Culture et identité

Pourquoi Didier Robert casse-t-il la M.C.U.R., qui a pour but de combattre le racisme à La Réunion ?

Montée du racisme en France

Témoignages.re / 8 juin 2010

Le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, rendu public lundi dernier, dresse un constat alarmant de l’état de la xénophobie en France. Selon les chiffres officiels, le racisme y est plus présent et plus violent. A La Réunion, les séquelles et les survivances de l’esclavage, de l’engagisme et de la colonisation sont encore vécues chaque jour par la population victime de discriminations ethno-sociales. La Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR) a notamment pour vocation de réparer ces effets d’un crime contre l’humanité, qui est un moyen indispensable pour construire un développement durable. Ce projet a été soutenu par l’Etat et par les plus hautes instances internationales, comme l’UNESCO. Pourquoi Didier Robert a-t-il décidé de détruire ce service public contre le racisme à La Réunion ?
On lira ci-après un article de Camille Bauer paru dans la presse en France au sujet de cette information. Une information qui nous inquiète d’autant plus qu’il y a un grand nombre de nos compatriotes qui sont émigrés en France et qui y sont victimes du racisme.

« On assiste à une augmentation préoccupante du nombre de manifestations racistes », constate Marc Leyenberger, rapporteur de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) dans le rapport publié en début de semaine. Au total, 1.026 actes racistes ont été décomptés en 2009, contre 467 en 2008, soit une hausse de 11,6 %, selon le rapport 2009 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, présenté hier par la CNCDH.

Une tolérance croissante au racisme

Le passage à l’acte semble aussi un phénomène croissant. Le nombre de violences est passé de 97 en 2008 à 220 en 2009, dont 59% sur des personnes physiques. Les menaces et actes d’intimidation ont atteint le chiffre de 806 en 2009, contre 370 l’année précédente.
Cette “flambée” ne traduit pourtant qu’une partie de la réalité. Les chiffres utilisés par la CNCDH, qui sont fournis par le ministère de l’Intérieur, sont presque exclusivement basés sur les dépôts de plainte dans les commissariats et les gendarmeries. Ils laissent de côté les très nombreux cas dans lesquels « les victimes du racisme hésitent encore à dénoncer les violences, menaces ou intimidations subies ».
« Comme les années précédentes, les membres de la communauté maghrébine sont les plus touchés », puisqu’ils ont subi un peu plus de 30% du volume global des violences et des menaces racistes, note le rapport de la CNCDH. L’antisémitisme a aussi connu une hausse importante. Les menaces et actes de violence contre la communauté juive ont ainsi augmenté de 77,5% par rapport à 2008, notamment au début de 2009, en lien avec l’offensive israélienne sur Gaza.
« Les Français justifient de plus en plus les actes racistes », s’alarme Marc Leyenberger. Le sondage réalisé à la demande de la CNCDH montre une chute de près de 10% du nombre de personnes demandant une condamnation pénale pour les délits de xénophobie — sauf à l’égard des Noirs, pour lesquels le chiffre a au contraire augmenté. Paradoxalement, alors qu’au fil des ans, un nombre croissant de sondés se déclare « pas raciste », beaucoup, « lorsqu’on en vient à des cas particuliers, semblent avoir tendance à trouver des justifications à la manifestation du racisme ».

Tensions exarcerbées par la crise

Ainsi, une part croissante de Français — 8 points de plus qu’en 2008 — se dit d’accord avec l’affirmation selon laquelle « il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France ». Ils sont 50% à estimer que les difficultés d’intégration sont d’abord le fait du manque d’effort des personnes d’origine étrangère. « Tout cela est lié à un contexte économique dans lequel les immigrés et les étrangers redeviennent le réceptacle du malaise social », souligne le rapporteur.
La crise économique a exacerbé la compétition et les ressentiments propices au racisme. Ainsi, « les personnes défavorisées économiquement ou celles qui sont le moins diplômées ont plus tendance à se déclarer racistes ». Mais les membres de la CNCDH se sont aussi inquiétés de « la montée des expressions du racisme dans les milieux politiques et véhiculés par les médias ». Ils constatent « une dérive dans le langage », qui finit par rendre normal l’utilisation de termes qui nourrissent le racisme.

Camille Bauer


Kanalreunion.com