Culture et identité

Les deux siècles de luttes du Royaume de l’intérieur contre les esclavagistes

Journée sur le patrimoine malgache à l’Université de La Réunion

Manuel Marchal / 25 février 2017

L’Université de La Réunion accueillait hier une journée de recherche intitulée « Regards croisés sur le patrimoine malgache, transmission et régénération d’un héritage vivant ». Cette manifestation a permis de donner un coup de projecteur sur l’apport de la Grande Île dans la construction de la culture, de la langue et du peuple réunionnais. Les études sur le maronage mettent en évidence l’existence d’un Royaume de l’intérieur pendant toute la durée de l’esclavage à La Réunion, c’est-à-dire pendant plus de la moitié de son histoire. Ce Royaume de l’intérieur s’opposait au gouvernorat esclavagiste qui dominait sur le littoral.

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Pendant plus de la moitié de l’histoire de La Réunion, un Royaume de l’intérieur regroupait des esclaves évadés en lutte continuelle contre le régime esclavagiste.

Le peuplement de notre île vient en partie de Madagascar. Des Malgaches étaient dans le premier bateau porteur des premiers habitants de notre île, arrivé en 1663. Parmi eux se trouvaient Anchaing, un des fondateurs du Royaume intérieur qui existait dans notre île, en opposition à la colonie qui dominait sur le littoral et les terres soumises à l’esclavage. Lors d’une communication, Charlotte Rabesahala, professeur à l’Université de La Réunion, a évoqué cette part de notre histoire qui fait l’objet d’une exposition dans la longère située à côté de la mairie de Saint-Paul. Ses travaux lui ont permis de découvrir que Madagascar était une terre de maronage. Ces esclaves évadés constituaient des sociétés qui intégraient les nouveaux venus. Elles coexistaient auprès des royaumes qui gouvernaient la Grande île. Elles ont duré jusqu’à la fin du 19e siècle.

Société organisée

Ces pratiques se sont reproduites dès le peuplement de La Réunion. Le premier bateau transportait en effet des esclaves malgaches ainsi que des colons français venus du Sud de Madagascar. En se réfugiant dans les hauteurs de l’île, ils en devinrent les premiers occupants permanents. Ce fut le point de départ de deux siècles de maronage qui ont laissé des traces dans le paysage au travers des noms de lieux de l’intérieur de La Réunion. Leur origine malgache rappelle que plus de 90 % des marons venaient de la Grande île.

Ces travaux mettent en lumière une société organisée, où la toponymie révèle un mode d’emploi des hauts et des cirques, parsemés de lieux sacrés, de zones de ravitaillement ou de refuges défensifs. L’exploitation de l’île par la colonie montant toujours plus haut en altitude, la superficie du Royaume de l’intérieur se réduisit progressivement. L’esclavage couvre encore la majorité de l’histoire de La Réunion.

Plus de la moitié de l’histoire de La Réunion

C’est une période méconnue. Les recherches sur le maronage indiquent que plus de la moitié de l’histoire de La Réunion a été marquée par la lutte continue entre le Royaume de l’intérieur et le gouvernorat esclavagiste du littoral. Le maronage n’a cessé qu’avec l’abolition de l’esclavage en 1848.

Le 30 octobre 2009, Paul Vergès a inauguré un monument réalisé par l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Situé dans le cimetière du Gol à Saint-Louis, ce monument rend hommage aux Réunionnais morts sans sépulture. Lors du discours qu’il prononça ce jour-là, Paul Vergès avait souligné la chape de plomb qui pèse sur la période esclavagiste de notre île, c’est-à-dire plus de la moitié de l’histoire de La Réunion. Il avait insisté sur le fait que cette période était marqué par des batailles continuelles entre les opposants au régime de l’esclavage et le pouvoir colonial. Une histoire méconnue qu’il importe de rendre aux Réunionnais.

La journée d’étude d’hier à l’Université a montré que les travaux se poursuivent afin que les Réunionnais puissent savoir que plus de la moitié de leur histoire a été faite de résistances à l’oppression et d’organisations de sociétés libres capables de tenir tête au régime colonial.

M.M.


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