Culture et identité

Les Réunionnais votent pour l’abolition du statut colonial

Le 21 octobre 1945 : une décision irréversible prise lors d’une élection

Manuel Marchal / 22 octobre 2010

21 octobre 2010, 21 octobre 1945 : voici 65 ans hier, le destin de La Réunion a changé fondamentalement grâce au vote de son peuple. Le 21 octobre 1945, les Réunionnais élisent leurs deux députés et choisissent Raymond Vergès et Léon de Lépervanche parce qu’ils ont dans leur programme l’abolition du statut colonial. Moins de cinq mois plus tard, le 19 mars 1946, cet engagement est une réalité : la représentation nationale vote à l’unanimité l’abolition du statut colonial à La Réunion, en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane. Retour sur ces événements.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la République lance le renouvellement de la totalité de sa classe politique. Trois élections et un référendum sont prévus en 1945. Le premier rendez-vous est fixé à La Réunion au 27 mai pour les élections municipales. C’est la première fois que le suffrage universel pourra s’exprimer dans notre île, car depuis 1944, les femmes ont le droit de voter. Ce sera également la première fois où l’administration devra veiller au respect du suffrage universel.
Ce 27 mai marque le triomphe des listes du Peuple au Pouvoir présentées par le Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS). Ce large rassemblement remporte la victoire dans 12 communes sur 23, dont toutes les grandes villes. Le Docteur Raymond Vergès devient maire de Saint-Denis, Léon de Lépervanche est élu au Port. Sur toute l’île, les listes du Peuple au Pouvoir ont obtenu plus de 60%.
Le 7 octobre, les Cantonales sont la confirmation de ce premier succès, malgré les pressions des dominants, comme le rappelle le Docteur Raymond Vergès dans "La Défense". Le CRADS gagne 22 des 36 sièges, et c’est Léon de Lépervanche qui devient le président du Conseil général de La Réunion.
Deux semaines plus tard, les électeurs doivent se prononcer sur un référendum proposant la création d’une Assemblée constituante, et doivent élire leurs députés.
Dans la première circonscription, les bénéficiaires du système féodal de la colonie ne reculent devant rien pour faire gagner Alexis de Villeneuve. Ce dernier obtient 99,46% des "voix" à Saint-Benoît, la ville dont il est maire. Mais ces fraudes ne suffisent pas à empêcher la victoire du Docteur Raymond Vergès. Dans la seconde circonscription, Léon de Lépervanche distance nettement Raphaël Babet.
Les deux élus du CRADS ont fait campagne pour l’application d’une mesure phare : l’abolition du statut colonial et son remplacement par celui de département. Ceci a pour objectif d’avoir droit immédiatement à l’application de toutes les lois sociales découlant des conquêtes du Front populaire et de l’après-Guerre afin de sortir le plus vite de la misère extrême qui était le lot quotidien de l’écrasante majorité de la population.
Cinq mois après cette élection, la revendication était satisfaite par un vote unanime des députés le 14 mars 1946. Promulguée au Journal Officiel le 19 mars 1946, cette loi a permis l’application à La Réunion de toutes les mesures qui ont permis d’aller vers l’égalité, et donc d’améliorer considérablement la situation sociale dans notre pays.
Tout ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de cette année décisive. En 1945, les Réunionnais se sont unis et ont fait le choix de l’abolition du statut colonial. "Témoignages" publie aujourd’hui plusieurs documents qui rappellent dans quelles conditions le peuple vivait, et combien l’exercice du droit de vote était un combat.

Manuel Marchal


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