Culture et identité

Notre Maison des Civilisations d’un jour...

Témoignages.re / 9 juillet 2010

Actuellement, nous avons accès à une exposition sur les objets des esclaves oubliés de Tromelin.

En juillet 1771, soixante esclaves ont été abandonnés sur l’île de Tromelin. Quinze ans après, on retrouvera 7 femmes et un enfant. Ils ont survécu grâce à un génie collectif qui les a permis de faire face à l’imprévu : peu de flore et de faune, manque d’eau douce, une île particulièrement exposée aux cyclones. Malgré l’isolement et le peu de moyen, ils avaient réussi à se fabriquer des vêtements de fortune, en plumes d’oiseaux, et réussi à entretenir un feu pendant toutes ces années alors que l’île ne possédait pas d’arbre ! L’exploit était tellement remarquable que tous ces esclaves furent affranchis par la suite.

En 2007, une équipe de scientifiques a entrepris des fouilles sous la direction de l’UNESCO.

D’après le directeur du laboratoire, Jacques Rebière, « Cuillères, récipients, pics, anneaux métalliques… tous ces objets récupérés ou fabriqués par les esclaves de Tromelin ont contribué à leur survie au long de ces quinze années d’oubli sur cet îlot hostile. C’est pourquoi les scientifiques les considèrent comme autant de trésors. […] Je considère ces morceaux de charbon de bois et ces silex comme des trésors, puisqu’ils témoignent que ces hommes et ces femmes ont été capables de reproduire du feu pendant quinze ans ». Le Préfet des TAAF et d’autres personnalités présentes lors de l’ouverture de cette exposition ont affirmé que cela revêtait un caractère international, et qu’il était de leur responsabilité morale de « les restaurer, puisqu’ils appartiennent au patrimoine de l’océan Indien ».

Cela me touche énormément et me ramène à notre propre histoire. Je me dis que nos ancêtres mériteraient aussi un tel hommage et tant d’attentions. Nous, aussi, nous avons un devoir de mémoire envers eux !

En cette circonstance, comment ne pas penser à la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) ? On nous l’a enlevée ; on nous a enlevé le rêve de pouvoir contempler le génie collectif de notre peuple ; on aurait pu consulter les objets matériels, témoins de l’intelligence du recyclage de l’époque. L’élaboration d’une langue qui a servi de lien entre les riches et les esclaves, les blancs et les noirs, est une grande curiosité.
Pourquoi certains mettent tant d’efforts pour effacer les traces de notre existence ?

Julie Pontalba


Kanalreunion.com