Culture et identité

Précisions de Rodolphe Alexandre

Droit de réponse

Témoignages.re / 5 juin 2012

En réponse à l’article de Jean-Charles Angrand paru dans votre numéro du 18 mai 2012, sous le titre "Eléments pour une histoire de la Guyane", le Président de la Région Guyane, Rodolphe Alexandre, tient à apporter les précisions suivantes dans un droit de réponse :

Cher Monsieur,

Ce n’est pas tant le fait de faire l’objet de votre article qui me surprend que la forme que celui-ci prend pour finalement arriver à une critique basée sur des contres vérités. Vous ne m’en voudrez pas donc de vouloir apporter des corrections nécessaires à votre papier du vendredi 18 mai 2012 “Eléments pour une histoire de la Guyane” dont le titre et par la suite le contenu me paraissent trop orientés, voire trop ambigus pour qu’ils ne soient dictés seulement par le devoir d’informer.

Je dois reconnaître que sur la forme, vous utilisez un procédé inhabituel dans le genre journalistique en interrogeant l’un de mes ouvrages avant de plonger visiblement le lecteur au coeur de ce qui vous turlupine : la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle et l’engagement politique que l’intérêt supérieur de la Guyane m’aura dicté ces dernières années. Ce faisant, vous m’obligez sur le fond à vous répondre sur l’une et l’autre de ces questions en laissant de côté le caractère mécanique de votre transition qui a le plus grand mal à les lier et rend votre style journalistique des plus difficiles à classer.

D’abord sur l’ouvrage “La Révolte des Tirailleurs sénégalais” que j’ai publié chez l’Harmattan en 1994, et pour lequel j’ai reçu sous la direction d’Edouard Glissant le Prix Caraïbe ; hormis les compliments que vous faites sur mes qualités d’écrivain pour mieux enfoncer ensuite le clou, votre essai correspond, me semble-t-il, à un véritable procès en sorcellerie, en plus en forme de leçon sur le métier d’historien. S’agissant de documents d’archives, ce qui m’intéressait en tant qu’historien, c’était de m’assurer de la fiabilité de mes sources pour dégager le sens précis d’un fait : le contact difficile d’une composante des forces de l’ordre regardée comme « singulière » par les Créoles, à une époque où les représentations coloniales associaient encore la marque de l’autorité à la couleur « supérieure » du Blanc. Pour traiter un tel objet, j’ai donc procédé à l’analyse de documents sélectionnés de façon pertinente et épurés par la méthode critique en les rapportant sous la forme d’un récit chronologique à la fois impersonnel et neutre.
J’ai bien compris que vous m’accusiez de ne pas établir de rapports directs entre les scènes de révolte et une possible « responsabilité des autorités publiques ». Mais vous n’êtes pas sans savoir que l’historien doit d’abord renoncer aux a priori avant de chercher à établir des relations entre des faits ainsi vérifiés et vérifiables. Or, dès mes premières pages, je mets le lecteur en garde contre l’impossibilité devant laquelle je me suis trouvé de consulter les documents militaires encore classés confidentiels qui auraient pu me permettre de procéder à cet exercice. Dès lors je fais le choix d’imposer une recherche scientifique refusant toute spéculation idéologique, philosophique, voire politique et visant à l’objectivité absolue dans le domaine de l’histoire.

Pour ce qui concerne mon engagement politique en faveur de la Guyane, je ne peux vous laisser en falsifier non plus à coup de contre vérités les éléments avant même qu’ils ne rentrent dans l’histoire. Vous m’accusez en effet à tort lorsque vous écrivez que « R. Alexandre se range du côté du plus fort aux élections présidentielles de 2007, soutenant Sarkozy, ce qui lui permet par rebond d’être exclu du P.S et de se positionner pour la Mairie de Cayenne ». En réalité, c’est tout le contraire de ce que vous prétendez. Je rappelle à ce sujet que ma première rencontre avec Nicolas Sarkozy date de 2006, alors que celui-ci était encore ministre de l’Intérieur, en visite officielle en Guyane pour honorer la dépouille du lieutenant de police Jean-Richard Robinson ; un ami personnel, jeune guyanais de 31 ans, père de deux petites filles, tué dans l’exercice de ses fonctions un 17 avril par des suspects armés dans un squat à Cayenne. Il est vrai que j’ai toujours dit que j’avais été sensible au déplacement du ministre de l’Intérieur qui était inhabituel pour nous en Guyane et qui constituait pour moi un geste républicain de première grandeur. L’année d’après, j’ai dit publiquement que j’allais voter Sarkozy pour cette raison ; dans un contexte où le climat de tension et d’insécurité qui prévalait en Guyane s’était encore renforcé, avec la mort de deux gendarmes entre janvier et mars 2007. Mais hormis mon attachement à la « donnée » sécuritaire, il n’y a aucun lien direct entre Nicolas Sarkozy et mon élection à la Mairie de Cayenne le 9 mars 2008.

Je ne peux donc laisser passer les soupçons d’opportunisme que vous faites peser sur ma carrière politique. D’abord parce que j’ai été exclu du PSG en 2008 moins pour avoir manifesté un intérêt pour l’action sécuritaire du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy que pour avoir rendu publique la décision de ma présentation à l’élection de la Mairie de Cayenne, que j’ai remportée au premier tour avec 50,88% des suffrages grâce à un militantisme ancien connu et reconnu de tous, une position d’homme de Gauche réaffirmée dans la République, la réussite de mon action à la tête de la Communauté des Communes du Centre Littoral (CCCL), et la situation d’une ville qui se délabrait inexorablement. Et c’est bien après cette élection que la majorité des camarades du PSG m’a finalement aidé à remporter sur la base d’un projet de Ville-Capitale, alors que j’enregistrais mes premiers résultats à la Mairie de Cayenne, que le Président de la République a pris l’initiative de me faire l’honneur d’un accord de travail que j’ai choisi dans l’intérêt supérieur des Guyanais de ne pas sacrifier devant l’autel du clivage Droite/Gauche.

Je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Le président de Région,
Rodolphe Alexandre


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