Culture et identité

Point de départ de la réappropriation de notre Histoire

Inauguration de la stèle du souvenir au cimetière du Gol

Manuel Marchal / 2 novembre 2009

De nombreux Réunionnais ont participé samedi à l’inauguration de la stèle rendant hommage aux centaines de milliers d’ancêtres privés de sépulture par le régime esclavagiste qui a dominé plus de la moitié de l’Histoire du pays. Chacun est ensuite venu déposé une fleur sur la stèle, inaugurant ainsi un nouveau lieu de pèlerinage annuel des Réunionnais.

En cette veille de Toussaint, de nombreux Réunionnais se sont rassemblés au cimetière du Gol. L’enceinte de ce lieu était trop petite pour accueillir tous les participants, et la majorité a donc assisté à la commémoration sous un chapiteau dressé à quelques mètres du cimetière du Père Lafosse. Au terme des prières et des discours, chacun est ensuite venu déposer une fleur sur la stèle inaugurée samedi par le président de la Région.
Ce monument est une initiative de l’équipe culturelle et scientifique de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Depuis samedi, il est devenu le point de rassemblement d’un pèlerinage que les Réunionnais accompliront tous les 31 octobre, pour honorer la mémoire de tous leurs ancêtres qui ont été privés de sépulture par le régime de l’esclavage, puis d’existence par le régime colonial.
La cérémonie d’inauguration a commencé par des hommages et des prières rendus par des représentants de plusieurs religions à La Réunion. Ce moment a permis de rappeler combien La Réunion est un pays unique dans le monde, car ce qui ailleurs est source de conflit est ici ciment de la société. Car quelle que soit la chapelle, les Réunionnais se sont unis samedi pour construire ensemble une nouvelle date de l’Histoire du pays, une date spécifiquement réunionnaise : le 31 octobre.

« Ce scandale ne passera pas »

Dans le discours d’inauguration, Paul Vergès a tout d’abord souligné qu’en cette date du 31 octobre 2009, pour la première fois est célébré officiellement ce que l’on a caché pendant 183 ans, la durée du régime de l’esclavage à La Réunion. Durant toute cette période, les ancêtres ayant le statut d’esclave n’avait pas de sépulture sur laquelle pouvait se recueillir leurs descendants. Le Code noir était la loi, et il considérait que la majorité de la population n’était pas humaine. Ce déni de l’humanité continuait après la mort, puisque dans ces derniers instants, l’esclave savait que ses descendants ignoreraient où allait être enterré son corps.
Paul Vergès rappelle que ce régime inhumain de l’esclavage qui dominait La Réunion avait lieu alors que la France préparait sa Révolution.
« La pire des choses est d’avoir essayé de le faire oublier », rappelle Paul Vergès qui précise que la plus grande statue à La Réunion est une représentation de Labourdonnais, qui a aussi été un grand esclavagiste : « on continue à honorer ceux qui ont été les dominants et on oublie les dominés ».
« Ce scandale ne passera pas », poursuit-il, et c’est le Conseil régional, une instance officielle, qui donne le signal de cet hommage officiel qui sera rendu tous les ans.

Aller au cœur d’une guerre de deux siècles

Il s’agit aujourd’hui de « faire émerger la moitié de notre Histoire et montrer comment se sont comportés les ancêtres ». Il s’agit d’aller plus loin que le 20 décembre qui marque la fin de cette période. Le moment est venu d’aller au cœur de ces deux siècles. Pendant près de 200 ans, une guerre a été livrée entre des Réunionnais qui ont défendu leur qualité d’être humain, et les partisans de l’esclavage. Autrement dit, les civilisés, c’était les esclaves révoltés. Et les barbares étaient ceux qui maintenaient l’esclavage.
Ce sont ces Réunionnais traités comme des bêtes qui ont apporté le maloya, devenu patrimoine mondial de l’humanité.
Nous sommes au début d’une réappropriation de notre Histoire, ajoute Paul Vergès. « On a voulu nous asservir, nous allons construire le monument » qui rendra hommage à tous ces ancêtres. C’est le sens de la stèle, c’est le sens de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.

Pas une addition mais une intégration

« Chez nous, il y a toujours une part de chacun d’entre nous », affirme avec force Paul Vergès, « nous ne sommes pas l’addition mais l’intégration de ces apports culturels ». Le président de la Région rappelle un des objectifs de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, car « le plus grand investissement » est celui fait « dans la tête de tous les Réunionnais, pour que les Réunionnais se dressent, fiers de leur passé ».
Car si les Réunionnais peuvent se dire qu’ils ont aujourd’hui la richesse d’une identité exceptionnelle, ils doivent être reconnaissant à tous leurs ancêtres dont l’esclavage et la pratique coloniale ont tenté d’effacer le souvenir à jamais.
Le président de la Région conclut son intervention en rappelant que l’inauguration de la stèle est le point de départ d’un pèlerinage qui va concerner tous les Réunionnais.

Manuel Marchal



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Messages






  • La classe sociale des esclaves de Bourbon a été privée de sépulture, parce que jugés comme des sous-hommes. Cette théorie a entraîné le déséquilibre actuel de la société réunionnaise.

    Les descendants de ceux qui étaient lésés pendant l’esclavage sont eux-mêmes aujourd’hui, au 21ème siècle toujours les plus lésés, en sur-représentation dans les situations les plus précaires, les situations d’échec scolaire, professionnel. Ils se retrouvent au dernier barreau de l’échelle sociale de la Réunion.

    C’est bien de rectifier les erreurs du passé. Mais ce sont les vivants qui ont plus besoin de justice, les morts ne vont pas se retourner sous terre. Une société bien structurée ne peut pas, ne DOIT PAS s’accommoder de l’INERTIE SOCIALE, de la CONTINUITE d’une Histoire qui a pour point de départ le racisme.

    Que d’autres pays connaissent ce régime n’atténue en rien cet état de fait en République Française.

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