Culture et identité

La signification des cérémonies de Mahashivarâtri

Témoignages.re / 4 février 2010

L’association Chinmaya Mission Réunion, à Sainte-Suzanne, célèbrera le vendredi 12 février à partir de 18h00 "Le Mahashivaratri". L’association explique quelle est la signification de cette cérémonie.

En Inde, la grande nuit propice de Mahashivarâtri est dédiée à l’adoration du Seigneur Suprême Shiva. Les pratiquants considèrent cette nuit et cette cérémonie grandiose comme le moment le plus sacré de l’année et une occasion unique de progrès spirituel.
Le Mahashivarâtri est célébré partout : dans les maisons, les temples, au bord des fleuves sacrés, des lacs et des sources. Dans les Ashrams (lieux d’enseignement spirituel), l’évènement prend une valeur particulière, les préparatifs et les cérémonies étant entièrement dédiées à l’initiation et à la quête spirituelle. C’est d’ailleurs souvent à cette date que les Sannyasins (renonçants) reçoivent ou accordent le Diksha (ou ordination).
Le Mahashivarâtri tombe toujours à la fin de la quinzaine lunaire descendante du mois de Phalguna (février–mars). Ce sera le vendredi 12 février en 2010.

Les préparatifs

Quelques jours avant la célébration, le premier soin est de faire place nette et de tout nettoyer. La propreté et la pureté sont le support du Mahashivarâtri. Certains dévots entreprennent des pèlerinages (yatras) plus ou moins longs vers les lieux saints dédiés au Seigneur Shiva qu’ils comptent atteindre avant la nuit fatidique.
La veille ou le matin du quatorzième jour lunaire, on décore les lieux de culte avec des bananiers, des feuilles de coco et de mangues, des marlas et des fleurs.

La signification

Très ancienne, cette cérémonie est d’abord calendaire (donc d’origine Védique antérieure aux récits légendaires qui l’entourent). Le calendrier met bien en évidence que le monde où nous vivons est soumis au changement et que celui-ci est cyclique. Les secondes s’égrènent… deviennent minutes, puis heures, jours, semaines, mois, années, voire siècles, éons (yugas), cycles cosmiques (manvantara)…. L’individu observe et se rend compte que son corps, son esprit et son intellect sont progressivement entrainés dans des changements propres comme par la course du monde qui l’entoure... Il souffre de cet “océan” de changements (Samsara), mais ne veut pas laisser détruire son intégrité, sa nature véritable : il aspire sans cesse à une paix sans faille, à une joie sans fin. Il ne peut jamais renoncer à sa nature essentielle et divine qui est en soi un fait déjà accompli, mais avec lequel il a perdu contact. Il aspire donc sans cesse à son équilibre, son bien-être et sa paix… toutes ces qualités qui sont les attributs essentiels du Seigneur Shiva.

Dans le changement, il ne parvient pas à garder son équilibre parce qu’il est désorienté et plongé dans l’obscurité de l’ignorance (râtri). C’est à cause de la forte identification qu’il maintient et renforce avec la partie périssable de son être (son corps, son esprit et son intellect) qu’il va chuter.... L’homme ne s’en sort plus des relations égoïstes et passionnelles qu’il entretient avec des objets grossiers, certaines émotions ou des concepts (convictions) qui ne lui amènent plus que lassitude et déception...
Mais s’il accepte d’évoluer, il peut entamer un effort religieux ou spirituels (la sadhana) pour se réformer. Il va alors “se purifier”, c’est-à-dire renoncer à la vulgarité pour se lancer dans des actions beaucoup plus positives… “jeûner”, c’est-à-dire renoncer à consommer des désirs et des passions…. “Veiller toute la nuit”, c’est-à-dire renoncer aux distractions mondaines et utiliser son temps libre pour l’introspection. Pour s’aider dans sa tâche, il utilisera des rituels, chantera des Mantras et des Bhajans et pratiquera la méditation. Au moment crucial (minuit), au summum des ténèbres, l’impensable va enfin se produire : l’éradication totale du voile de l’ignorance et la Révélation de la Splendeur du Soi. L’aspirant a découvert la Réalisation Spirituelle.
Très souvent, entre proches, on se souhaite : « Bonne nuit ! ». En Sanskrit, cela se dit Shubarâtri ou Shivarâtri ! (Shiva voulant dire bien-être et râtri nuit).
Cette source de beauté et de joie éternelle dont on parle ne se trouve pas dans le monde fini. La célébration de Shivarâtri signifie donc premièrement aller à la recherche de la paix dans l’Au-Delà, le Sublime, le Divin. Plus nous nous serons proches de cette Source Suprême de Béatitude et plus nous irradierons de joie, d’équilibre et de bonheur.

La célébration

Tout d’abord, ce jour-là, les gens méditent tout simplement en récitant sans cesse le nom de Shiva (mantra). Ils chantent aussi des hymnes (bhajans) qui lui sont dédiés. Ils accomplissent des rituels (abhisheka et pujya) au fameux symbole du Shiva Lingam. Au cours des rituels, ils offrent des feuilles trilobées de Bilwa (par référence aux trois Gunas), de l’eau purificatrice du Ganges (leur pensée pure). Mais surtout, ils se tournent de tout leur cœur, de tout leur amour vers Shambho Mahadeva Shiva.
Les hindous considèrent qu’il est très important de vivre auprès d’un lieu de culte, seul endroit où on peut accorder toute l’attention requise à notre relation avec le divin. Ils n’aiment pas rester longtemps loin de Dieu et vont au temple ou à l’ashram au moins une fois par semaine. Ils se donnent du mal pour participer à chaque cérémonie religieuse importante. Il est donc naturel que pour la célébration la plus sacrée de l’année, Mahashivarâtri, ils essayent d’approcher avec vénération et humilité leurs lieux sacrés devenus symboles du paradis (le mont Kailas).

En général, dans les lieux où un culte public est rendu, les aspirants qui le peuvent jeûnent complètement du lever du soleil à minuit (la cuisine et les réserves sont fermées à clef). Ils font vœu de silence (maounam), mais répètent à voix haute ou basse continuellement et jusqu’au bout de la nuit le mantra sacré « Om Nama Shivaya ! » (Soumission à l’Etre Propice !). Ils méditent en silence sur divers aspects divins de Shiva. A intervalles réguliers, tous participent à de grandes cérémonies (abhishegams) pour l’adoration du Shivalingam. Ces rituels ont pour but d’apporter la paix et la joie à tous les êtres humains.

Les récits

Plusieurs histoires anciennes expliquent le sens et la façon dont on célèbre le Mahashivarâtri. Nous ne mentionnerons que la plus populaire que l’on trouve dans les Purânas et qui raconte que lors du barattage de l’océan de lait par les dêvas et les asuras pour obtenir le breuvage d’immortalité, de nombreux objets insolites apparurent. Parmi eux, le terrible poison Halahala ou Kalakuta (la mortalité). A l’instant où les dêvas le touchèrent, il explosa et ses vapeurs toxiques plongèrent l’univers dans le noir et le chaos. Le monde courant à une destruction certaine, les dieux demandèrent de l’aide à Brahma et Vishnou qui furent incapables d’enrayer pareille menace. En dernier lieu, ils implorèrent le secours de Shiva qui condensa toutes les fumées obscures au moyen de son trident puis avala le poison jusqu’à la dernière goutte. Le poison, bloqué dans sa gorge, laissa une trace bleue sur le cou de Shiva (d’où son nom de Neelakanta, neela : bleu kanta : cou). Les dêvas louèrent Shiva, le Sauveur de l’univers. (Les pensées étaient sauvées d’une mortalité fatale).

Conclusion sous forme de conseil

Il vaut la peine d’être le plus heureux possible pendant la nuit de Mahashivarâtri. Nous devons nous appliquer à voir partout la présence de Shiva et ressentir l’amour divin briller au plus profond d’un cœur rendu ardent par une noble prédisposition.
Oublions pour cette nuit sacrée tous les soucis de la vie, les souffrances passées et présentes. Pensons à chaque instant à ce Seigneur mystérieux et protecteur qui nous accompagne toujours. Ce que nous lui demanderons cette nuit nous sera toujours accordé. Fasse que la grâce suprême de Shri Shambo Mahadeva Shiva se déverser dans nos cœurs comme le bienfaisant Ganges céleste et comble notre être pour l’éternité.


L’association Chinmaya Mission Réunion, 10, rue Ste Vivienne Quartier Français à Sainte-Suzanne


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