Culture et identité

« Mèrsi Élie èk out bann dalon ! »

Cérémonie à Saint-Leu pour les esclaves décapités après la révolte de 1811

Témoignages.re / 16 avril 2011

Hier matin, dans le cadre de la célébration du 200ème anniversaire de la révolte de nos ancêtres esclaves dans la région de Saint-Leu, une cérémonie commémorative s’est déroulée sur la place de la mairie de cette commune, en hommage aux cinq révoltés qui furent décapités publiquement sur ce lieu le 15 avril 1812. Cette cérémonie de gratitude aux combattants Réunionnais de la liberté de 1811 et à leur meneur Élie fut suivie d’une visite du KLÉ (Kolèktif Lané Élie) sur le cimetière de Saint-Leu, où l’espace réservé aux esclaves et aux engagés devrait être mémorisé.

La célébration de "2011 : l’Année d’Élie, un combattant Réunionnais de la liberté" continue à suivre son cours. Ce vendredi 15 avril à Saint-Leu, comme dimanche dernier à Saint-Denis, la cérémonie organisée pour rendre hommage aux esclaves rebelles de 1811 décapités après leur condamnation à mort le 7 mars 1812 à la cathédrale dionysienne fut très émouvante.
Une trentaine de personnes — responsables d’associations, artistes, militants culturels et autres citoyens — ont répondu à l’invitation du KLÉ pour y participer et apporter leur soutien à ce travail de commémoration d’un événement important de notre Histoire. Deux élus de la commune de Saint-Leu — Sylvie Comorassamy, adjointe à la Culture, et Johnny Ferrar, délégué à l’Animation — étaient également présents et ont souligné à quel point « il est important de faire connaître cette histoire trop souvent étouffée, et cela pour construire un avenir meilleur en avançant vers l’harmonie sociale ».

« Notre unité dans la diversité »

Yvrin Rosalie, président du Komité Éli de Saint-Leu, a ouvert la rencontre après avoir réalisé un magnifique mandala avec ses amis et avec Ghislaine Bessière de l’association Rasine Kaf. Ce rond de fleurs de toutes les couleurs et de tradition bouddhiste a été perçu par Sylvain Courdil, président de l’association Unit’ et Métis’, comme « un symbole très fort de notre unité dans la diversité ».
Puis Sudel Fuma a fait un bref rappel historique de cet événement du 15 avril 1812, en donnant les noms des cinq esclaves décapités sur cette place : Benjamin, Benoît, Soulange, Gilles, Séverin. Il a également rappelé que les quelque 500 esclaves qui ont organisé leur révolte cinq mois plus tôt notamment à la ravine du Trou « se sont battus pour défendre l’idéal de la liberté et le respect de leur dignité, alors que la loi les considérait comme des objets, des meubles ; et cela sans attendre Sarda Garriga ».

Un espace pour esclaves et engagés

L’artiste chanteur Éno est aussi intervenu en exprimant le souhait que « l’École enseigne notre Histoire ». Un souhait appuyé par l’artiste peintre William Zitte. Puis la militante culturelle Joëlle Fidji a pris la parole pour une intervention très émouvante, où elle a notamment déclaré : « Moi lé désandante d’èsklav. Mi vé dir mèrsi Élie èk out bann dalon ke la mène sèt batay pou la libèrté. Zot la mèt in gran kouraz pou donn anou in pé d’libèrté. Mé la batay lé pa fini pou fé rèspèk nout droi ; i fo nou fé arèt désèrtin i fé de l’om in lou pou l’om ».
Après une minute de silence, plusieurs participants à la cérémonie se sont rendus au cimetière de Saint-Leu pour visiter les tombes de certains maîtres d’esclaves et ensuite l’espace qui était réservé, derrière un mur, aux esclaves puis aux engagés, sans le moindre tombeau, ni trace, ni sépulture. Cet espace devrait prochainement être récupéré pour y installer de nouvelles tombes mais il est probable que les ossements des esclaves et engagés seront récupérés et conservés dans un lieu de mémoire en hommage à ces ancêtres. Ce même espace devrait sans doute aussi être mémorisé de façon symbolique comme lieu d’inhumation de nos ancêtres qui ont subi l’esclavage et l’engagisme.

Correspondant


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