Culture et identité

Olivia Cattan et Isabelle Lévy : "La femme, la République et le bon Dieu"

Témoignages.re / 24 juin 2008

La place des femmes dans la République est-elle menacée par les religions ? Le féminisme est-il compatible avec les trois grands monothéismes ? Quel rôle l’Etat peut-il jouer pour protéger les femmes ? Ce sont ces questions qu’Olivia Cattan et Isabelle Lévy, vice-présidente et présidente de l’association Paroles de Femmes, posent dans le livre "La femme, la République et le bon Dieu".

Un mariage annulé parce que la mariée n’était plus vierge. C’est au TGI de Lille qu’une telle décision de justice a été rendue en avril dernier. Parce que sa femme lui avait caché qu’elle n’était plus vierge, un homme de confession musulmane a demandé à la justice d’annuler le mariage. Le tribunal a accédé à sa requête. Il reconnaissait ainsi que le non-respect de la chasteté peut fonder l’annulation d’un mariage. La femme, qui de toute façon voulait la séparation, n’a pas contesté cette décision de justice.
Mais ce verdit n’a pas manqué de jeter un certain trouble via les medias, dans la société française. La justice serait-elle arrivée à la même conclusion si le mis en cause était un homme ? Ne légitime t-elle pas des pratiques telles que la répudiation de la femme par son mari ? N’est-ce pas un recul du droit de la femme à disposer de son corps ? Au lieu de faire évoluer les mentalités en faveur de l’égalité des droits entre hommes et femmes, cette décision ne vient-elle pas conforter l’idée de la soumission de la femme, idée que les religions laissent perdurer ?
Cette décision de justice peut être mise en parallèle avec une autre, en Allemagne. L’année dernière, une juge de Francfort a refusé d’accorder le divorce à une femme battues en s’appuyant sur le Coran. Ce fait est rapporté dans le livre d’Olivia Cattan et Isabelle Lévy , "La Femme, la République et le bon Dieu" paru en février. Sans détour, les deux auteures posent la question suivante : "La place des femmes dans la société est-elle menacée par les religions ?"

Trois religions passées au crible

Isabelle Lévy, conférencière et formatrice autour des rites, cultures et religions en milieu hospitalier, ainsi Olivia Cattan, conférencière et journaliste à Tribune juive répondent à cette question en passant au crible les textes sacrés du catholicisme, du judaïsme et de l’islam. Elles s’appuient sur des témoignages de femmes, et sur des interviews de rabbins, de prêtres, pasteurs, d’imams et des associations de femmes. Elles évoquent les pratiques et coutumes qui réduisent encore les femmes à des choses et les privent de leurs droits. Pour les auteurs, les religions sont encore un réel obstacle à l’émancipation des femmes.
« Alors que de nombreuses femmes se battent contre des restes de machisme et des siècles de patriarcat, toujours prégnants dans notre société laïque, » écrivent-les auteures, « qu’elles tentent d’acquérir une entière liberté, qu’elles réclament les mêmes responsabilités dans le monde du travail, les mêmes salaires et le partage équitable des tâches ménagères et de l’éducation des enfants ; alors qu’elles ont enfin obtenu que leur appartiennent leur propre corps et leurs désirs de maternité... les religions anéantissent tous ces efforts en remettant la femme dans un statut d’infériorité et de soumission. »

La femme toujours en position d’infériorité

Olivia Cattan et Isabelle Lévy ont examiné avec précision les signes d’ouverture et le conservatisme des trois religions monothéistes. Que ce soit dans la Bible, le Coran, le Talmud, les textes sacrés comportent tous aussi bien des textes prônant la soumission de la femme, que des passages où elle est traitée sur le même pied d’égalité que l’homme. Tout est ensuite question d’interprétation et surtout de volonté d’adaptation à la société moderne.
Or, que font les religions ? Sur de nombreux sujets touchant aux droits de la femme, elles n’évoluent pas. Ainsi pour l’avortement, « dans aucune des trois religions monothéistes, la femme n’a le droit de disposer de son corps et de prendre à sa guise un moyen de contraception ou de se faire avorter. La femme et son foetus appartiennent à son mari puis à Dieu ». Pour les religions, l’avortement reste un meurtre ou un ultime recours, ajoutent-elles.
Sur d’autres sujets, les auteures constatent que c’est le silence qui prime. Elles reprochent aux religions de ne pas déployer la même force de protestation que sur des sujets comme l’avortement, la contraception, la sexualité, le voile... C’est le cas des violences faites aux femmes. « L’islam n’est pas plus responsable que les deux autres religions monothéistes de toutes les violences faites aux femmes. Les intégristes religieux, juifs, chrétiens, musulmans, qui appliquent de vieux versets de façon littérale, hors contexte actuel, sans respect pour la dignité humaine, sont les seuls responsables de cette violence spirituelle qui brutalise les femmes et les enfants. Toutes les institutions religieuses devraient avoir le courage d’ouvrir les yeux sur ces dérives et prendre position plus fermement en dénonçant ces violences et en rayant définitivement de ces livres sacrés les passages préconisant la violence ».

La responsabilité de l’Etat

Les chiffres sont pourtant bien là et mérite une mobilisation de tous. Une femme sur dix est battue régulièrement par son conjoint, plus de 4.412 femmes sont violées, 30.000 femmes et fillettes sont excisées, plus de 75.000 femmes sont mariées de force, certaines d’entre elles sont répudiées comme de simples marchandises ou ne peuvent divorcer sans l’autorisation de leur mari.
Pour Olivia Cattan et Isabelle Lévy, « la République a aussi le devoir de ne pas continuer à fermer les yeux sur certaines lois religieuses qui emprisonnent les femmes ». Pour en revenir à la perte de la virginité avant le mariage, beaucoup de femmes ont recours à des opérations pour reconstituer leurs hymens. Les auteures évoquent ainsi les médecins qui acceptent d’effectuer ces actes, et participent ainsi au « culte de la virginité ». « Dans le secteur privé, des équipes hospitalières osent inscrire en soins obstétriques les réfections d’hymen pour permettre leur prise en charge par la sécurité sociale ».
Des familles n’hésitent pas à demander des certificats de virginité.
Dans le respect de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Olivia Cattan et Isabelle Lévy interpellent l’Etat sur son rôle à jouer pour protéger les femmes. Et montre comment les religions pèsent encore de tout leur poids sur les relations entre hommes et femmes dans les sociétés occidentales.

Edith Poulbassia