Culture et identité

Pas de développement durable sans « une démocratie citoyenne et solidaire »

Au colloque du C.C.E.E. sur l’éducation populaire

Témoignages.re / 9 octobre 2012

Vendredi et samedi derniers s’est déroulé à l’Espace Pierre Roselli de Saint-André un colloque très intéressant, organisé par le Conseil de la Culture, de l’Éducation et de l’Environnement (CCEE), présidé par Roger Ramchetty. Environ 200 personnes, représentant notamment des associations culturelles, éducatives etc…, ont participé à cette rencontre pour échanger des informations et des idées sur les voies et moyens de développer l’éducation populaire dans notre pays sur une des conditions essentielles du développement durable, à savoir : une gouvernance démocratique « face aux injustices suscitées par les dérives du système financier international ».

Dès l’ouverture de ce colloque, de nombreuses pistes de réflexions ont été ouvertes par les divers intervenants, afin « d’inscrire l’éducation populaire dans la durée », comme l’a dit Roger Ramchetty, et afin qu’elle fasse avancer « une démocratie citoyenne et solidaire ». Cette gouvernance démocratique de La Réunion est la base fondamentale d’une « cohésion sociale face à un système capitaliste qui a atteint ses limites », a souligné le maire de Saint-André, Éric Fruteau, en accueillant les participants à cette rencontre.
Avant l’ouverture des échanges, d’autres personnalités officielles ont pris la parole pour souligner l’importance du colloque : Bruno Mamindy-Pajany au nom du Département, Serge Camatchy au nom de la Région et Robert Boileau, sous-préfet délégué à la cohésion sociale. À cette occasion, le maire de Sainte-Rose, représentant du Conseil général, a notamment rappelé qu’« il n’y a pas de développement durable si non ne change pas les mentalités et si on ne cultive pas l’esprit de responsabilité, sur les valeurs de la liberté, de l’égalité et du respect de la dignité ». D’où l’importance de développer l’éducation populaire pour prouver que « nou lé kapab transformé ansanm nout sosyété ».

« Agir ensemble »

Ensuite, le public a eu droit à un exposé très riche de Mario Serviable sur l’histoire, les principes et les valeurs de l’éducation populaire à La Réunion. À ce propos, le géographe et inspecteur de Jeunesse et sports a cité les nombreuses luttes menées par des Réunionnaises et des Réunionnais depuis la période de l’esclavage pour résister à toutes les formes d’oppressions et d’injustices infligées à notre peuple.
Et dans la période récente, il a évoqué par exemple l’œuvre accomplie par le militant communiste saint-andréen Ary Payet, qui fut un des fondateurs de la Fédération des œuvres laïques (F.O.L.) afin de renforcer l’éducation populaire « pour le mieux vivre ensemble ». Mario Serviable a aussi expliqué comment, dans la continuité de tous ces combats du passé pour le respect de nos droits, nous devons aujourd’hui renforcer « la rencontre avec les autres » et « agir ensemble pour un bon avenir commun » du peuple réunionnais.

« Des citoyens émancipés »

L’éducation populaire et le système éducatif doivent prendre en compte cette responsabilité : « cultiver une pédagogie de la libération de toutes les oppressions et déjouer les pièges de la marchandisation de notre société ». C’est pourquoi Mario Serviable a conclu son exposé par un appel à « une "Déclaration de Saint-André" pour une mutation de notre société ».
Dès les premiers échanges avec le public qui ont suivi cette intervention, plusieurs personnes ont mis en avant l’idée que pour aller dans ce sens il faut notamment renforcer le soutien aux associations qui se consacrent à l’éducation populaire et qui sont souvent en difficultés voire condamnées à disparaître. Comme l’ont dit également plusieurs intervenants, cette solidarité avec le mouvement associatif est liée à la solidarité avec les plus pauvres et à une autre politique, qui fasse de tous les Réunionnais « des citoyens émancipés » et qui développe avant tout une économie sociale et solidaire.
Les travaux du colloque se sont poursuivis vendredi après-midi et samedi matin au cours de divers ateliers. Nous reviendrons prochainement sur les conclusions de ces travaux.

 Correspondant 

La philosophe Aude-Emmanuelle Hoareau

« Passer de la passion à l’action en faveur de l’éducation populaire »

Le Cercle Philosophique Réunionnais (C.P.R.) était une des nombreuses associations à avoir apporté leur soutien à ce colloque en faveur de l’éducation populaire. L’association était représentée par plusieurs de ses responsables, en particulier sa présidente, Aude-Emmanuelle Hoareau, et son vice-président, Henri Diogo.
Interrogée par "Témoignages" sur les enseignements qu’elle tire de ces deux journées d’échanges, la présidente du CPR a notamment souligné que « c’est une grande avancée pour mobiliser toutes les forces vives du pays en faveur de l’éducation populaire » et qu’« il est très important d’avoir consacré cette rencontre à la problématique de la démocratie, car celle-ci préoccupe un grand nombre de nos compatriotes ».
Elle fait remarquer également que « lors de ce colloque, il y a eu beaucoup d’échanges très riches, des propositions concrètes et des engagements des divers protagonistes à unir leurs forces dans ce combat ». Et « cela est d’autant plus encourageant, dit-elle, qu’ont émergé des figures fortes au service de cette cause réunionnaise, comme par exemple Mario Serviable ».
Quant aux suites du colloque, la philosophe réunionnaise estime qu’« elles sont très importantes » et que l’ensemble des acteurs concernés devront voir ensemble comment passer de la passion à l’action en faveur de l’éducation populaire. Concrètement, il faudra faire émerger un projet politique afin de renforcer ce service pour la démocratie citoyenne et solidaire, et donc le développement durable ».


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