Culture et identité

« Notre Histoire est une chaîne qu’il ne faut point briser »

Sortie d’un nouveau film de William Cally : “Lozonglong, l’oiseau de malheur”

Témoignages.re / 4 novembre 2010

Jeudi dernier, au Conservatoire Régional Gramoun Lélé de Saint-Benoît, s’est déroulée en avant-première la projection du nouveau film réalisé par l’auteur et cinéaste réunionnais William Cally, produit par la société Tiktak Production de Laurent Médéa. Ce court-métrage de fiction, intitulé "Lozonglong, l’oiseau de malheur", est une œuvre impressionnante, entièrement réalisée à La Réunion.

Après “Temps d’avance”, un premier film de fiction de 30 minutes, sélectionné et primé dans plusieurs festivals cinématographiques, William Cally a réalisé “Lozonglong, l’oiseau de malheur”, un film fantastique créole, où l’on retrouve de nombreux comédiens réunionnais de talent, comme Mickaël Fontaine, David Érudel, Katiana Castelnau, Georgette Élise, Kristof Langromme, Didier Ibao, Dylan Payet et Victor Nanpon.
Selon le synopsis, “Lozonglong” est un « esprit du vent, aux larges ailes noires de pétrel, qu’on ne voit jamais car la nuit demeure toujours son alliée. Les habitants de La Réunion ont dû admettre, à la longue, sa nature maléfique et le croient capable d’annoncer, par des chants lugubres, le décès d’un proche, d’un être aimé ». Clovis en fait l’expérience dans ce film…
À l’occasion de sa projection la semaine dernière à Saint-Benoît, le producteur Laurent Médéa a notamment déclaré que « le plus important à travers une telle création n’est pas seulement la promotion touristique de notre île à laquelle elle peut contribuer mais surtout le fait qu’elle nous permet d’exprimer ce que nous ressentons en tant que Réunionnais ».
William Cally a souligné que « ce court-métrage sert à montrer “kisa nou lé” et à dialoguer avec les autres nations » ; « c’est pourquoi, “nout zarlor” c’est notre patrimoine immatériel ». Enfin, Daniel Honoré a expliqué à quel point « ce film donne de la chair à l’imaginaire réunionnais et valorise l’héritage de nos diverses cultures ancestrales ». D’où l’importance du sous-titre du film : « Notre Histoire est une chaîne qu’il ne faut point briser ».

Correspondant


Trois questions à William Cally

… Ou comment bien transmettre notre héritage culturel

• Pouvez-vous nous faire une présentation de cette œuvre, l’histoire qu’elle raconte, les conditions de sa réalisation… ?


- “Lozonglong, l’oiseau de malheur” constitue mon second court-métrage de fiction, après mon premier film “Temps d’avance” en 2008. L’origine de cette création, c’est une nouvelle écrite en 2003 et publiée en 2005 dans mon recueil “Kapali, la légende du Chien des cannes” ; cette nouvelle avait pour titre justement : “Lozonglong”. C’est un titre qui fait directement référence à la caractéristique physique la plus couramment attribuée aux bébètes dans l’imaginaire créole : les grands ongles,”lo zong bébèt”…
Après un long travail de réécriture, je suis parvenu au scénario de ce film de 25 minutes. Avec le concours de plusieurs partenaires, dont la Région Réunion et RFO, la société Tiktak Production (en charge de ce projet) a pu lancer les opérations. Le tournage s’est déroulé sur 5 jours seulement et aura donc été très intense (du 28 novembre au 2 décembre 2009). Après 9 longs mois de post-production, le film a pu être livré et présenté ces derniers jours au Port, au Conservatoire de Saint-Benoît et à la Médiathèque du Tampon. Le thème et l’intrigue mis en scène dans ce court-métrage correspondent au matériau que je travaillais déjà en tant qu’écrivain : le fantastique créole (bébètik). J’ai fait le choix de m’attaquer dans ce film à la figure la plus importante des légendes et croyances créoles : Granmèr Kal.

• Quels enseignements peut-on tirer de ce film pour bâtir l’avenir de notre société ?

- À ma connaissance, il doit s’agir du premier film de fiction à mettre en scène ce personnage emblématique de notre imaginaire qu’est Granmèr Kal. Le but était donc de viser juste : pas question pour moi de mettre en images une Granmèr Kal telle qu’on peut la voir dans les carnavals actuels ou sur les étiquettes de bouteille de bière ; cette Granmèr Kal halloweenisée, “travestie” en sorcière occidentale, avec balai volant et petit chat noir. Non, un retour aux sources profondes de la légende de Granmèr Kal s’imposait afin d’échapper à ce “lavage de cerveau médiatique” et à cette représentation contemporaine totalement décalée. Ainsi, en m’appuyant sur les motifs authentiques de notre tradition orale, je pense avoir produit une représentation relativement conforme à ce que les Réunionnais ont gardé en tête de Granmèr Kal. Ma vision de Granmèr Kal est celle d’une figure créole par excellence, mélangeant, dans une fusion vertigineuse, les dimensions culturelles malgache, malbare et celtique (bretonne).
Je ne vais pas entrer ici dans les détails, mais s’il y a en ce film un message qui puisse servir aux jeunes générations réunionnaises, c’est sans doute le suivant : il faut prendre conscience de la richesse véritable de notre patrimoine immatériel et ne pas nous contenter simplement des images superficielles que la société veut bien nous en donner. Cette prise de conscience individuelle est seule garante d’une bonne transmission de notre héritage culturel.
Autre chose importante à signaler, c’est le potentiel réunionnais qui s’exprime dans ce film. Nous faisons la preuve, j’espère tout du moins, que nous détenons désormais les talents “péi” pour faire enfin notre “cinéma” ; un “cinéma” qui nous ressemblera, qui exprimera ce que nous sommes et qui nous permettra ainsi de “dialoguer”, à plus ou moins long terme, avec les peuples du monde entier. Quand je parle de talents “péi”, je pense bien entendu aux techniciens et aux acteurs que j’ai pu réunir sur ce film. J’ai été chanceux de pouvoir compter sur des comédiens comme Mickaël Fontaine, David Érudel, Katiana Castelnau, Kristof Langromme, Georgette Élise ou encore Didier Ibao, entre autres. J’espère que, comme moi, le public leur trouvera du talent à l’écran.

• Quels sont vos objectifs en tant qu’écrivain et réalisateur réunionnais de cinéma et quels sont vos prochains projets dans ce sens ?


- Je compte publier en 2011 mon second recueil de nouvelles : “Les Chaînes du Jako”. J’ai un projet théâtral également : j’écris actuellement ma première pièce.
Il y a aussi un nouveau court-métrage en prévision pour 2011, porté cette fois par la société Kapali Studios Création, dont le titre sera “Kaloubadia” ; un film racontant une histoire de pirate fantôme…


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