Culture et identité

Rendre accessible le créole au plus grand nombre

La bande dessinée "Les Profs" traduite dans la langue maternelle des Réunionnais

Témoignages.re / 3 juin 2010

Bien connue par de jeunes lecteurs, c’est la bande-dessinée "Les Profs" qui est désormais traduite en créole. Rencontre avec l’auteur de cette initiative, Jean-Régis Ramsamy, écrivain et journaliste.

Jean-Régis Ramsamy, comment un écrivain et journaliste tel que vous s’est retrouvé embarqué dans cette aventure de traduction d’une BD ?


- Une aventure stimulante. En tant qu’ « expérimentateur » de la langue Créole, au quotidien, à travers un journal télévisé, j’avais envie de tenter ce challenge. Ce n’est pas le même exercice, sans doute plus délicat. Car selon la formule « les écrits restent etc. ». Tout le monde sait aussi, qu’on n’écrit pas comme on parle…

A quelles difficultés avez vous été confrontées pour cette traduction ?


- On ne se rend pas compte, mais la partie la plus délicate pour moi, ça été de traduire les onomatopées, genre « hou…hou… », « aargl », « bouhou…houhou.. ». Parfois les auteurs/traducteurs créés également des mots qui n’existent pas dans la langue, mais nous n’avons pas eu réellement à passer par cette étape.
Sur un autre plan, il a fallu se conformer à un registre de langue. Jusqu’ici je ne m’étais, jamais poser la question réellement de me définir par rapport aux différentes graphies, (Lékritir 77, graphie 83 KWZ ou le Tangol). Il a fallu se jeter à l’eau. Ce qui donne un résultat mixte, qui prend en compte les résolutions de telle ou telle forme ;
Enfin pour les gags, il a fallu les rendre aussi hilarants qu’en français. Il n’en avait pas un dans chaque bulle. Mais à chaque fois, on a voulu tenter d’obtenir le même niveau de surprise ou d’hilarité.

Avec ce premier exercice de traduction de BD, avez vous le sentiment de continuer, comme vous l’avez fait pour les livres que vous avez écrit, à servir la langue créole et la culture réunionnaise ?


- Fort de ma casquette de journaliste, je crie encore haut et fort que je ne sers pas la langue, mais que la langue nous sert de vecteur, fut-elle française, tamoule anglaise ou créole. Il (ce vecteur) nous sert de véhicule pour transmettre une information.

Pensez vous que le fait de traduire des BD célèbres en créole telles que Astérix, Titeuf ou maintenant la série "Les Profs", peut contribuer à démocratiser le créole ?


- Oui dans le sens à le rendre accessible à un plus grand nombre.
Si dans le sens de démocratiser, vous voulez dire, la rendre plus populaire. Car la langue n’était pas enfermée, mais elle restait parfois confinée à certains locuteurs, de plus en plus son usage se généralise.

Pensez vous que de telles BD peuvent servir d’outil pédagogique pour l’enseignement du créole à l’école ?


- Pas seulement le tome "les Profs", sur lequel nous venons de sévir. Je sais que d’autres séries, ont été traduites par des experts du créole réunionnais. En ce sens oui.

Cette traduction est elle une traduction "pure et dure" ou plutôt une "adaptation" ? Autrement dit, les professeurs de cette BD racontent ils l’histoire de France ou celle de notre île ?


- Nous avons traduit dans la manière de rendre compte le plus fidèlement de l’histoire ou des histoires. On a adapté à dose homéopathique… Nous restons sur un fond de société française (voire métropolitaine), sur lequel nous avons enduit une couleur locale, quant cela coulait de source. Un de nos confrères y a vu une allusion à la crise actuelle des profs qui ne veulent pas être mutés en France. Ce n’est qu’une coïncidence. Je rappelle qu’il ne s’agit pas d’une charge contre les profs. D’ailleurs dans la version française, une publicité indique « l’Education nationale recommande… ».

Il semblerait que les auteurs de la série aient dessiné des planches spéciales La Réunion, que pouvez vous nous en dire ?


- Oui, ces pages correspondent à un coup de pub pour le tourisme réunionnais. Des profs veulent tous se rendre dans l’ile. Dans la pratique, c’est vrai en plus. Mais il n’y a pas de place pour tous, les premiers profs tente de dissuader un dernier arrivant, mais ce dernier est lui originaire de l’ile.

Les traducteurs du premier Titeuf traduit en réunionnais s’étaient faits aider de jeunes collégiens pour être sûr d’avoir le créole le plus proche de celui parlé dans les cours d’école. Pour votre traduction, vous êtes vous fait aider par des professeurs ?


- Nos deux aides de camps sont des enseignants. Pourtant au départ, ce n’est pas tant leur statut professionnel qui m’a intéressé. Isabelle Testa, possède une expérience par le biais d’une formation en LCR (Langues et Cultures régionales), c’était capital. Luçay Permalnaick, de son côté est un écrivain, de langue créole et française. Sa pratique de langue créole, m’a intéressée.


Kanalreunion.com