Culture et identité

« Le devoir de mémoire pour préparer l’avenir de notre peuple »

Commémoration du 10 Mai à Saint-Louis

Sophie Périabe / 14 mai 2011

Une centaine de personnes ont participé hier soir à la cérémonie très solennelle de commémoration du 10 Mai et du bicentenaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu organisée par la Municipalité de Saint-Louis. Une stèle a été installée en mémoire à nos esclaves.

Il y a 10 ans, la France reconnaissait l’esclavage comme étant un crime contre l’humanité, grâce à la « loi Taubira, Bello et Hoarau », a souligné Ghislaine Bessière, représentante du Komité Lané Élie (KLE). Cette année marque également le bicentenaire de la révolte des esclaves de Saint-Leu.
Deux évènements de notre Histoire commémorés hier à Saint-Louis sur l’esplanade de la ZAC Avenir.
Dès le début de la cérémonie, la stèle sculptée par Gilbert Clain a été dévoilée. Le public a eu le privilège de voir l’artiste à l’œuvre. En effet, le sculpteur a souhaité terminer son œuvre en public lors de cette cérémonie très émouvante.
Dans la foule, plusieurs dirigeants et militants du PCR ont fait le déplacement, notamment Sylvie Mouniata, Yvan Dejean et Maurice Gironcel.
Toutes les communautés de l’île étaient également représentées. D’ailleurs, la cérémonie a débuté sous les chants des maloyeurs et aux sons de la musique mahoraise et des Tambours des Docks. Un mélange des cultures pour rappeler l’Histoire du peuplement de notre île.

Des centaines de personnes tuées lors de la révolte de Saint-Leu

Dans les heures les plus sombres de notre histoire, malgaches, indiens, africains, ont tous connu « l’esclavage de 1664 à 1848. À La Réunion, les conditions ont perduré jusque dans les années 1970 dans les exploitations sucrières », a rappelé Ghislaine Bessière dans son intervention.
« La révolte de Saint-Leu a montré que l’esclavage à La Réunion n’était pas gentil et les esclaves n’étaient pas soumis, comme certains voudraient le faire croire », a insisté Claude Hoarau, le maire de Saint-Louis.
Au cours de la plus grande révolte de l’île Bourbon, alors sous emprise britannique, « entre100 et 200 personnes ont été tuées », raconte la représentante du KLE.
Après le jugement du 8 mars 1812, de nombreux insurgés ont été décapités à la hache à Saint-Denis, Saint-Paul, Saint-Leu, Saint-Pierre. « Des commémorations ont eu lieu dans ces communes dans le cadre de l’année d’Élie, pour célébrer la mémoire et la lutte », poursuit Ghislaine Bessière.
Toujours dans le cadre de l’année d’Élie, Ketty Elisador a lu un poème écrit par Armel Bataille récité à la cathédrale de Saint-Denis le 7 mars. Rappelons que cette église a été transformée à l’époque, en 1812, en tribunal pour les insurgés.

La colonisation, un crime contre l’humanité ?

Pour le maire de Saint-Louis, « le devoir de mémoire, ce n’est pas seulement pour se rappeler, mais c’est pour préparer l’avenir de notre peuple ».
Beaucoup reste à faire, selon lui, pour l’unité réunionnaise.
« Demain, peut-être votera-t-on la colonisation comme étant un crime contre l’humanité », c’est en tout cas le souhait formulé par l’un des initiateurs de la loi du 10 Mai 2001. « Il faudra bien qu’il y ait une reconnaissance un jour ».
La cérémonie s’est achevée par une minute de silence et un dépôt de roses blanches en mémoire de tous nos esclaves.
Les Tambours des Docks ont ensuite pris la tête de la marche en l’honneur des martyrs de l’esclavage, direction du site du Scénopolis pour le plateau artistique.

 SP 


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