Culture et identité

Marc Ravalomanana condamné aux travaux forcés à perpétuité

Madagascar

Témoignages.re / 11 septembre 2010

Le 28 août, la Cour criminelle ordinaire d’Antananarivo prononçait son verdict dans l’affaire de la tuerie du 7 février 2009. Sur 18 inculpés, parmi eux l’ancien préside Marc Ravalomanana, 14 étaient présents dans le prétoire. Le reste étant en cavale ou en exil en Afrique du Sud (comme Marc Ravalomanana) ; le verdict a dans sa globalité satisfait la partie civile : la plupart des accusés ayant été condamnés à de lourdes peines, dont les travaux forcés à perpétuité pour Marc Ravalomanana et le général Raoelina, accusés d’avoir donné l’ordre de tirer sur la foule, ainsi que quelques officiers qui, hors de l’enceinte du Palais, ont poursuivi les manifestants et tiré sur eux à bout portant.

Le déroulement de ces évènements tragiques a été évoqué tout au long des trois jours de ce procès. Rappelons que le 7 février 2009, les gardes du Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra tiraient sans sommation sur les milliers de manifestants venus accompagner l’installation du Premier ministre Monja Roindefo au Palais. La tuerie a fait une cinquantaine de morts et plus de deux cents blessés dont certains en garderont les séquelles à vie. Les corps de près d’une trentaine de morts n’ont pas été retrouvés jusqu’à ce jour. La Cour a tenu compte de la gravité du délit en décidant de condamner les inculpés à verser aux familles des disparus et des blessés des dommages et intérêts conséquents.

Les pourparlers malgacho-malgaches se poursuivent

Ce procès s’est déroulé alors que depuis la mi-août, la première étape d’une rencontre malgacho-malgache pour une sortie de crise se déroulait à Ivato à l’initiative du président de la Haute autorité de la transition, Andry Rajoelina. Le 13 août, au Centre de Conférence internationale d’Ivato, une centaine de partis étaient représentés, pour établir ensemble une “feuille de route” pour la sortie de crise et aller vers des élections en vue de la mise en place de la Quatrième République. Cette réunion a débouché sur un accord politique, contresigné par le président Andry Rajoelina qui prévoit entre autres :

- la mise en place des institutions provisoires de la Transition : Congrès et Conseil supérieur, Conseil économique et social,

- la convocation de la Conférence nationale souveraine du 13 au 18 septembre,
- le référendum constitutionnel en novembre 2010,

- la tenue des élections législatives et présidentielles en mars et mai 2011.

Les partis signataires de cet accord ont confirmé Andry Rajoelina en tant que président de la Haute autorité de la transition jouissant de toutes les prérogatives rattachées à cette fonction : désignation du Premier ministre et des membres du gouvernement, désignation des membres des institutions provisoires proposés par les partis.

La société civile a montré ses limites

En concurrence avec cette réunion d’Ivato, une Coordination des organisations de la société civile dénommée CNOSC a décidé de réunir les partis politiques, les organisations de la société civile, en présence d’un représentant de la SADC qui s’était vu confier par le Groupe international de contact (GIC) le suivi de tous les pourparlers ayant trait à la crise malgache.

Les rencontres initiées par le CNOSC qui ont duré plusieurs jours se sont soldées par un échec retentissant. En effet, durant ces réunions, la partialité des organisateurs à l’égard des mouvances des trois ex-présidents (Ravalomanana, Ratsiraka, Zafy Albert) a éclaté au grand jour, suscitant l’indignation des représentants des partis politiques pourtant décidés à négocier. Aucun accord n’a été signé à l’issue de ces réunions de la CNOSC. Cette dernière a élaboré sa propre “feuille de route” en proposant la tenue de Conférences régionales pour préparer la Conférence nationale.

Ces évènements ont attiré l’attention de certains observateurs de la vie politique qui estiment que la politique est du ressort des partis politiques, et que les organisations de la société civile ne font qu’ajouter à la confusion ambiante sans pour autant proposer aucune solution crédible en cas de crise.

Pour l’heure, l’intérêt de l’opinion se focalise sur la prochaine Conférence nationale que tout un chacun souhaite voir aboutir sur un projet de Constitution de la Quatrième République.

B.Y.


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