Culture et identité

Notre responsabilité de Réunionnais : rendre hommage au martyr de nos ancêtres esclaves et faire connaître leur héroïsme

Inauguration d’un monument en hommage à nos ancêtres à Saint-Louis au Cimetière du Père Lafosse

Témoignages.re / 19 décembre 2009

Depuis le dimanche 31 — veille du 1er novembre —, on peut honorer la mémoire des ancêtres esclaves morts sans sépulture au monument inauguré le samedi 31 octobre de cette année au cimetière du Père Lafosse à Saint-Louis. Chaque intervenant a salué l’importance d’une telle initiative exposée par Paul Vergès. Extraits de ce discours.

« L’écrasante majorité de nos ancêtres a été amenée de force de Madagascar… »
« La Réunion était une terre inhabitée. Ce sont donc des responsables humains qui ont amené ici d’autres êtres humains et construit en moins de trois siècles et demi la société réunionnaise d’aujourd’hui. Outre des marins et des colons venus de France et d’Europe, l’écrasante majorité de nos ancêtres a été amenée de force de Madagascar, du Mozambique et, après la fin de l’esclavage, de l’Inde, de Chine et des Comores ».

« C’est un scandale littéralement incroyable »
« Or, on a voulu nous priver de cette histoire, renier tout le martyr de nos ancêtres, ces centaines de milliers de femmes, d’hommes, d’enfants qui ont souffert ici et qui ont disparu comme « des bêtes » parce qu’on leur a refusé toute sépulture. C’est un scandale littéralement incroyable dans l’histoire des peuples ».

«  C’est un jour d’hommage et de recueillement »
« Cette rencontre a lieu le 31 octobre, à la veille d’un jour où tous les Réunionnais se recueillent sur les tombes de leurs parents, et cela, quelle que soit leur religion. C’est un jour d’hommage et de recueillement parce que chacun remonte sa lignée familiale et pense à ses parents, ses grands-parents, dont il a le souvenir, dont il connaît le nom et qu’il honore. Mais, pendant 183 ans, la très grande majorité des ancêtres des Réunionnais n’ont pas eu ce droit et on pourrait chercher vainement leur sépulture. Où sont leurs ossements ? Où sont les restes de ces centaines de milliers de nos ancêtres ? ».

« Qui honore-t-on aujourd’hui publiquement ? »
« Mais le pire est d’avoir tenté de le faire oublier par leurs descendants. Quand nous regardons notre histoire, toute la période de l’esclavage est une page qui reste à écrire. Qui honore-t-on aujourd’hui publiquement ? Par exemple, quelle est la statue la plus connue présente à La Réunion ? C’est celle de Mahé de La Bourdonnais, un des plus grands esclavagistes de La Réunion. De même, on est invité à aller admirer la beauté de la maison de Mme Desbassyns, légendaire pour son attitude esclavagiste.
On continue à honorer ceux qui ont été les dominants et on veut faire oublier les dominés ».

« Faire en sorte que, demain, chaque jeune de La Réunion puisse connaître son histoire »
« C’est le sens de cette stèle qui va être découverte, c’est le sens de notre Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise : faire en sorte que, demain, chaque jeune de La Réunion puisse connaître son histoire, puisse y puiser des raisons de détermination et des raisons de satisfaction. Car les violences historiques — l’esclavage, “l’engagisme”, l’assimilation — ont abouti à ce qu’aujourd’hui, les Réunionnais venus de Madagascar, du Mozambique, des Comores, du Sud de l’Inde, du Gujarat, de Chine et d’ailleurs se sentent avant tout des Réunionnais tous égaux et tous unis (…) ».

« Fiers de leur passé et de leur présent »
« En effet, nous pouvons faire la route des Tamarins hier, le tram-train demain et toutes sortes d’équipements matériels décisifs, mais la chose la plus importante, c’est l’investissement que nous ferons dans la tête des Réunionnais pour qu’ils se mettent debout, fiers de leur passé et de leur présent ».

• « Un appel à résister »
« Cette stèle essaie de symboliser ces centaines de milliers de femmes, d’hommes qui sont morts, qui ont été tués par les chasseurs de marrons, qui ont connu pendant des siècles la fuite ou la résistance dans nos Cirques et dont les restes ont disparu parce qu’on les a privés de sépulture. Notre stèle posée aujourd’hui, c’est la sépulture de toutes ces « âmes errantes », si familières à la tradition réunionnaise, les âmes de toutes celles et de tous ceux qu’on a voulu priver de caractère humain. C’est là que nous viendrons constamment en pèlerinage parce que, si on nous a privés matériellement des ossements, leur âme est là et nous appelle à résister, à les honorer et à faire en sorte que leur vie n’ait pas été perdue, même si on a tout fait pour les faire oublier ».

« Le point de départ d’une reconquête de notre histoire »
« Aujourd’hui est le point de départ d’une reconquête de notre histoire, une réappropriation de notre histoire : pour que les Réunionnais n’aient plus à s’interroger sur leur identité, mais qu’ils soient fiers d’une identité exceptionnelle, unique au monde, parce qu’elle se base sur les apports diversifiés de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique. Cette identité est notre richesse et nous en sommes reconnaissants à nos ancêtres (…) ».

(Source : www.regionreunion.com/fr)


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