Culture et identité

Le contexte de la révolte de 1811

2011 : l’Année d’Élie, un combattant réunionnais de la liberté

Témoignages.re / 18 décembre 2010

Mercredi dernier, Sudel Fuma, professeur d’Histoire et directeur de la Chaire UNESCO à l’Université de La Réunion, a lancé avec les représentants d’une dizaine d’associations culturelles la célébration de "2011 : l’Année d’Élie, un combattant réunionnais de la liberté", à l’occasion du 200ème anniversaire de la révolte des esclaves en novembre 1811. Une révolte massive, durement réprimée par les colonialistes de l’époque et organisée par l’esclave Élie.

Toutes les collectivités et associations réunionnaises sont invitées à participer à cette célébration sous l’égide de la Chaire UNESCO. Plusieurs d’entre elles ont déjà répondu favorablement à cette invitation. Évidemment, "Témoignages" va également apporter sa contribution à cet hommage à nos ancêtres marrons, tout au long de l’année prochaine.

Mais dès à présent, à l’occasion du 20 Désanm, nous commençons à publier l’histoire de cette révolte réunionnaise de 1811, telle qu’elle a été résumée dans le dossier de presse remis mercredi aux journalistes. Ce premier chapitre concerne le contexte historique, politique et culturel de l’événement. Les inter-titres sont de "Témoignages".

Du 5 au 8 novembre 1811 à Saint-Leu, commune située à l’Ouest de la colonie française de La Réunion, éclate une révolte d’esclaves, qui est vite réprimée par les autorités coloniales de l’île. Malgré le faible nombre de participants esclaves, toutefois important à l’échelle de la ville (10% des esclaves), cette insurrection a un impact considérable sur la population de la colonie, qui vit dans la hantise d’une abolition de l’esclavage provoquée comme à Saint-Domingue par une guerre d’esclaves revendiquant la liberté par les armes.

Les manifestations de violences qui se déroulent dans cette localité sont d’autant plus traumatisantes pour les Blancs et les esclaves, que l’île n’avait jamais connu de soulèvement armé et que le contrôle de l’ordre colonial n’avait jamais failli depuis les débuts de la colonisation française.

Diverses formes de résistance

Si les esclaves avaient toujours manifesté leur désir de liberté depuis l’introduction de l’esclavage dans la colonie à la fin du 17ème siècle, cette revendication avait pris différentes formes : marronnages, suicides, empoisonnements et incendies des champs de café ou de cannes.

5 à 6% de la population esclave est concernée par ces formes de résistances, les autres, la grande majorité, acceptant leur condition de soumis, craignant le système coercitif colonial d’une redoutable efficacité…

Un contexte politique particulier

L’insurrection de Saint-Leu éclate dans un contexte politique particulier. Depuis la Révolution française de 1789 et la première tentative d’abolition de l’esclavage en 1794, qui échoue dans les colonies françaises de l’océan Indien — mais devient réalité à Saint-Domingue et en Guadeloupe après des soulèvements d’esclaves —, l’Ile Bourbon, devenue l’Ile Bonaparte pendant la période impériale (1804-1815), craignait des événements sanglants provoqués par des révoltes d’esclaves.

Les autorités coloniales avaient réussi à empêcher l’application du décret du 16 pluviose an II (2 février 1794), qui avait prononcé l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises sous la pression des esclaves de Saint-Domingue et de leurs représentants. Toutefois l’application du décret effectif en Guadeloupe et à Saint-Domingue n’avait pas concerné l’Ile de La Réunion et l’Ile de France du fait de la résistance des colons esclavagistes et des esclaves eux-mêmes, qui ne s’étaient pas soulevés pour réclamer l’application du décret.

(à suivre)


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