Culture et identité

« Menaces sur la Maison des civilisations »

Un combat réunionnais amplifié par la presse en France

Témoignages.re / 20 avril 2010

Le 9 avril dernier, le quotidien national "Libération" a publié un article de Françoise Vergès, directrice scientifique de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Cet article a été une étape importante dans l’élargissement de la mobilisation internationale autour du projet de la MCUR. Voici la reproduction de cet article.

« Une menace pèse sur la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR). Ses objectifs, sa philosophie, sa programmation sont au cœur des débats qui mobilisent la France depuis plusieurs années : la diversité, le multiculturalisme, la République post-raciale, les guerres de mémoires, l’écriture de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation, les nouvelles pratiques culturelles, les nouvelles muséographies.
Véritable laboratoire, La Réunion offre une situation particulière : elle est située sur un axe Afrique-Asie, région dynamique, l’histoire de son peuplement est singulière. Il puise dans six mondes : Madagascar et les îles, Afrique de l’Est, France et Europe, les mondes musulman, hindou et chinois, et sa société montre une étonnante résistance à l’hégémonie culturelle de l’assimilation et à sa logique du “mono” (monolinguisme, monoculture, monoreligieux). La MCUR s’inscrit dans une dimension nationale et mondiale, celle de sociétés confrontées à l’émergence d’identités diasporiques, de nouveaux récits, conflits et rencontres qui s’observent dans les nouvelles zones de contact. Or, dans son discours d’investiture, vendredi 26 mars au Conseil régional de La Réunion, le nouveau président, Didier Robert, de la majorité UMP, déclarait : « Nous disons… non à la Maison des civilisations ». Dès le 22 mars, des amis du projet s’en sont émus : Maryse Condé, Simon Njami, Achille Mbembe, Germain Viatte, Jean Jamin, Nancy Huston, Tvzetan Todorov, Marc Augé, Isaac Julien, Jean-Marc Ayrault, Christiane Taubira, Pascal Blanchard…
Initiée en 1999 par Paul Vergès, président du Conseil régional de La Réunion, la MCUR a pour objectif d’offrir un espace citoyen à une population de près d’un million d’habitants et de resituer l’île dans son bassin culturel et historique, l’océan Indien, de retracer les itinéraires des personnes, des dieux, des rites, des langues, de mettre en scène les processus de créolisation. A l’issue d’un concours international architectural, le projet de l’agence X-TU est retenu (2007). L’idée est d’un « musée frictions », d’un « musée sans objets » pour celles et ceux qui, comme Aimé Césaire l’a écrit, « n’ont construit ni palais, ni châteaux, mais sans qui la terre ne serait pas la terre ». Une équipe-projet développe une programmation culturelle. Elle crée en 2004 la cérémonie Zarboutan Nout Kiltir qui honore des personnalités ayant œuvré pour la sauvegarde et la transmission du patrimoine immatériel. Elle est à l’origine de l’inscription du Maloya au Patrimoine mondial de l’humanité (2009).
Les Outre-mers ont souvent constitué des laboratoires, en positif ou en négatif, de ce qui pouvait advenir dans l’Hexagone. Dans ces territoires, des pratiques, des savoirs, des expériences, des créations, des processus de créolisation offrent des alternatives à une politique de repli identitaire. La culture est aujourd’hui au cœur de la post-colonialité, car ce n’est pas simplement l’art ou la littérature, mais le vivre ensemble ».


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