Culture et identité

Mohamed Nadif : « Le Maroc est en chantier »

Le Port : Festival international du film d’Afrique et des îles

Témoignages.re / 4 octobre 2012

Au 2ème jour du Festival du film d’Afrique et des îles (FIFAI) au Port hier, plusieurs œuvres de cinéastes africains, des îles créoles et des diasporas étaient proposées au public. Parmi elles, "Andalousie mon amour" du Marocain Mohamed Nadif, qui était projeté à 18 heures 30 au Cinéma Casino du Port. Cette comédie de 86 minutes, tournée en 2012, raconte l’histoire de Saïd et Amine, deux jeunes étudiants de Casablanca, qui rêvent d’Europe. Acteur, homme de théâtre, metteur en scène et réalisateur, Mohamed Nadif se livre à Imaz Press Réunion. Ce dernier confie notamment que les notions de partage et de débats avec le public sont très importantes. Sur ce pays, il affirme que « le Maroc est en chantier ».

Vous êtes acteur à la base… Comment êtes-vous passé au “rang” de réalisateur ?
- La question ne s’est pas posée. J’ai commencé par le théâtre, le cinéma puis la mise en scène. C’est une question de maturité professionnelle. J’ai souhaité tester un autre genre d’expérience. J’ai pris le risque en 2005 avec le court-métrage "La jeune femme et l’ascenseur". J’ai ensuite enchaîné avec deux autres, "La jeune femme et l’Instit" (2007) et "La jeune femme et l’école" (2008), et le long-métrage "Andalousie, mon amour" en 2012.

Ce long-métrage évoque le sujet de l’immigration clandestine. Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet en particulier, notamment en le faisant sur le ton de l’humour ?
- C’est un sujet que j’ai déjà traité. Mais l’idée du long-métrage "Andalousie, mon amour" ne m’appartient pas. C’est un jeune scénariste qui me l’a proposé. Je l’ai trouvé original, car l’immigration clandestine n’a pas beaucoup été abordée en tant que comédie. J’ai pris ce risque de le faire de manière légère et cocasse, d’autant que ce sujet est grave. C’est un problème qui doit être réglé en partenariat avec l’ensemble des pays du Nord.

Beaucoup de jeunes Maghrébins et Africains voient la France et l’Europe comme un Eldorado. Quel message avez-vous voulu faire passer à travers ce film ?
- Il y a plusieurs messages dans ce film. C’est un tout. Je parle en tant que Marocain des problèmes indirects qui poussent la jeunesse à quitter le pays : la politique, la religion, l’éducation.

Pourquoi avoir accepté de venir au Festival du film d’Afrique et des Îles ?
- Tout d’abord, quand on fait un film, c’est pour le partager avec un maximum de gens. Lorsque j’ai appris que le Festival du film d’Afrique et des Îles m’a sélectionné, cela m’a fait très plaisir. Il est très intéressant de découvrir les réactions de différents publics et de débattre avec eux.

"Andalousie, mon amour" sera projeté ce mercredi à partir de 18 heures 30 au Cinéma Casino du Port, sera-t-il question de partage avec le public réunionnais ?
- Oui, car on apprend beaucoup avec le public. Parfois, certains ne s’attendent pas à ce genre de lecture du sujet traité.

En quelques mots, comment présenteriez-vous le Maroc aux Réunionnais ?
- Le Maroc est un pays très enraciné en Afrique, et en même temps, très près de l’Europe. Il connaît également beaucoup de changement et a été secoué par le Printemps arabe. Le Maroc est en chantier. C’est aussi un très beau pays du cinéma où l’on tourne beaucoup de films.

Justement, le Maroc est le pays d’Afrique où le cinéma est le plus prolifique et accueille tous les ans une vingtaine de festivals. Pourquoi l’État marocain mise autant sur le Septième art ?
- Tout simplement, car cela apporte beaucoup financièrement.

Quels sont vos projets ?
- Je travaille actuellement sur le premier jet d’un scénario qui tourne autour de la vie de quatre femmes. Le premier titre provisoire est “Les pensionnaires du Pavillon J”.

 Avec Imaz Press Réunion 

Les films en compétition aujourd’hui

• “Brebis galeuse” d’Alain Rakotoarisoa, Madagascar, 2012, doc, 26’ - Cinéma Casino – Jeudi 4 octobre à 18 heures - En présence du réalisateur

Misère d’une famille malgache. Le père met tout en œuvre pour l’achat à crédit d’un poste de télévision, pour que leurs enfants n’importunent pas les voisins.

Prix Documentaire

• “Notre Dame de Port-au-Prince” de Guetty Felin Haïti/ 2011, documentaire 60’ - Cinéma Casino - Jeudi 4 octobre à 14 heures

Le plus ancien quartier de la ville de Port-au-Prince, Quartier Cathédrale, a été le plus touché par le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, c’est dans le très proche voisinage et à l’intérieur des ruines de la Cathédrale Notre Dame de Port-au-Prince que la cinéaste haïtienne, franco-américaine a planté le décor de son nouveau documentaire "Notre Dame de Port-au-Prince". Avec ses colonnes dressées à ciel ouvert, les ruines de la cathédrale ressemblent à un amphithéâtre où se déroulent les réalités quotidiennes de la vie haïtienne. Un film poétique, politique, personnel et touchant sur la reconstruction après la tragédie.

Prix du public

• “Tey, (Aujourd’hui)” d’Alain Gomis, France/Sénégal, 2012, fiction, 86’ - Cinéma Casino - Jeudi 4 octobre à 21 heures 30 – En présence du réalisateur

Comme cela arrive parfois, tout le monde savait. Comment ? Personne ne pourrait répondre exactement, l’expérience peut-être. Par ici, il arrive que la mort prévienne encore de sa venue. Cela se passe la veille, comme une certitude qui descend dans les corps et les esprits de celui qui est choisi et de ses proches. Pas de doutes, ni de lutte possible. Aujourd’hui sera la dernière journée de Satché.


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