Culture et identité

Lancement de la troisième mission archéologique

Naufrage de l’Utile sur l’île de Tromelin

Témoignages.re / 8 novembre 2010

La troisième mission archéologique sur l’île de Tromelin dans l’océan Indien débutera ce 8 novembre 2010, et pour 1 mois, avec comme objectif de poursuivre le dégagement de l’habitat des naufragés et de rechercher leurs sépultures.

L’Utile est une flûte de la Compagnie française des Indes orientales en campagne dans les Mascareignes. Partie de Bayonne le 17 novembre 1760, transportant des esclaves malgaches destinés à l’île Maurice, elle fait naufrage le 31 juillet 1761 sur l’île de Sable (Tromelin). Abandonnant soixante esclaves sur l’île avec la promesse de venir les rechercher, l’équipage regagne Madagascar dans une embarcation de fortune. Quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, récupéra huit survivants : sept femmes et un bébé de huit mois.

Après une première campagne en 2006, celle de 2008 avait été particulièrement fructueuse avec la découverte de bâtiments d’une ampleur exceptionnelle, celle d’un mobilier original confectionné à partir des débris de l’épave, et de quelques ossements humains... Ces vestiges témoignent de l’organisation des naufragés, de leur grande faculté d’adaptation au milieu et aux ressources locales.
L’accord de coopération sur la cogestion de l’île de Tromelin permettra d’associer à ces fouilles deux chercheurs mauriciens. Une chercheuse malgache participera également à cette campagne de fouilles.
Les bâtiments mis au jour en 2008 n’ont été dégagés que partiellement et une partie du site reste à révéler. Par ailleurs, la recherche des sépultures demeure l’objectif principal.

Des bâtiments d’une ampleur exceptionnelle

La dernière mission a révélé un ensemble de trois bâtiments dont l’importance étonne. Si l’espace intérieur est réduit, l’épaisseur des murs de 1 mètre à 1,5 mètre leur donne une large emprise au sol. Ils utilisent comme matériaux de construction des blocs de corail, issus du rivage, et des dalles de sable pétrifié provenant de la côte. Ces bâtiments constituent un ensemble original. Ils laissent surtout percevoir une évolution des modes de construction liée à la nécessité de se protéger des cyclones.

Le mobilier figé depuis novembre 1776

Un des bâtiments est sans doute la cuisine. De nombreux objets, notamment métalliques, y ont été trouvés autour d’un foyer. Inchangés depuis le 29 novembre 1776, ils offrent une image très vivante d’une organisation de l’espace et des conditions de vie. L’utilisation des métaux récupérés sur l’épave montre un savoir-faire évident : cuivre découpé, riveté et utilisé pour réparer les récipients provenant de l’Utile, production de cuillères et d’aiguilles alènes. De nombreux matériaux ont été récupérés puis transformés : clous de charpente et lames de fer, emporte-pièces, marteau, plomb fondu pour la réalisation de grandes bassines destinées, très probablement, à la conservation de l’eau. De tels récipients posent la question d’une possible intoxication au plomb des naufragés.

Une organisation structurée et une grande faculté d’adaptation aux ressources locales

La maîtrise des ressources disponibles par les naufragés malgaches est d’autant plus remarquable qu’elle va parfois à l’encontre de leurs us et coutumes. On sait en particulier qu’à l’époque, sur la Grande Ile, les habitations sont toujours édifiées en matériaux végétaux, la pierre étant réservée aux sépultures. Edifier à Tromelin de telles structures en pierres est non seulement affaire d’adaptation pratique, mais aussi d’adaptation culturelle.
Passé le stress initial, la petite société qui s’est constituée là, face à l’adversité, est de toute évidence restée debout et organisée, apportant un démenti cinglant à ceux qui, en les traitant en esclaves, leur avaient dénié toute humanité. Aujourd’hui, ces édifices constituent un lieu de mémoire remarquable qu’il importe de protéger.

La découverte d’ossements humains

Des ossements de deux individus sont retrouvés dans deux bâtiments différents.
Ils proviennent des déblais liés à la construction d’un bâtiment de la station météo implantée sur l’île depuis 1954. Ces deux corps ont de toute évidence été déplacés, à l’occasion de ces travaux, depuis une sépulture ou une chambre funéraire.


Kanalreunion.com