Culture et identité

Le marron : un révolté au nom de la liberté

Témoignages.re / 27 novembre 2009

On apprend dans de nombreux ouvrages que le marron est “un animal” dangereux qui doit être traqué, comme le recommandait en 1741 un ancien colon rentré en France après avoir subi plusieurs descentes de marrons sur ses propriétés.
Le marronnage fut le mal quotidien que les colons eurent à combattre. L’édit rendu par Louis XV en décembre 1723 stipule que le marronnage est considéré comme un crime.
Et pourtant, le marronnage incarne le symbole de la résistance, de la lutte.
Le marron a adopté les traits d’un héros révolutionnaire libre ; cet héros a refusé d’être à la remorque de cette société esclavagiste, société qui l’a privé de sa liberté, de sa culture, de sa religion.
Cette soif de liberté a guidé ses pas dans nos montagnes. En s’appropriant cet espace difficile, rude, le marron nous a laissé ce premier courant de pensée original qui ne se calque pas sur ce schéma colonial esclavagiste. En privilégiant sa liberté, le marron hisse au plus haut sa dignité humaine au dessus de toutes les valeurs. En marronnant, il devient un sage qui met en place une pensée, un mode de vie, une civilisation, des valeurs typiquement réunionnais.
Marron je suis, homme marron j’existe en retrouvant ma liberté, ma dignité, mon individualité.
Marron, je résiste contre la milice du gouverneur payée pour me chasser, me tuer, me couper les jarrets, me “fleurdeliser”.
Mais dans mes montagnes, je vis librement, dignement, avec ma famille qui n’est plus dominée par le colon ou le maître. La montagne est le théâtre de l’expression culturel, cultuel des esclaves marrons.
En étant libre, le marron est à la recherche de la sagesse, de la vérité. Il sort des sentiers battus imposés pour trouver d’autres voies, pour réfléchir à des solutions politiciennes adaptées à son environnement. Être marron, c’est contribuer à l’épanouissement de son groupe.
Le marron pense, agit en tant individu libre, fier de son identité, de sa culture préservée. Il a d’ailleurs façonné notre histoire, notre géographie.
Le marronnage dialogue avec notre nature, avec la cosmologie, avec un mode de penser réunionnais, avec la politique.
Les marrons se sont donnés une organisation politique marronne.
C’est le premier homme “politique révolutionnaire” réunionnais qui a dit non sous formes de plusieurs modes de résistances (suicide, fuite par la mer, dans la montagne, attaques des plantations, incendies...) au système esclavagiste injuste, discriminatoire. En disant non dans la lutte, la résistance à la colonisation esclavagiste, il place les premières pierres de la pensée politicienne réunionnaise marronne qui refuse l’assimilation, l’assistanat.
Le marronnage marque la révolte, la lutte, l’héroïsme.
C’est un patrimoine politique que le Parti communiste réunionnais a reconnu : « nous sommes ce que nous sommes grâce à nos ancêtres, nous n’avons pas attendu Paris pour trouver une solution », Paul Vergès.
Comme nos “zancèt” qui ont résisté en refusant l’oppression coloniale, continuons à maitriser notre destin, à embellir notre île avec des projets réunionnais faits par des Réunionnais pour réussir dans l’union notre développement durable rythmé sur « cet art réunionnais de la résistance : notre maloya » reconnu comme Patrimoine de l’humanité : une victoire réunionnaise obtenue dans la résistance, dans le marronnage.

Aline Murin-Hoarau,
adjointe au Maire de Sainte-Suzanne


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