Culture et identité

Poètes du maloya

Témoignages.re / 4 octobre 2016

« pays Maloya visages archipel chapelles la misère
îlette la solitude ravine à malheur ligne paradis »
(Tienbo le rein, L’Harmattan, 1975)

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« La nuit du 20 décembre. Le peuple du maloya. (…) Ce n’est pas de la musique ’engagée’. C’est mieux que cela. C’est la vie. C’est la chronique quotidienne. C’est l’humour. Ce sont les saisons, les travaux, les rites, les fêtes, les tracas. (…) C’est une manière de se chanter et de se dire. Dans le naufrage de la misère, renaître et se reconnaître. » (Editorial Il suffit d’un rouleur, Témoignage Chrétien de la Réunion, n° 98, 1er-31 janvier 1975. Texte reproduit au dos de la pochette du 33 tours Firmin Viry, Le maloya’ et le IVe Congrès du PCR, août 1976)

« C’était vraiment un maloya de la racine. Il y avait donc eu tout un monde souterrain. On avait notre underground, on avait notre happening, on avait notre secret et c’était pour moi le monde de maloya. » (Fanal n° 6, novembre 1981)

« Le choc du maloya, dans l’île comme dans l’émigration, permettait enfin à la part noire de l’île d’accéder au statut d’une essence culturelle fondamentale. » (Une communauté invisible, Karthala, 1996)

En regard de la photo de Granmoun Lélé et de son fils prise par Philippe Dupuich : « Le père et le fils sont d’abord des héritiers. Les héritiers du maloya, cette musique à la fois rythme d’Afrique, danse de plaisir, chœur de retrouvailles et paroles d’une chronique créole. (…)

Et le maloya devient aussi l’opéra de tout un peuple. Par la musique originelle des esclaves, la plantation sort de son cauchemar pour devenir une rencontre des mythologies , des traditions et des métissages. » (La Réunion, île de mille parts, Actes Sud, 2001).

Que dire de plus ? Sinon de relier ces belles paroles à son auteur, Alain Lorraine.

On le voit, le maloya n’a pas cessé de l’inspirer tout au long de sa vie trop brève. A travers le maloya, il a entendu vibrer en lui une terre et un peuple. Il a voulu l’écouter, l’explorer, le comprendre, en exprimer toutes les fonctions et significations. Il a partagé cette expérience essentielle, ou plutôt existentielle, dans ses écrits.

C’est alors qu’il était rédacteur en chef de Témoignage Chrétien de la Réunion qu’il a rencontré sur le terrain les héritiers et créateurs du maloya ancestral, qu’il a découvert les richesses de leur univers et qu’il s’en est imprégné. A ses côtés, un autre poète de TCR, Christian Fontaine, tout autant bouleversé par ce monde jusqu’alors inconnu pour lui. Il le raconte dans Zistoir Tikok , inn ti maoul i koné pa kosa i lé kabaré : ’Vin désanm bann marmay’.

L’héritage patrimonial, c’est celui des musiciens et chanteurs, inconnus ou célèbres, et aussi celui des poètes qui ont mêlé leurs voix pour dire et célébrer la créativité réunionnaise populaire.

Brigitte Croisier


Kanalreunion.com