Culture et identité

Quinze ans de Renésens, et même un peu plus…

Un bel anniversaire à Sainte-Suzanne

Témoignages.re / 3 décembre 2013

Jeudi dernier, dans le quartier de La Renaissance à Sainte-Suzanne, toute la famille et de nombreux ami(e)s du célèbre groupe musical réunionnais Renésens, fondé par l’artiste, écrivain et historien Dominique Aupiais, ont vécu une belle fête pour célébrer le 15ème anniversaire de cette équipe. Voici un entretien que nous a accordé Dominique Aupiais à ce sujet.

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Les danseuses d’aujourd’hui et d’hier retrouvant les mêmes réflexes.

• "Témoignages" : Dominique, vous fêtez ce soir quinze ans de Renésens. Comment est né ce groupe ?

— D. A. : En fait, je faisais déjà de la musique avec mes enfants depuis 1994-95. Durant ma jeunesse, j’avais appris les rudiments de la guitare et de la bombarde bretonne, ce petit hautbois qui a une telle puissance sonore. Arrivé à La Réunion dans les années 70, j’ai abandonné la pratique musicale. Je jouais seulement et plutôt rarement de la guitare pour accompagner mon beau-père, Léo Maillot, au banjo, lors de repas de famille. Un jour mon fils aîné, Paolo, a repéré une vieille bombarde en hêtre qui traînait sur le buffet et m’a demandé ce que c’était. Je lui ai raconté l’histoire de ma jeunesse, les soirées bretonnes, les festnoz en Bretagne au son des binious et des bombardes. Il était enthousiaste et voulait que je recommence à jouer. Lors d’un court voyage au pays natal, j’ai acheté une autre bonne bombarde en buis et une cornemuse nantaise, ce qu’on appelle chez nous la veuze. Damien, son cadet, a su très rapidement en jouer. Paolo a pris ses premiers cours de clavier avec le frère Luc, un Créole kaf, organiste à la cathédrale de Saint-Denis, puis avec Lala, un ami malgache qui venait de créer son école de musique. Et nous avons formé le Trio Renaissance.

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Le couple biniou-bombarde est toujours assuré par Morgan et Dominique.

• Le Trio Renaissance a-t-il donné des concerts ?

Oui ! On a même fait une première tournée à La Réunion : huit représentations, à Saint-Denis, Saint-Gilles les Bains, La Rivière Saint-Louis, La Ravine des Cabris, Saint-Pierre, Saint-Benoît, Sainte-Suzanne. À l’époque, nous soutenions la création de la radio Classique FM par Jean-Yves Carré, un Spiritain d’origine bretonne qui a beaucoup œuvré et œuvre toujours je pense pour Arc en Ciel. Jean-Yves a programmé une série de concerts dans les églises pour le Trio Renaissance. Nous ne jouions quasiment que des morceaux celtiques. Mais le public réunionnais répondait à chaque fois présent. Il faut dire que la bombarde accompagnée par l’orgue d’église, c’est vraiment très beau… particulièrement mélodieux. Et puis la voix de Damien était déjà exceptionnelle.

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Sur "La Réunion mon péï", chorégraphie improvisée et harmonie musicale.

• Vous en aviez même fait un premier CD…

C’est vrai. Jean-Yves Carré avait fait des prises de son correctes aux concerts de Saint-Denis (église de l’Assomption) et à celui de Saint-Gilles les Bains, avec un DAT. Il me les a offertes. J’ai emmené cela en Bretagne, au studio Epona, qui a alors produit un album amateur d’une quinzaine de titres. Le son en live était tout à fait exceptionnel. Nous l’avions appelé "Ker Anna", car à la même époque, en 1996, je sortais un livre chez Azalées éditions, intitulé "Les nouvelles du Ker Anna". Ce livre a été ensuite réédité en 1999 par Grand Océan, sous le titre "L’âme celte de Bourbon"…

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Toutou (André Maillot), surnommé le « Jimmy Hendrix » du banjo.

• Mais alors, le groupe Renésens, c’est quand véritablement le début ?

L’idée de métisser la musique celtique avec les maloya et séga créoles est arrivée peu de temps après. J’appréciais beaucoup la musique réunionnaise. J’aimais les paroles en créole, surtout engagées, comme celle de Ziskakan, et les rythmiques ternaires. Naturellement, avec mes fils, nous avons essayé de jouer des morceaux réunionnais avec nos instruments bretons. Le premier qu’on a réussi à interpréter correctement c’est "Oté la Réunion" de l’ami Danyèl Waro. Ensuite, j’ai commencé à composer et écrire des maloyas et d’autres chansons engagées. Et Renésens est né.

• Qui a repéré Renésens ? Y-a-t-il eu un agent culturel réunionnais qui s’y est intéressé ?

Exactement ! En 1997, on avait enregistré sur cassette audio mes premières compositions, comme "Nou lé pa plus nou lé pa moin", "Moin lé pa la ek sa", "La Réunion mon péi", "La kolèr pran a moin"… J’avais transmis une copie l’année suivante à Paul Mazaka, qui était à l’époque directeur des affaires culturelles au Conseil général. Un jour, il m’a téléphoné pour me dire qu’il allait venir nous voir à La Renaissance. Et le soir même, il débarquait dans la cour avec sa moto. C’est une image inoubliable. Le "Monsieur Culture" du Département était chez nous et voulait voir quelle était la famille de Sainte-Suzanne qui avait enregistré ces maloyas accompagnés d’instruments celtiques.

• Et Renésens est né comme ça ?

Oui. Ça s’est fait tout naturellement. En 1998, Bernard Batou était le responsable de la programmation culturelle à Sainte-Suzanne. Il nous a inscrits à la fèt kaf. Cette année-là, La Réunion célébrait le 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage. On a constitué le groupe avec des ami(e)s proches : Jérôme M’Bajoumbé, le copain de foot de Damien, et Michel Tsofotandro aux percussions, Jean-Jacques Pifarelly à la guitare solo, Sophie Boyer et Gaëlle Mercher comme danseuses.

• Pourquoi ce nom "Renésens" avec un "e" à la place du "a"… ?

— C’est vrai ça… Je me pose encore la question. Je voulais écrire le nom de notre village en créole. On aurait du écrire Renésans. Mais je craignais peut-être que ce mot soit repris par quelqu’un d’autre. Un jour où l’on s’entraînait en présence d’un gars du quartier de La Marine, Élien Imaho, la discussion est venue sur le nom du groupe. Il adorait notre musique Et c’est lui qui m’a dit de garder le "e" à la place du "a". « Kom sa i done in sens à Renésens », avait-il ajouté. Et grâce à ça, je n’ai plus jamais oublié mon dalon Élien de La Marine.


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