Culture et identité

Le 23 janvier, c’est le Jour de l’An Lunaire, c’est la fêt sinoi

Témoignages.re / 23 janvier 2012

Le Réunionnais connaît bien la fêt sinoi. Ce jour-là, il est réveillé au son des pétards et la boutik sinoi lé fermé. Mais, l’idéologie métropoliste en a fait « la fête chinois ».

Or, le Président de la République Populaire de Chine, HU Jin Tao, ne fait pas d’amalgame quand il présente ses vœux de « Nouvel An Lunaire » à ses hôtes. Quand il s’adresse à ses compatriotes Chinois, il leur parle de « la Fête du Printemps ». Et, il ne lui viendrait jamais à l’esprit de souhaiter à son homologue vietnamien « bonne fête chinois », ni « bonne fête du printemps », car le peuple vietnamien célèbre lui : « la fête du Têt ». Les Thaïlandais, les Coréens, les Japonais, etc. ont également leur propre tradition, ce jour-là.

On ne plaisante pas avec ces choses-là. Plusieurs pays riverains de la Mer de Chine viennent de proposer de changer ce nom car ils estiment que cela renforce la position hégémonique de la Chine à leur frontière maritime. Le gouvernement Chinois s’est opposé à cette démarche et a concédé que la Mer de Chine n’était pas de la souveraineté exclusive des Chinois. La dispute est loin de s’apaiser car les enjeux sont énormes. Il faudra bien clarifier les héritages du passé qui pourraient prêter à confusion et conduire à des conflits d’usages.

Quand les peuples occidentaux ont colonisé le monde, ils ont imposé leur référentiel culturel comme le calendrier ou les noms des lieux. Ainsi, nous venons de fêter bruyamment sur toute la planète le premier jour de « l’An 2012, après Jésus Christ ». La standardisation du monde post colonial entraîne de plus en plus une affirmation de ce calendrier chrétien, connu aussi comme calendrier solaire et non lunaire. Cependant, dans les pays où la vie est rythmée sur la lune et les saisons, les traditions millénaires persistent.

À La Réunion, c’est une ineptie de fêter « le printemps » en Janvier-Février, encore moins « l’hiver » sous 32°de chaleur, en plein été austral. C’est une erreur de continuer à parler de « la fête chinois » qui n’existe même pas en Chine. Le plus juste est de saluer le « Jour de l’An Lunaire » ou bien « la fêt sinoi » qui n’a de sens que dans la réalité Kréol et valide une magnifique ouverture à l’ensemble de la société. C’est aussi vrai à Maurice et aux Seychelles. En tout cas, cela aura au moins l’intelligence de ne pas enfermer tous les Réunionnais qui célèbrent le Jour de l’An Lunaire, selon différentes traditions de leurs ancêtres en Asie, dans une communauté de circonstance qualifiée de « chinoise ».

Pour ceux qui veulent continuer les traditions héritées de la Chine, je trouve très élégant de se souhaiter : « XIN NIAN KUAY LE ». Cela signifie officiellement « l’année nouvelle est arrivée ». C’est aussi beau de se dire : « XIN NIAN HAO », c’est à dire : « bonne année ». C’est valable sur toute la planète, autant pour le Jour de l’An du calendrier lunaire que pour le calendrier courant.

Pour respecter tous les Réunionnais : il faut continuer de se souhaiter : « BONN FET SINOI ». L’expression n’est ni réductrice, ni hégémonique : elle valorise l’héritage commun réunionnais. Elle va dans le sens de la Fraternité, en terre réunionnaise.

Ary Yee Chong Tchi Kan, auteur de "Réconciliation et Fraternité", 2009


Kanalreunion.com