Culture et identité

Pour l’étude du Code noir dans les écoles de la République

Une proposition pour aller au-delà de l’indignation et combattre le racisme

Manuel Marchal / 14 novembre 2013

Le racisme vient de franchir une nouvelle étape. Après les insultes visant une ministre de la République, Christiane Taubira est de nouveau prise à partie au travers d’une « une » de « Minute » qui provoque l’indignation générale.

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Voici la couverture de l’ouvrage actuellement diffusé par l’association pour la Promotion du génie collectif réunionnais. Sera-t-il enfin étudié dans les écoles de La Réunion et de France.

Le 25 octobre dernier, Christiane Taubira est traitée de guenon. Ce fait très grave a lieu quelques jours après que la ministre de la Justice ait été comparée à un singe. Cette attaque n’a pas donné lieu à de vives réactions de la part du pouvoir, alors qu’au-delà de la personne, c’est la République qui est insultée.

Hier encore, un journal a amplifié le courant raciste. Il compare la Garde des Sceaux à un singe.

À La Réunion, les réactions ont été aussi timides qu’en France. Les Femmes communistes ont apporté leur solidarité et ont condamné les insultes du 25 octobre. L’UFR s’est faite remarquer par un silence assourdissant, alors qu’elle était auparavant le porte-drapeau des combats réunionnais contre le racisme. C’était quand l’Afrique du Sud était sous la coupe de l’apartheid, un régime politique soutenu quasiment jusqu’à la fin par les puissances occidentales.

Mémoires oubliées

En 2013, le racisme persiste. D’où vient ce problème ? Une partie de la réponse est donnée aujourd’hui au Sénat. Il s’y tient une table ronde sur les chapitres oubliés de l’Histoire de France. Ce sont des événements qui ne sont pas enseignés à l’école. Beaucoup sont liés à la colonisation. Ce type d’exploitation capitaliste avait divisé le monde au profit des puissances occidentales et du Japon. Il reposait sur une idéologie raciste. C’est le racisme qui était appelé à la rescousse pour couvrir une gigantesque entreprise de pillage des richesses du monde pour augmenter toujours plus les profits. Des peuples se sont soulevés pour se libérer. Des colonisés ont même été jusqu’à manifester à Paris. Ils ont alors subi une répression féroce. Ce sont autant d’événements que la France refuse d’enseigner dans les écoles de la République. Si c’était le cas, qui serait encore raciste en France ?

Au départ, le Code noir

C’est aussi dans cette mémoire oubliée que réside l’explication au silence de responsables réunionnais. À première vue, le discours de la classe au pouvoir ne cesse de vanter le métissage. Logiquement, un élan spontané aurait dû se lever dès le 25 octobre pour condamner les insultes racistes visant Christiane Taubira. Cela n’a pas été le cas. C’est donc que le métissage mis en avant par la classe dominante n’est qu’une diversion. Car s’il y a un métissage à La Réunion, c’est la conséquence d’un crime contre l’humanité, l’esclavage.

Ce régime avait un but : réaliser un profit maximum en transformant les plantations en des camps de travaux forcés. Et pour cela, il allait s’appuyer sur l’idéologie raciste. Les concepteurs de ce système poussèrent cette idéologie à l’extrême : en fonction de la couleur de peau ou de la naissance, un être humain sera considéré comme un meuble ou une personne.

Tout cela a été inscrit dans la loi française. Au moment où commençait à Paris le Siècle des Lumières, la France publiait un Code Noir spécifique pour La Réunion et Maurice. Ces 54 articles ne seront pas remis en cause par les révolutionnaires français de 1789. Quand la Convention décida d’abolir l’esclavage, elle ne mit pas les moyens pour appliquer la décision à La Réunion. Ce n’est qu’en 1848 que le crime contre l’humanité allait cesser. Mais durant toute cette période, combien d’esclaves ont-elles été violées par des esclavagistes ? C’est dans ce crime qu’est né le métissage.

Combattons l’ignorance entretenue

Le Code noir est une pierre angulaire de tout un système de pensée qui va irriguer la France est ses colonies jusqu’au 20e siècle. Mais cette partie de l’histoire n’est pas enseignée, aussi bien en France que dans les anciennes colonies. Pour réparer ce manque, l’association pour la Promotion du génie collectif réunionnais a réédité le Code noir. Elle le diffuse gratuitement auprès de la population pour que tout le monde sache d’où vient le racisme. En combattant l’ignorance entretenue, l’association donne aux Réunionnais des éléments pour comprendre la société dans laquelle ils vivent aujourd’hui. Ce n’est pas la fatalité qui a rejeté une part importante des descendants d’esclaves dans la moitié de la population vivant sous le seuil de pauvreté. C’est la conséquence d’un régime politique qui a dominé La Réunion pendant plus d’un siècle et demi, et qui avait une base juridique : le Code noir.

Si chacun connaissait cette part de notre histoire, qui resterait indifférent aux attaques racistes perpétrées contre la République en ciblant Christiane Taubira ?

M.M.


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