de l’île pour l’exemple.
Les autres furent condamnés aux fers, à perpétuité ou à temps.
Quant à Elie qui, entre temps, s’était livré lui-même aux autorités anglaises, il fut condamné à la déportation.

La récompense de Figaro

Le 30 novembre 1811, le gouvernement anglais, en remerciement de sa délation, accorda à Louis-Clément Figaro, esclave chez la veuve Legrand, la liberté, plus une pension viagère de 250 piastres par an (1.000 francs) une concession dans les réserves de Saint-Joseph et enfin la première concession du Cirque de Chaos.
Lorsque la France rentra en possession de l’île, an 1815, cette pension fut ramenée à 750 francs par an.
Louis-Clément Figaro mourut une cinquantaine d’années après les évènements de Saint-Leu, en 1860.
Quant au jeune Paulin, il reçut de ses maitres le nom de Céma, anagramme du nom Macé, ainsi qu’un terrain où il bâtit sa maison. Il vécut lui aussi très vieux, puisque c’est lui qui, vers les années 1860, fit le récit des évènements dont il avait été le témoin à Monsieur De Chateauvieux, l’auteur du livre “Histoire de Saint-Leu”, édité en 1865.

L’abolition de l’esclavage

Ce n’est que 37 ans après la révolte de Saint-Leu que l’esclavage devait être définitivement aboli à La Réunion, au moins dans son principe légal.
C’est en effet la Révolution française de 1848 qui décréta, définitivement cette fois, l’abolition de l’esclavage, par le Décret du 4 mars 1848 et qui inscrivit ce principe dans l’article 6 de sa Constitution.
Au mois de juin 1848, Sarda Garriga, Commissaire de la République, débarque à La Réunion pour faire appliquer le Décrit de la IIème République.
Lui aussi, comme ses prédécesseurs de 1796, Baco et Burnel, se heurtent à l’opposition des propriétaires d’esclaves, qui refusèrent d’appliquer le Décret de la République séance tenante, sous prétexte que l’on était en pleine moisson et que cela compromettrait gravement la récolte.
Sarda Garriga céda aux pressions exercées sur lui, proclama l’abolition de principe et fixa au 20 décembre 1848, à minuit, la date de l’abolition affective.

Un long et lugubre martyrologe

En conclusion, nous laisserons la parole à Monsieur J.M. Raffray qui, à propos des révoltés de Saint-Leu, écrivait dans l’“Album de La Réunion”, paru à Saint-Denis en 1860 sous la direction d’André Roussin :
« Les infortunés réclamèrent la liberté, la sagaie à la main : on leur répondit par des coups de fusil ; et la hache du bourreau ne fit pas grâce à ceux qui survécurent au combat.
Que de sang humain versé sur toute la surface de la terre pour la défense d’un droit dont Dieu lui-même a mis dans nos cœurs l’indestructible certitude !
Quel long et lugubre martyrologe ne ferait-on pas de tous ceux qui, depuis l’existence des sociétés, ont succombé pour cette cause, la seule vraiment sainte et sacrée ! ».

Saint-Paul, 1er Janvier 1859
J.M. Raffray

Simandef

FIN


Kanalreunion.com