Culture et identité

« Le long du battant des lames »

Jusqu’au 31 mars 2007, l’appel du large...

Au musée de Stella Matutina jusqu’au 31 mars, l’exposition “Le long du battant des lames”, présentée par la Confrérie des gens de la mer, invite au partage de notre patrimoine maritime. Une plongée dans trois siècles de navigation.

L’association La Confrérie des gens de la mer présente jusqu’au 31 mars, à Stella Matutina, une exposition en vingt tableaux sur l’histoire maritime de La Réunion, qu’elle s’attache à protéger et faire connaître.
Après avoir produit “Mémoires de la mer”, un documentaire sur la sauvegarde des épaves des navires envoyés par le fond autour de l’île, l’association expose ces panneaux pour faire revivre une histoire maritime qui fut jadis d’un grand dynamisme et d’une grande richesse. Une visite était organisée samedi au musée de Saint-Leu, commentée par Olivier Fontaine, historien de l’association spécialiste de l’histoire maritime de l’île (*).
L’exposition comprend vingt panneaux, organisés par thématiques, et deux vitrines présentant des objets utiles à la navigation.
La première thématique parle des navigateurs et des différents types de navigation, depuis les débuts de la Compagnie des Indes, la piraterie, les marrons “navigants” (esclaves malgaches qui tentèrent de rejoindre leur île en pirogues de fortune) et les étapes de la navigation marchande.
« On a pris le bateau pour venir à La Réunion jusqu’en 1970, date de la fermeture de la dernière ligne maritime passagers » avait rappelé en préambule Olivier Fontaine, pour faire prendre conscience de ce que l’histoire maritime a occupé une place beaucoup plus importante que la mémoire collective ne semble en avoir gardé la trace. Un adage du 20e siècle a même dit que « les Réunionnais tournent le dos à la mer ». Pas depuis très longtemps alors... Et si la mémoire de cette histoire s’est quelque peu diluée et perdue, une exposition comme celle du musée Stella vient à point nommé pour la remettre en valeur.
Une deuxième thématique aborde ce qui a été fait à La Réunion au nom de l’activité marine : les batteries (pour notre défense) et les fortifications, les marines et les ponts de débarcadère - dont il reste quelques vestiges, à la Possession ou à Saint-Denis, où il y a eu dans cette dernière commune jusqu’à 7 ponts débarcadères. On a aussi construit les phares, les ports...
Puis l’exposition s’intéresse aux activités maritimes : le batelage, qui servait au déchargement des navires restés en rade ; et le bornage, qui organisait les liaisons maritimes d’un point à l’autre de la côte, avant les premières routes de ceinture.
Enfin, une dernière partie évoque les vestiges culturels de cette histoire, avec des bâtiments, des lieux et les noms restés dans la langue créole et dans la culture. Les termes de “marine”, “barachois”, “boucan“, “batterie”, “baie”, “sémaphore“... ou encore la “Chaloupe”, les “Avirons”... évoquent directement cette histoire maritime. Le “Cap La Houssaye” ravive le souvenir d’un capitaine de navire du XVIIe siècle. On trouve aussi les vestiges d’une tradition de construction navale et la mémoire des métiers des gens de la mer. Un autre panneau détaille quelques histoires de pirates célèbres, dont certains ont pu, avec l’accord des autorités, se reconvertir sur notre île en abandonnant la piraterie et en laissant une descendance dont le nom renvoie à l’histoire d’un pirate “originel”. C’est le cas d’un dénommé Baillifre (devenu Baillif) installé sur l’île en 1695, de même que le pirate Huet, Picquart ou Turpin. Un pirate Sekeling (devenu Clain) s’est installé, lui, vers 1687, etc... Ce fait explique qu’un certain nombre de Réunionnais, lorsqu’ils se lancent dans une recherche généalogique, trouvent souvent parmi leur antécédent un de ces pirates du XVIIe et XVIIIe siècle. D’autres trouvent des gens de la mer de profession, tels des officiers de marine...
La mer a été pour les Réunionnais l’univers et le théâtre d’une histoire intense, riche, très diverse et souvent dramatique. Il nous faut la (re)découvrir.

P. David

(*) Appelez le Musée au 0262.342.006 pour le calendrier des prochaines visites commentées.




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