Culture et identité

Maloya : la reconnaissance d’un zarboutan du peuple réunionnais

Il y a deux ans, la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise présentait avec succès la candidature du maloya au Patrimoine mondial de l’humanité

Témoignages.re / 1er octobre 2011

Il y a deux ans, l’UNESCO élevait le maloya au rang de patrimoine mondial de l’humanité à la suite du dossier présenté par l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. C’était 33 ans après l’édition de "Peuple de La Réunion, peuple du maloya" par le Parti communiste réunionnais. Cette reconnaissance est une date importante de l’Histoire de notre pays. Elle marque la concrétisation de décennies de luttes par la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Voici quelques extraits du document présenté par la MCUR.

« Le 1er octobre 2009, la Convention internationale de l’UNESCO réunie à Abu Dhabi pour examiner les candidatures venues du monde entier pour l’inscription des pratiques au patrimoine culturel mondial de l’humanité a inscrit le maloya sur cette liste. C’est une reconnaissance mondiale de la culture vivante réunionnaise, des femmes et des hommes qui l’ont constituée, défendue, mise en valeur, transmise de génération en génération malgré l’interdiction, le déni, la marginalisation, le mépris.
Le dossier a été constitué et porté par la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. La valorisation du patrimoine culturel vivant réunionnais est en effet au cœur du projet MCUR. Cette culture et le vivre ensemble réunionnais sont issus de la rencontre et du métissage des mondes qui se sont rencontrés sur l’île au cours des siècles.
À la demande de Paul Vergès, alors Président de la Région Réunion, l’État Français a proposé la candidature du maloya auprès de l’UNESCO. L’inscription du maloya est donc à la fois le signe d’une reconnaissance nationale et internationale de la culture réunionnaise.
Né dans les plantations, chant des esclaves, le maloya s’est nourri et enrichi au cours des siècles par celles et par ceux qui ont largement contribué à la création de la culture réunionnaise et de ses valeurs de tolérance, de solidarité et de maillage.

Histoire du maloya

Le mot « maloya » est probablement d’origine malgache ou Est-africaine. Le maloya désigne une musique, un chant, une danse propre à l’île de La Réunion. Apporté par les esclaves venus d’Afrique de l’Est ou de Madagascar, il s’est créolisé sur les plantations sucrières pendant la période de l’engagisme. Longtemps lié à des cérémonies d’hommage aux ancêtres, il a progressivement conquis l’espace public à partir des années 1970. Vecteur de revendications politiques, il est devenu l’expression majeure, sur le plan culturel et musical, de l’identité réunionnaise.
Le maloya se pratique sur toute l’île de La Réunion ainsi que dans la diaspora installée en France métropolitaine, au Québec, en Australie. Certains chanteurs ou certaines troupes se produisent dans le monde entier : Bastèr, Granmoun Lélé, Nathalie Natiembé, Lo Rwa Kaf, Davy Sicard, Firmin Viry, Danyèl Waro, Ziskakan,
Le maloya est un exemple particulièrement visible des processus de créolisation culturelle qui se sont opérés dans l’espace des plantations sucrières, en particulier au contact des engagés venus des villages de l’Inde du Sud et qui apportaient leurs mélodies, leurs épopées, leurs mythes, leurs rituels. Les textes chantés du maloya « traditionnel » empruntent aussi aux romances françaises du 18è et du 19è siècle.
Il est aujourd’hui le symbole même de l’identité culturelle réunionnaise, et ce de manière intergénérationnelle. Aucune manifestation festive ou culturelle de quartier, de village ou à un niveau plus large ne se déroule sans une présence du maloya.
Le maloya est la musique même du 20 décembre, date anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion. Durant toute la nuit, les troupes se succèdent, soit sur les podiums dressés par les collectivités publiques, soit dans les kabar organisés de manière plus ou moins improvisée dans les cours ou d’autres espaces privés ».


Un exemple du travail de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise

Maloya : zarboutan nout kiltir

En 2004, la MCUR décernait le premier titre de Zarboutan Nout Kiltir à un grand artiste du maloya le Rwa Kaf. En 2005, le titre honorait quatre grands maloyers : Firmin Viry, Gramoun Lélé, Gramoun Baba, Gramoun Bébé.

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Le Rwa Kaf, le premier Zarboutan nout kiltir distingué par la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.
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Firmin Viry, Gramoun Lélé, Gramoun Baba, Gramoun Bébé : pour sa deuxième année d’existence, la MCUR décernait le titre de Zarboutan nout kiltir à quatre militants du maloya.

• Di sak na pou di

Maloya

Mélopée sourde du rouler qui résonne
dans le creux des pas de ceux qui sont passés avant nous...
Et nous susurre au fond des coeurs
les mots liberté, courage, résistance...
Maloya, rythme de nos jours, venant du fond des temps,
Véli de nos destinées,
Maloya, aujourd’hui eu nous,
habitant hier encore les pensées de nos ancêtres,
Maloya, tu es un des fils qui tissent
mes appartenances.

Aline Murin-Hoarau
Adjointe au Maire
Conseillère régionale


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