Culture et identité

Le 10 mai, le 20 décembre et le 19 mars

Tribune libre

Témoignages.re / 9 mai 2011

La reconnaissance par la France de son passé ouvre la voie au désir de reconnaissance et de célébration du 19 mars, date anniversaire de l’abolition du statut colonial. Pour mieux comprendre le sens des 3 symboles, voici un extrait du livre “Réconciliation et Fraternité”, publié en 2009.

« Réconcilier les Réunionnais entre eux et avec leur histoire est inséparable de la nécessaire réconciliation des Français entre eux et avec leur histoire coloniale, dans une démarche fondamentale de fraternité républicaine. Il faut se féliciter des progrès constatés au sommet de l’État, les encourager et les accompagner.

Des actions significatives

Le 10 mai 2001, la France qualifiait solennellement l’esclavage de « crime contre l’Humanité ». Cette initiative est l’œuvre de tous ceux qui sont convaincus que la libération de l’esclave sans celle de l’esclavagiste est une œuvre incomplète. Une ancienne puissance colonisatrice occidentale acceptait, pour la première fois, d’être confrontée aux séquences les plus brutales de son histoire, et portait un regard réflexif sur les rapports sociaux qui, aujourd’hui encore, en découlent.

La réflexion quant à l’acte de réparation a été confiée, le 15 janvier 2004, à un Comité pour la Mémoire de l’Esclavage présidé à l’époque par la Guadeloupéenne et écrivain Maryse Condé. Après plus d’une année d’étude, un rapport remis au gouvernement le 12 avril 2005 préconisait, outre l’instauration d’une date commémorative, d’encourager la construction d’une « mémoire partagée », de favoriser tant la recherche scientifique que la popularisation de cette mémoire, d’intégrer diverses séquences de l’histoire de l’esclavage aux manuels scolaires et au programme de recrutement des professeurs d’histoire-géographie.

Nous ne mesurerons jamais assez la portée historique, politique et symbolique d’une telle décision. Partie des DOM, cette initiative législative a rassemblé tout l’échiquier politique français dans une démarche de réconciliation et de fraternisation républicaine.

Parallèlement, le Président de la République rendait hommage à la diversité des Cultures et des Identités, par la réalisation du Musée du Quai Branly. L’initiative fut prise en 1998, sous le règne de la cohabitation avec Lionel Jospin, Premier ministre, socialiste. La construction a commencé en 2001 et l’inauguration a eu lieu le 20 juin 2006, en présence de personnalités mondiales de premier plan, dont le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Hannan, et du Prix Nobel de la Paix 1992, Rigoberta Menchu.

Ces deux initiatives ne peuvent être détachées du contenu des discours tenus à Madiana, en Martinique, en mars 2000, et à Champ Fleuri, à La Réunion, en mai 2001, où le chef de l’État invite à repenser fondamentalement les rapports des Départements d’Outre-mer au sein de la République. En clair, l’expérience commencée en 1946 montre ses limites et il faut rendre ces populations dispersées sur la planète plus responsables de leur avenir.

Ces exemples montrent que c’est au sommet même de l’État qu’est initiée une réflexion visant à tourner définitivement la page coloniale, au moment où la France se prépare à entrer dans l’ère de la mondialisation qui voit l’émergence d’anciennes puissances colonisées. Ce nouveau cycle des échanges mondiaux pose un défi immense : celui de substituer à l’ordre ancien fondé sur le racisme, la domination et l’infinie reproduction des injustices des rapports d’égalité et de dialogue, sous-tendus par les concepts nouveaux du « dialogue des cultures » et du « respect réciproque ».

C’est dans cette dynamique de changement d’ère que s’inscrit le désir de reconnaissance et de célébration de la date du 19 mars.

Le commencement de l’année 2006 fut marqué par un discours du Président de la République, lequel déclarait, le 30 janvier, que la France honorerait, désormais, chaque année la mémoire des esclaves ; cette célébration aurait lieu au niveau national le 10 mai, jour de l’adoption de la loi par le Sénat, les différents Départements d’Outre-mer conservant leurs dates respectives. Un tel respect est assez rare pour ne pas être souligné. C’est une immense victoire pour les démocrates et les militants anticolonialistes. Cette décision fonde la reconnaissance de nos identités au sein de la République. »

Ce dixième anniversaire du 10 mai ouvre une perspective consensuelle. Dans un an, la prochaine Présidentielle peut être une bonne occasion pour poursuivre le travail commencé et concrétiser la reconnaissance du 19 mars comme un nouvel espace de réconciliation et de fraternité.

Par Ary Yee Chong Tchi Kan, auteur du livre cité en référence


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