Culture et identité

Le maloya inscrit au patrimoine mondial de l’humanité

3e anniversaire d’un événement historique grâce à la M.C.U.R. et la Région Réunion avec Paul Vergès

Témoignages.re / 3 octobre 2012

La Convention internationale de l’UNESCO, réunie à Abu Dhabi le 1er octobre 2009 pour examiner les candidatures venues du monde entier pour l’inscription des pratiques au patrimoine culturel mondial de l’humanité, a inscrit le maloya sur cette liste. « C’est une reconnaissance mondiale de la culture vivante réunionnaise, des femmes et des hommes qui l’ont constituée, défendue, mise en valeur, transmise de génération en génération malgré l’interdiction, le déni, la marginalisation, le mépris », comme l’a souligné la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (M.C.U.R.), qui a constitué et porté ce dossier, avec le soutien de la Région Réunion, dirigée par l’Alliance avec Paul Vergès. Nous publions ci-après — avec des inter-titres de "Témoignages" — de larges extraits des documents publiés à cette occasion par la MCUR. Des documents réalisés par Carpanin Marimoutou, en collaboration avec Alain Courbis, Guillaume Samson et Fanie Précourt, du PRMA.

La valorisation du patrimoine culturel vivant réunionnais est au cœur du projet MCUR. Cette culture et le vivre ensemble réunionnais sont issus de la rencontre et du métissage des mondes qui se sont rencontrés sur l’île au cours des siècles.
À la demande du Président de la Région Réunion, l’État français a proposé la candidature du maloya auprès de l’UNESCO. L’inscription du maloya est donc à la fois le signe d’une reconnaissance nationale et internationale de la culture réunionnaise.
Né dans les plantations, chant des esclaves, le maloya s’est nourri et enrichi au cours des siècles par celles et par ceux qui ont largement contribué à la création de la culture réunionnaise et de ses valeurs de tolérance, de solidarité et de maillage.

Un dossier remis en 2008

L’inscription du maloya sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel par la Convention internationale de l’UNESCO témoigne de l’importante contribution du peuple réunionnais à la culture mondiale.
La France peut s’enorgueillir de voir inscrire au côté des forteresses de Vauban, de la Cathédrale de Chartres ou du site historique de Lyon, l’expression immatérielle d’une culture née de l’esclavage dans les plantations de canne à sucre à l’île de La Réunion.
Le dossier préparé par la MCUR a été transmis au Ministère de la Culture et de la Communication en juin 2008.

Histoire du maloya

Le mot "maloya" est probablement d’origine malgache ou Est-africaine. Le maloya désigne une musique, un chant, une danse propre à l’île de La Réunion. Apporté par les esclaves venus d’Afrique de l’Est ou de Madagascar, il s’est créolisé sur les plantations sucrières pendant la période de l’engagisme. Longtemps lié à des cérémonies d’hommage aux ancêtres, il a progressivement conquis l’espace public à partir des années 1970. Vecteur de revendications politiques, il est devenu l’expression majeure, sur le plan culturel et musical, de l’identité réunionnaise.
Le maloya se pratique sur toute l’île de La Réunion ainsi que dans la diaspora installée en France, au Québec, en Australie. Certains chanteurs ou certaines troupes se produisent dans le monde entier : Bastèr, Granmoun Lélé, Nathalie Natiembé, Lo Rwa Kaf, Davy Sicard, Firmin Viry, Danyèl Waro, Ziskakan,

Maloya et créolisation

Le maloya est un exemple particulièrement visible des processus de créolisation culturelle qui se sont opérés dans l’espace des plantations sucrières, en particulier au contact des engagés venus des villages de l’Inde du Sud et qui apportaient leurs mélodies, leurs épopées, leurs mythes, leurs rituels. Les textes chantés du maloya « traditionnel » empruntent aussi aux romances françaises du 18e et du 19e siècle.
Il est aujourd’hui le symbole même de l’identité culturelle réunionnaise, et ce de manière intergénérationnelle. Aucune manifestation festive ou culturelle de quartier, de village ou à un niveau plus large ne se déroule sans une présence du maloya.
Le maloya est la musique même du 20 décembre, date anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion. Durant toute la nuit, les troupes se succèdent, soit sur les podiums dressés par les collectivités publiques, soit dans les kabar organisés de manière plus ou moins improvisée dans les cours ou d’autres espaces privés.


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