Culture et identité

Le contexte de la révolte de 1811 (suite)

"2011 : l’Année d’Élie, un combattant réunionnais de la liberté" - L’histoire de la révolte de 1811 — 2 —

Témoignages.re / 21 décembre 2010

Samedi dernier, "Témoignages" a publié le premier chapitre de l’histoire de la révolte des esclaves à Saint-Leu en novembre 1811. Une révolte suivie d’une répression tellement importante que Sudel Fuma, professeur d’Histoire et directeur de la Chaire UNESCO à l’Université de La Réunion, a lancé avec une dizaine d’associations culturelles la célébration de "2011 : l’Année d’Élie, un combattant réunionnais de la liberté", à l’occasion du 200ème anniversaire de cet événement historique.
Voici donc le second chapitre de cette révolte telle qu’elle a été résumée dans le dossier de presse remis mercredi aux journalistes. Il concerne toujours le contexte historique, politique et culturel de l’événement. Les intertitres sont de "Témoignages".

En 1810, l’Ile de France — qui devient l’Ile Mauritius — et l’Ile Bonarparte, qui redevient l’Ile Bourbon — tombent aux mains des colonialistes anglais. Cela se passe sans véritable opposition des populations locales et surtout des gros propriétaires esclavagistes, qui espèrent la reprise des affaires économiques, et aussi un accord avec les dirigeants anglais sur la question de l’esclavage.
En effet, l’abolition de la traite dans les colonies anglaises, prononcée par le gouvernement de sa Majesté, inquiétait les propriétaires d’esclaves, en faisant régner un climat d’insécurité et de peur.

Des colons rassurés

La nomination de Farquhar pour diriger l’administration des deux nouvelles colonies anglaises dans l’océan Indien en 1810 — l’Ile Maurice et l’Ile Bourbon — rassure les colons des deux îles.
Pourquoi ? Parce que le gouverneur britannique — très pragmatique et diplomate — préfère le soutien des notables esclavagistes que l’application d’une loi britannique qui ne pouvait se faire que par la contrainte et par la violence des armes. Les lois britanniques sur la traite, comme sur le régime des esclaves ou les affranchissements, sont prononcées dans les îles, mais leur application est souple pour ne pas dire inexistante en 1811…

Davantage d’esclaves à Saint-Leu qu’ailleurs dans l’île

La population de Saint-Leu en 1811, au moment où se déroule la révolte des esclaves, s’élève à 5.713 habitants, composés en grande majorité d’esclaves (90%).
La particularité de cette bourgade de l’Ouest est d’avoir en proportion du nombre d’esclaves le plus petit nombre de Blancs de la colonie, qui vivent pour la plupart sur la plaine littorale en compagnie de leurs esclaves domestiques.
Les colons de Saint-Leu sont au nombre de 363 individus, propriétaires des terres agricoles des Hauts, plantées en caféiers, maïs et autres racines alimentaires nécessaires à l’alimentation de leurs esclaves.
Dans le reste de l’île, la proportion des esclaves est beaucoup plus faible, soit 3,35 esclaves pour un homme blanc, en incluant les Libres affranchis qui sont peu nombreux dans la colonie. La proportion à Saint-Leu est de 13,91 esclaves pour un Blanc ; un schéma qui est semblable à celui de Saint-Domingue, au moment de l’insurrection d’esclaves de 1792.
On comprend alors pourquoi les habitants libres de Saint-Leu craignent une révolte d’esclaves et surveillent les agissements des éventuels révoltés. Les conditions sont propices à une révolte locale, alors que c’est un peu moins le cas dans le reste de l’îIe.

(à suivre)


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