Culture et identité

Le PCR lance un appel à élaborer un projet de développement durable et solidaire

Journée de sensibilisation et de solidarité sur la révolte de 1947 à Madagascar

Témoignages.re / 12 décembre 2016

Le 4 décembre, l’association REAGIES a organisé une la journée de sensibilisation et de solidarité liée à la révolte de 1947 à Madagascar. Après l’évocation historique des liens entre La Réunion et Madagascar, la présentation des événements de la révolte, et les témoignages d’acteurs de la solidarité entre nos deux îles, Yvan Dejean est intervenu au nom du Parti communiste réunionnais pour évoquer les perspectives qui peuvent s’ouvrir.



Mes premiers mots iront tout d’abord aux organisateurs de cette journée pour les remercier d’avoir chaleureusement invité le Parti Communiste Réunionnais à s’exprimer devant vous ce matin.

Et je dois dire que depuis le début de cette matinée j’ai vu des invités attentifs, surpris et même horrifiés lorsque Manuel Marchal, Alain Dreneau, Julien Ramin, Eugène Rousse, Bruny Payet et Louis
Gonzagues nous ont rappelé mais aussi nous ont connaître qu’à 800 km de La Réunion, il y a soixante-neuf ans, des êtres humains ont été massacrés parce qu’ils n’avaient, que pour seule crime, d’aspirer à vivre en un peuple libre.

Pour nous communistes, cela ne nous est pas étranger et cela nous parle directement ; pour nous Réunionnais cette volonté de vivre dans la dignité doit rester un combat de tous les instants.

En tout cas, merci aux organisateurs, merci Simone d’avoir pris l’initiative d’organiser cette journée de sensibilisation sur cette triste page de notre histoire contemporaine qui, comme un symbole, souligne combien Madagascar occupe une part importante dans l’histoire réunionnaise et dans le cœur des Réunionnais/es.

Une place somme toute particulièrement importante. Pourquoi ?

Et bien parce que si le pouvoir colonial à La Réunion et à Madagascar nous a quelquefois séparés, opposés même, il ne reste pas moins vrai que les liens entre Malgaches et Réunionnais sont indissolubles.

Impact de la croissance démographique

Les noms de lieux de notre géographie, la répression violente contre les peuples de nos deux pays, nous rappellent notre passé commun et nous invitent à regarder ensemble l’avenir tant les destins de Madagascar et d’une Réunion libre et responsable sont liés.

Vous le savez, Paul Vergès nous le rappelait sans cesse : La Réunion se situe dans un environnement géographique qui verra sa démographie complètement bouleversée durant les prochaines années :

      • De 24 millions d’habitants aujourd’hui, Madagascar en comptera 55 millions d’habitants dans une trentaine d’années, le Mozambique 65 millions et la Tanzanie 137 millions d’habitants ;
      • Et au début siècle prochain, ces mêmes pays compteront respectivement 100 millions, 127 millions et 300 millions d’habitants…

Et pendant ce temps, La Réunion plafonnera à 1 million d’habitants ! Ces données sont connues d’avance et quelles que soient le résultat des échéances de l’année prochaine ces perspectives démographiques sont inéluctables.

Quelles peuvent en être les conséquences ? Elles sont multiples et tout un chacun peut les mesurer mais le plus important est d’en saisir toute la portée et de faire les choix qui s’imposent d’eux-mêmes.

Défis à relever en commun

Ce n’est pas en approfondissant nos liens seulement avec l’Europe que La Réunion connaîtra des jours meilleurs.

D’ailleurs, le bilan de ces 70 dernières années, même s’il faut reconnaître des avancées dans plusieurs directions est là pour nous le démontrer.

Mais s’est au contraire en s’ancrant dans notre environnement géographique que nous pourrons offrir à notre jeunesse un nouveau destin plus radieux !

Nous avons tant de défis à relever en commun avec nos voisins, et particulièrement avec Madagascar : comme les conséquences des changements climatiques qui impactent nos modes de vie : inondations, tempêtes, sécheresses… hausse du niveau des océans.

Ici je souhaite rappeler les initiatives du PCR et de la mairie de Ste-Suzanne pour appeler à la solidarité des institutions réunionnaises face à la famine qui sévit au Sud de la Grande Île, à cause d’une sécheresse exceptionnelle qui a détruit toute agriculture dans la région.

La Réunion, Madagascar et plus globalement les îles de l’Océan Indien devront affronter ensemble ces catastrophes naturelles qui ne sont que la conséquence d’un système assis sur l’exploitation des hommes, des femmes, des matières premières dans le but de toujours plus de profit.

Ne nous y trompons pas. Madagascar n’a pas besoin de La Réunion pour se développer.

La Grande Île fait partie de l’ensemble économique du Bloc Oriental et Austral Africain qui tend à se structurer vers un espace intégré de 600 millions d’habitants. Ce qui veut dire libre échange, libre circulation des biens et des personnes, voire même peut-être, monnaie unique…

Madagascar s’intègre déjà aux nouveaux réseaux des câbles transocéaniques qui relieront l’Angola au Brésil, contrairement à La Réunion. Vous aurez compris, Madagascar est déjà sur la route de demain.

Réalité néocoloniale

Mais il est tout aussi évident que les ravages de la colonisation française pèsent encore sur nos deux pays et pour le PCR, c’est à cause des rapports de néocolonisation que la France entretient avec ses anciennes colonies officielles que Madagascar, comme La Réunion, sont aujourd’hui dans un état social si catastrophique. Mais La Réunion a aussi un statut particulier dans ce schéma colonial, car La Réunion a été à la fois colonie et colonisatrice.

En fait, de la réalité coloniale de 1946 nous sommes passés à une réalité néocoloniale.

Que faut-il faire maintenant ? Quel chemin prendre ?

Développer d’autres liens

Le premier travail à faire, c’est celui qui a été fait ce matin : que l’histoire commune de Madagascar et de La Réunion soient étudiées et diffusées, et que les forces de Madagascar soient connues et appropriées par les Réunionnais.

Il existe bien des liens actuellement entre Malgaches et Réunionnais, la plupart de ces liens sont caritatifs, parfois, rarement, économiques. Il nous faut développer d’autres liens, plus profonds : identitaires et culturels.

Et cela en poursuivant des relations entreprises par ceux d’entre nous (le Parti, ses dirigeants) qui n’ont jamais failli au devoir de solidarité avec le peuple malgache, notamment dans toutes les circonstances dramatiques comme ceux qu’on a vu aujourd’hui…

Ce ne sont pas les thèmes de travail qui manquent pour renforcer les liens entre Madagascar et La Réunion :

libre circulation des personnes et visas automatiques entre nos 2 îles ;

Francophonie

Université de l’Océan Indien

Sécurité alimentaire pour toute la zone (co-développement)

La coopération des peuples, au lieu des institutions : quand on y réfléchit, comment penser nos relations dans la COI, quand demeure le problème des Chagos. “L’Océan Indien, zone de paix” est ce message fraternel dont le PCR a fait un des thèmes de son 8e congrès et qui reste un autre combat à poursuivre.

Construire un avenir collectif

Beaucoup de travail reste à faire pour les personnes de bonne volonté.

C’est en ce sens un appel à élaborer un projet de développement durable et solidaire entre les peuples frères de l’Océan Indien.

Je remercie encore une fois les organisateurs pour cette belle journée ; pour nous y avoir invité.

Et au nom du PCR, je leur témoigne qu’ils peuvent compter sur nous pour participer à construire l’avenir collectif radieux que nos deux peuples méritent.

Vive les peuples libres de l’Océan Indien.


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