Culture et identité

Passeur de traditions

Jean-Pierre Gourville : président de l’association Génération Pont-Neuve

Témoignages.re / 18 juillet 2011

Ses mains donnent forme aux instruments de musique traditionnels, masques, pilons, sculptures… Ces mains d’or sont celles de Jean-Pierre Gourville, que l’on a rencontré chez lui a Prima alors qu’il mettait « son poi o feu ».

Dans le studio de Jean-Pierre Gourville dans le quartier de Prima (Saint-Denis), on trouve kayamb, roulèr, djembé, sculptures, pilons, masques, etc. Son souhait est de les disposer dans un local adéquat ! En attendant, le président et fondateur de l’association Génération Pont-Neuve vit avec ses créations. Souvent il est à l’œuvre.

En 1994, il décide de sa création, une année après, il l’officialise à la Préfecture. Cette période est synonyme pour lui de licenciement, se souvient-il. Il n’est pas homme à rester sans rien faire. Lui vient l’idée de « fé in group muzik éléktrik pou joué séga ». Au même moment, des jeunes de Prima et des environs le sollicitent pour le lancement d’un groupe de maloya. Le voilà engagé dans cette aventure depuis 17 années.

« Nou mèm i fé not dèstin »

C’est avec le maloya création que Génération Pont-Neuve s’affiche dans ses tournées. Leurs chansons reflètent « sak is’pass » dans la vie locale et mondiale : le SIDA, l’euro, l’Europe, le tsunami, “la vache folle"… « Dopi, Lérop la rivé, ès ke nou gagne travay », interroge-t-il. Le “Destin” nous le dira ou pas ? Titre de leur album qui est sorti en 2005. Selon lui, « nou mèm i fé not déstin », en hommage à l’un de ses fils.

En 1998, le maloyèr, après avoir décortiqué un à un les secrets de fabrication des instruments de musique traditionnels, se met à les réaliser. Le matériau de base est le bois. Son fils, ou lui-même, le ramène du bord de mer, entre autres. Après des heures passées à le façonner, une deuxième vie lui est donnée. Il prend “le corps” de bobre, cloche, matalon, morlon, triangle…

Une année, se rappelle-t-il, « nou la konféksyoné 52 tambours malbars » dédiés au CASE de Prima qui défilait un 20 Décembre. Cette prouesse leur a valu le 2ème Prix d’un concours organisé pour lors.

Des textes de maloya en français

En 1998 aussi, l’association Songe et Rêverie fait appel à lui pour l’apprentissage de Contrats-jeunes à la fabrication d’instruments de musique traditionnels miniatures et professionnels. L’objectif de cette formation était que les stagiaires puissent créer leur propre entreprise et, à terme, pour qu’à leur tour, ils initient en priorité des élèves à leur confection. Il regrette qu’une suite n’ait pas été donnée à cette démarche. La transmission comme la valorisation de notre patrimoine de génération en génération, à ses yeux, sont capitales.

Actuellement, Jean-Pierre Gourville compose des textes de maloya en français ! Il pense ainsi conquérir un plus large public avec cette expression ancestrale de La Réunion.

Texte et photos Jean-Fabrice Nativel
temoignages.jfn@gmail.com

• Facebook : Jean-Pierre Gourville
• jpierre974@hotmail.com


Kozman moring ?

Pour Jean-Pierre Gourville, le vrai maloya « sé kozman moring », « in kozman èspré pou moring ». « Dé troi galé, moin na na pou plant maï pou lo moi. Dan la kour, dan la kaz, okin ti famn pou fé lo ménaj… », clame-t-il a cappella.


Kanalreunion.com