Culture et identité

Plasticiens, slameurs, autres artistes et militants culturels : tous solidaires

"Kabarfonnkèr" de la Maison des Associations au Port

Témoignages.re / 30 novembre 2010

Vendredi dernier, au Théâtre sous les Arbres, avenue de la Commune de Paris au Port, les responsables, agents et ami(e)s de la Maison des Associations (M.D.A.) ont organisé le traditionnel "kabarfonnkèr" pour présenter l’agenda associatif 2011. Suite au décès récent de Dominique Blanc, cette soirée fut également consacrée à rendre hommage à l’ex-président de la MDA. De nombreux artistes et autres militants culturels ont contribué à la réussite de cette rencontre.

"Zénès koméla. Grafi slam". Tel est le titre de l’agenda associatif édité par la MDA du Port pour l’année 2011. Pascal Mariamal, directeur de la MDA, a présenté cet ouvrage au public venu en grand nombre à cette rencontre. Parmi ce public, il y avait bien sûr les représentants des associations membres de la MDA, mais également de nombreux slameurs et graphistes qui ont réalisé cet agenda à la fois très utile et riche en œuvres d’art (poèmes, dessins…).
La liste de ces acteurs illustre la richesse de ce mouvement associatif solidaire : Perrine et Jean-Fabrice Babef, Jean-Fabrice Banor, Jack Beng Thi, Chloé Dubus, Antoine Duvignaux, Collinet Emmanuel, Jim Fortuné, Sylvain Gérard, Jace, Loïc Joseph, Guillaume Lapra, LNM, Henri Maillot, Alain Mayandy, Bernard M’Radamy, Yannis Narguet, Richard Nid, Alix Poulot, René-Paul Savignan, Ivrin Sinimalé, Thérésa Small, Ti Fock, Tiloun, Patrice Treuthardt, Jean-Luc Trulès, Nicole Leichnig, Richard Vildeman, William et Laurent Zitte, Milie, Gouslay, Deden, Samilai, Nicolas, Boris, Ascka.

« On ne l’oubliera jamais »

Un autre temps fort de cette soirée fut l’intervention de Julienne Célesti. La présidente de l’Association générale des retraités de La Réunion (AGRR) a été élue présidente de la MDA pour prendre le relai de Dominique Blanc. Elle a rendu hommage à son prédécesseur, en soulignant qu’il fut une personne « pleine de discrétion et de grande culture, auprès de qui j’apprenais beaucoup au cours des stages qu’il dirigeait ».
En conclusion, Julienne Célesti a déclaré que la route tracée par Dominique Blanc va continuer « car on ne l’oubliera jamais », et elle a invité tout le public à lui faire une minute d’applaudissements. Une invitation fortement suivie, avant que d’autres personnes rendent hommage à ce militant exemplaire. (voir encadré)
En tout cas, cette soirée a montré le potentiel que constituent les liens de solidarité entre les militants du mouvement associatif. Des liens à renforcer et élargir sans cesse entre les Réunionnais qui veulent transformer cette société.

Correspondant


« Que tous les zorèy à La Réunion suivent l’exemple de Dominique »

Parmi les personnes qui ont rendu hommage à Dominique Blanc au Théâtre sous les Arbres le vendredi 19 novembre dernier, il y avait Lucien Biedinger, secrétaire du Cercle philosophique réunionnais, membre de la Maison des Associations. Voici le texte de son intervention.

« En tant que vieux zorèy qui considère que son devoir quotidien jusqu’à la fin de sa vie est d’essayer d’être le plus possible solidaire de la lutte de libération du peuple réunionnais, je voudrais rendre un hommage sincère et profond à notre ami Dominique sous un angle particulier, mais qui me paraît fondamental, même si c’est trop souvent un sujet tabou dans notre société néo-coloniale. Il s’agit du fait que son origine métropolitaine ne l’a pas empêché de soutenir pendant des dizaines d’années les combats des Réunionnaises et des Réunionnais pour le respect de leurs droits et de leur dignité.
Bien sûr, le lieu de naissance d’une personne, sa couleur, son sexe, ses croyances, etc… n’ont guère d’importance, à condition que tous les êtres humains soient traités à égalité, quels que soient les traits de leur identité. Ce qui n’est hélas pas le cas au niveau mondial, comme à La Réunion même, où les séquelles comme les survivances de l’esclavage et de la colonisation marquent toujours notre société.
Ainsi, en mai dernier, l’INSEE à La Réunion a publié une étude selon laquelle on comptait 79.000 métropolitains sur l’île en 2006, soit 10% de la population totale il y a quatre ans, alors qu’en 1999, ce chiffre était de 65.000, soit 14.000 de moins sept ans plus tôt. Cette étude montre que les métropolitains sont de plus en plus nombreux à venir s’installer dans notre île, alors que, paradoxalement, les Réunionnais ont tendance à quitter leur île natale et à ne plus revenir. Ainsi, la population née en France métropolitaine constitue la seconde composante migratoire du pays, selon l’INSEE.
Une série de questions peuvent se poser
 à ce sujet : que viennent faire ces personnes à La Réunion, pour quoi, dans quel but et pour qui ? Quel sens, quelle signification et quel contenu donnent-elles à leur vie dans ce pays ? Cherchent-elles à s’intégrer à ce peuple très ouvert ? Reconnaissent-elles même ce peuple en tant que tel, avec les richesses de sa spécificité culturelle et identitaire, mais aussi avec ses droits fondamentaux à respecter sur le plan social et politique ? Que font-elles pour aider le peuple réunionnais et notamment sa jeunesse pour prendre en mains le destin de leur île ?
Il est vrai que la solidarité avec les luttes du peuple réunionnais pour être libre et responsable du développement durable de son pays est une question qui se pose à tous les habitants de La Réunion, quelle que soit leur origine. Mais quand on voit ce qui se passe chaque jour dans le monde socio-économique, administratif, médiatique et politique, quand on voit les injustices qui gangrènent cette société, je formule un vœu : que tous les zorèy à La Réunion suivent l’exemple de Dominique. C’est la meilleure façon de lui rendre hommage. Et c’est la meilleure façon pour eux de soutenir la décolonisation de ce pays ».


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