Culture et identité

Nous Réunionnais, peuple du maloya

Ce que rien ni personne ne pourra effacer de la tête des Réunionnais

Témoignages.re / 1er octobre 2010

C’est au lendemain du 4ème Congrès du PCR qu’ont été publiés les deux premiers disques de maloya : "Le Maloya" et "Peuple de La Réunion. Peuple du Maloya". Ces deux premiers disques ont marqué une étape importante vers la grande victoire remportée 34 ans plus tard avec la reconnaissance du maloya en tant que patrimoine mondial de l’humanité. Avec cet enregistrement, le maloya pouvait désormais être diffusé dans le monde, plus rien ne pouvait désormais effacer le maloya de la mémoire des Réunionnais. Voici le texte imprimé sur la pochette de ces disques :

« 28/29 août 1976, au Port : IVème Congrès du Parti communiste réunionnais.
Un événement pour une foule de planteurs, de chômeurs, de travailleurs.
Un espoir pour tout un peuple qui depuis si longtemps cherche avidement les "chemins Grand Bois de la liberté".
Ces maloyas, ces romances, ces chants ont jailli au cœur même du Congrès, comme autant de voix venues de la misère, de la peine, de la révolte — mais aussi de l’espérance. Nous vous les proposons : à écouter, à aimer, à comprendre, à apprendre.
Au bout d’une trop longue nuit, des femmes et des hommes étouffés prennent la parole. Pour qui veut bien les entendre.

Ligne Paradis.
Bois d’Olives.
400 Condé.
Dans le Sud de l’île : Le peuple du Maloya

Il suffit de peu de choses. Un tambour, un cayamb, un petit triangle de fer, un soliste, un chœur, des danseurs. Le soliste donne le ton, la note, le thème. Lé lé lé lé lé lé lé lé
C’est l’enfance de l’art
Il suffit de peu de choses. D’être descendant de "cafres" ou de "malabars". De porter encore dans son cœur la souffrance secrète du temps de l’esclavage, la cicatrice vive de l’engagement.
Il suffit de peu de choses. D’avoir en commun un passé brûlant et silencieux. De n’avoir jamais entendu parler dans les écoles de nos ancêtres et de notre histoire.
Il suffit de peu de choses. D’être né sur cette terre là, au bout d’une case en paille de l’époque. Une naissance à même le sol.
Il suffit de peu de choses. De quitter l’école jeune. De travailler durement sur la terre des autres. De suer, de charroyer. De se marier, d’avoir des enfants, sans bien savoir si l’on aura de quoi les nourrir. D’avoir douté de soi en pensant qu’après tout, on était une "race" sans avenir, arriérée, inférieure. Tout juste bon pour servir les autres. Puisque c’était ce qu’ils disaient dans leurs écoles, leurs administrations, leurs églises, leur métropole, leurs livres, leur musique.

Il suffit de peu de choses. De n’avoir pas baissé la tête. D’avoir été de ceux qu’un certain soir d’élections, les gendarmes sont venus chercher. D’avoir gardé l’espérance intacte qu’autre chose était possible, que la misère n’était pas une vocation. Lé lé lé lé lé lé lé lé

Alors le Maloya commence. Ce n’est pas de la musique "engagée". C’est mieux que cela. C’est la vie. C’est la chronique quotidienne. C’est l’humour. Ce sont les saisons, les travaux, les rites, les fêtes, les tracas.
C’est le récit d’un peuple qui vient du plus profond, habité d’esprits, d’ancêtres, de tam-tam, de gros-blancs et de marrons, de parias tamouls et de religion interdite. C’est une manière de se chanter et de se dire. Dans le naufrage de la misère, renaître et se reconnaître.

Dans cette nuit du 20 décembre où se chante et se danse l’abolition de l’esclavage, dans cette pauvre case en tôle de "sudiste", on comprend tout d’un coup que le Maloya n’est plus une histoire de "cafres", mais de Réunionnais. Ce soir-là, à la Ligne Paradis, autour du rouleur, il y a des "petits blancs" et des "chinois noirs", des métis "malabars" et des "cafres". Mais il n’y a pas de "gens bien". Aucun propriétaire.
Et encore une fois, on a la preuve qu’il existe dans ce pays une adéquation entre le discours politique et la culture populaire. Et cela peut être la réponse typique, naturelle, envoûtante du colonisé de La Réunion.
Il suffirait de peu de choses, simplement, d’un rouleur : Lé lé lé lé lé lé lé lé Ah chemin Grand Bois çà lé long, Ah ti pas ti pas larivé… ».



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  • il faut également rappeler les disques de maloya sortis chez la maison de disques EDIROI :

    45 tours :

    101 - Troupe Fondbac : "20 décembre c’est la liberté"
    102 - Troupe du Foyer Coeur-Saignant : "L’année 62"
    103 - La Résitance du Sud : "Mon rin la décloké"
    104 - La Résistance du Sud : "La déport’ a moin"
    106 - Troupe Lélé : "L’Autonomie"
    107 - Maloya pour le Père Lafosse

    Puis dans le style maloya électrique naissant, en 33 tours :

    108 - Ziskakan - Ziskakan
    109 - Carrousel - La vie est un mystère

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