Culture et identité

Puits de Saint-Paul : plus de questions que de réponses

Archéologie

Témoignages.re / 30 novembre 2010

Le 10 mai dernier, une pelleteuse participant aux travaux de rénovation du centre-ville de Saint-Paul, rue François Lenormand derrière l’hôtel de ville, mettait involontairement au jour un trou se présentant comme un puits maçonné cylindrique, avec une margelle en pierres taillées. Depuis six mois, défilent curieux émus, coulent salive et encre, qui « mettent la pression ».

Trois semaines après l’ouverture du trou, que tous les Réunionnais attendaient avec impatience et curiosité, l’île ne disposant pas de culture archéologique, un premier chantier de "fouilles" devait se terminer vendredi dernier. Le député-maire Huguette Bello a accordé un temps supplémentaire à l’équipe qui a effectué la première exploration du "puits" et des relevés et sondages de ses abords immédiats.
Ainsi, des prélèvements ont été réalisés sur la structure archéologique et le matériau qu’il contient, prélèvements qui seront envoyés en France métropolitaine pour être analysés par un laboratoire spécialisé. On espère que des éléments de réponses seront ainsi apportés quant à la nature et à la fonction, à l’utilisation et au fonctionnement de ce trou ou fosse, que d’aucuns ont déjà dénommé "puits", et accessoirement quant aux techniques de construction de l’époque, époque qui pourrait alors être datée. Mais, il est certain que le public a hâte de connaître en réalité à quoi servait cette structure et son identification.
Après la première exploration du trou (effectuée au vu et au su de tous, avec communication dans la plus grande transparence), des fouilles plus minutieuses et jusqu’au niveau du sol d’occupation sont nécessaires pour récupérer son contenu. Car, il est évident -qu’on n’ait besoin de le supposer- qu’il contient quelque chose. Pas forcément ce pour quoi il avait l’usage, mais vraisemblablement aussi ce que les Saint-Paulois d’antan y balançaient. Il s’agit aussi d’explorer plus en avant les abords, qui ont révélé un dallage d’une surface d’environ un mètre carré constitué de pavés taillés à la main, et ce à une faible profondeur en dessous de la couche d’asphalte qui le recouvrait.
Une première exploration de ces abords a en effet aussi permis de recueillir dans le sable de petits éléments mobiliers, tels que débris de tuyaux de pipes et de faïence. Lesdits débris ne sont pas sans rappeler ceux découverts lors des trois campagnes de fouilles archéologiques organisées par le Groupe de Recherches sur l’Archéologie et l’Histoire de la TErre Réunionnaise au lieudit "Petit-Brûlé" à Sainte-Rose. Ce qui ne manque pas de susciter des interrogations…
Et les interrogations, il y en a ! Bien plus que de réponses, chaque réponse suscitant de nouvelles interrogations.
S’il en est un qui se tient à l’écart des cogitations, des suggestions, des suppositions, des supputations, des propositions et autres hypothèses des uns et des autres, c’est bien Eric Kichenapanaïdou, l’archéologue de la mairie de Saint-Paul. Il est d’ailleurs suivi sur cette voie par le conservateur en archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles du Ministère de la Culture, Edouard Jacquot, tous deux entendant dépassionner « l’affaire ».
Pour notre compatriote, il ne sert à rien de s’agiter ainsi. Il suffit d’attendre que les prélèvements effectués parlent aux spécialistes du laboratoire qui va les analyser, les dater, les identifier. Après, il pourrait avancer des réponses à ses questionnements. Mais il entrevoit déjà que plus de questions que de réponses naîtront.
Pour l’heure, il se retrouve en situation à la fois d’historien, d’archéologue... Historien, il ne prétend pas l’être, pour n’en pas posséder le titre, même s’il est passionné et féru d’histoire. Archéologue, il l’est, diplômé de l’Université de Paris. Curieux de tout ce qui a trait à son île natale, il l’est, comme devrait l’être tout Réunionnais qui se respecte. Mais il garde la tête froide et rationnelle, refuse de mettre la charrette avant l’attelage.
Une autre question que d’aucuns se posent : quelle exploitation sera décidée de cette découverte ? La balle est dans le camp de la mairie, dont le député-maire, il est vrai, entend marquer sa volonté politique sur toute décision dépassant le cadre communal. Il est à souhaiter que ce bout de notre patrimoine ne tombe pas dans l’oubli…

Un correspondant


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