Culture et identité

Mario : liberté et miracle !

Irénée Nassibou : président de Razin’ & Bazalt

Jean Fabrice Nativel / 6 juillet 2011

Tous les soirs, Mario, esclave qui a fui la propriété, se confie à sa Vierge d’ébène qui le préserva des chasseurs de marrons. Une sculpture posée à proximité de la Vierge noire rappelle son souvenir. Irénée Nassibou de l’association Razin’ & Bazalt nous le remémore.

Irénée Nassibou, nous nous trouvons à la rivière des Pluies. Que pouvez-vous nous dire de ce lieu ?

— Ce lieu est chargé d’Histoire : des esclaves y vécurent, travaillèrent, furent emprisonnés et torturés dans les murs de la prison Desbassyns — et non la cave —, ils reposent depuis dans des cimetières, un est situé à proximité, un autre à la Ressource, celui des Jésuites ; l’abbé Alexandre Monnet s’intéressa à leur condition et se fit leur protecteur, etc.

Sa confidente : une Vierge d’ébène

Nous sommes aussi aux côtés de Mario. Quelle est l’histoire de cette statue ?

— Elle est élevée en souvenir de Mario. Cet esclave a vécu à Sainte-Marie. Un jour, il décide de fuir la propriété pour se réfugier dans les hauts de cette ville. Pendant une période, il vit en toute quiétude jusqu’au soir où des chasseurs de marrons le découvrent. Mais Mario entend leurs pas, il arrive à s’échapper pour cette fois. Ils rebroussent chemin, préviennent leur maître qui décide d’une battue. Le marron revient à sa cachette pensant qu’ils l’ont oublié. Il est pieux, prie sa petite Vierge d’ébène posée dans une excavation fleurie. Il se confie à elle et elle semble lui sourire. Un soir alors qu’il confectionne des outils de pêche, il s’inquiète du silence ambiant et pour cause ! Il se redresse, il est trop tard, sa cache est cernée. Paniqué, il prie la Vierge, les chasseurs s’approchent. Miracle ! Selon la légende, les branches du bougainvillier recouvrent en un rien de temps le coin, le mettant hors de portée des chasseurs. Mario est sauvé.
Plus tard, on découvre un squelette et à proximité la petite Vierge d’ébène. Depuis, elle a été remplacée par celle où les Réunionnais affluent tous les jours. Pour moi, Mario était la pièce qui manquait au puzzle qu’est la rivière des Pluies. Après des démarches auprès de la mairie de Sainte-Marie, de la CINOR, de l’évêché, du Conseil général, notre association a reçu leur aval pour une sculpture en sa mémoire. À Marco Ah-Kiem, notre association a confié son œuvre dévoilée le 19 décembre 2008 lors du 160ème anniversaire de l’Abolition de l’esclavage.

Un hommage tous les 20 décembre

Que représente-t-elle pour vous ?

— Elle symbolise la liberté. Comme Mario, petit, avec mon frère, je suis parti “marron”. Je suppose que sa vie n’a pas été de tout repos, vivant dans la crainte de voir à tout moment, les chasseurs tomber sur lui.

De quelle manière, lui rendez-vous hommage ?

— Chaque année, peu avant le 20 décembre, on invite les personnes à se retrouver autour de lui pour déclamer fonkèr, poèmes, partager des racines et des fruits “lontan”. On lâche aussi des oiseaux, signe de liberté et en souvenir de Mario le courageux.

Irénée Nassibou par le biais de Razin’ & Bazalt valorise et garde notre culture. Mario rappelle cette douloureuse période qu’a été l’esclavage à Bourbon et la Vierge noire qui est la protectrice des opprimés.

Comme Élie, Edmond Albius… Mario fait partie des figures emblématiques de notre Histoire.


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