Culture et identité

"Les Marrons", de Louis-Timagène Houat — 29 —

Nout mémwar

Témoignages.re / 21 juin 2013

Dans cette chronique "Nout mémwar", voici la fin du 4ème chapitre ("La caverne") du texte de Louis-Timagène Houat paru quatre ans avant l’abolition de l’esclavage à La Réunion sous le titre "Les Marrons", au sujet des esclaves et des traitements imposés aux marrons dans les colonies françaises. L’auteur raconte comment un groupe d’esclaves marrons malgaches quitte « l’habitation coloniale » réunionnaise « au pied des Salazes » pour se réfugier dans les Hauts. L’un d’eux, "le Câpre", laisse ses camarades dans « un établissement », échappe à des chiens de chasseurs de marrons puis rencontre dans une grotte « une jeune femme blanche (Marie) tenant dans ses bras un enfant mulâtre » et il est rejoint par « un grand jeune nègre » (Frême), qui lui décrit les violences des « maîtres toujours méchants »...

—  Ah ! fit la bonne Marie. Pourquoi dire cela, Frême ! Dieu est grand. Il est plein de pouvoir. Tu sais combien il a été bon pour nous. Il nous a sauvés. Il sauvera aussi les noirs. Espère ! Les blancs ont du cœur ; ils ont de l’esprit, de l’intelligence, et l’intérêt leur dira comme la justice que l’esclavage est une mauvaise chose, et l’on

fera son abolition ; on trouvera que c’est un bien pour tout le monde.

—  Oui ! oui ! Madame a raison , dit le Câpre, avec l’accent de la conviction, et j’approuve ces bonnes paroles. Moi, j’espère en cette chose ; parce que c’est juste, elle doit arriver ; et c’est en attendant qu’elle arrive que j’ai quitté la maison du maître et me suis fait marron. Mais laissons ça, parlons de vous, frère : vraiment je n’en reviens pas ! Comment donc avez-vous fait pour être ici avec une Madame blanche si jolie ?

—  Ah ! Dame ! fit Frême, c’est une histoire... si elle ne vous ennuie pas trop...

—  Non, non ! assura le Câpre avec tout l’empressement de la curiosité.

—  Eh bien ! reprit Frême, j’essayerai... mais il faut que Marie m’aide un peu...

—  Je le veux bien, dit celle-ci d’une voix timide.

Et alors le récit commença, et le Câpre était tout oreille à l’histoire de Frême et de Marie que nous allons résumer, ne pouvant la rendre dans tous ses détails et sa naïveté.

(à suivre)


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