Culture et identité

Révolte de 1947 à Madagascar : succès de la journée de sensibilisation et de solidarité

Initiative de l’association REAGIES

Manuel Marchal / 5 décembre 2016

L’année prochaine, Madagascar commémorera le 70e anniversaire de la révolte de 1947. La répression exercée par la France avait fait au moins 100.000 morts. À l’initiative de l’association REAGIES, une journée de sensibilisation à cet événement s’est tenue hier au Domaine de la Pointe des Châteaux à Saint-Leu.

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En 1947, une révolte contre l’oppression coloniale s’est déclenchée à Madagascar. Elle fut sévèrement réprimée par l’armée française. Plus de 100.000 morts furent à dénombrer. À l’initiative de l’association REAGIES, une journée de sensibilisation a été organisée hier à Saint-Leu, au Domaine de la Pointe des Châteaux. Près de 200 personnes ont répondu à l’invitation. Elles sont venues de toute l’île et n’ont pas hésité à braver les problèmes de circulation. Parmi elles, le président du PCR, Elie Hoarau, Yvan Dejean et Maurice Gironcel, co-secrétaires généraux, ainsi que la sénatrice Gélita Hoarau.

La matinée était consacrée à une évocation historique placée sous la présidence de Sylvio Boyer. Simone Yée Chong Tchi Kan était la première à intervenir. La secrétaire de l’association REAGIES a tout d’abord demandé une minute de silence à la mémoire de Paul Vergès récemment décédé, et de Gisèle Rabesahala, fondatrice du Comité de solidarité de Madagascar, qui nous a également quitté. Puis elle a expliqué le contexte de l’époque. Les Malgaches revendiquaient l’indépendance dans le cadre de l’Union française. Lorsque Le 29 mars 1947 débutait la révolte des Malgaches contre la puissance coloniale, cette dernière répondit par une répression féroce qui visait à décapiter le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache, fort de trois députés. Sur une population de 4 millions d’habitants, près de 100.000 personnes furent tuées en quelques mois. Face à la répression, des Réunionnais ont été solidaires de leurs frères de lutte malgaches. Simone Yée Chong Tchi Kan a également fait part des messages de plusieurs personnalités qui soutiennent l’initiative de REAGIES.

Evocation historique

Manuel Marchal a ensuite expliqué pourquoi les Réunionnais sont concernés par cet événement. Les liens entre Madagascar et La Réunion ont toujours existé, ils datent du début du peuplement, car les premiers habitants permanents de notre île venaient de la Grande île. Ces liens existent dans la culture, la langue créole et aussi dans les noms de lieux de l’intérieur de l’île. Cela souligne qu’en chaque Réunionnais, il existe une part malgache.

Alain Dreneau a exposé l’épisode de la révolte et de la répression. Cet événement se situe dans un contexte. Depuis l’annexion de l’île par la France en 1896, les Malgaches n’ont jamais accepté la domination française. Les élections de 1946 suscitent un grand espoir, avec l’élection de trois députés du MDRM. À la demande d’une indépendance dans le cadre de l’Union française, la France répond par la brutalité. La révolte est déclenchée le 29 mars 1947. Elle sera réprimée impitoyablement avec de nombreuses victimes. Alain Dreneau évoque le scandaleux procès de Tananarive en 1948, où les dirigeants malgaches comparaissaient sur la base d’aveux extorqués sous la torture. À cette époque, des Réunionnais ont manifesté leur solidarité. C’était le cas des députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche qui mobilisaient leurs collègues à Paris. À La Réunion, Témoignages informait l’opinion sur les méthodes utilisées par la France pour réprimer.

La parole a ensuite été donnée à plusieurs témoins de ces événements et de solidarité qu’elle a déclenchée à La Réunion : Louis Lechning, Eugène Rousse, Julien Ramin, Bruny Payet, Paul Vergès et Gisèle Rabesahala. Cela s’est fait sous la forme d’un film réalisé par Jean-Yves Grondin et Yves Vandereycken.

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Denis Irouva : « nous sommes tous Malgaches »

« Nous sommes tous Malgaches »

L’évocation a ensuite donné place à un débat avec le public. Benoît Blard, Julien Ramin et Denis Irouva sont intervenus. Ce dernier a raconté son expérience du service militaire à Madagascar et les discriminations dont les Malgaches étaient victimes. Son intervention s’est ponctuée d’un vibrant : « nous sommes tous Malgaches ».

Après le débat, Yvan Dejean, co-secrétaire général du PCR, a exposé les perspectives possibles de la relation entre Madagascar et La Réunion. Le dirigeant communiste a rappelé les échéances démographiques : quand La Réunion atteindra 1 million d’habitants, Madagascar en aura 44 millions puis comptera plus de 100 millions d’habitants à la fin du siècle. Il a appelé à développé des liens identitaires et culturels, « en poursuivant des relations entreprises par ceux d’entre nous (le Parti, ses dirigeants) qui n’ont jamais failli au devoir de solidarité avec le peuple malgache, notamment dans toutes les circonstances dramatiques comme ceux qu’on a vu aujourd’hui ». Et de citer plusieurs thèmes capables de renforcer les liens : libre circulation des personnes et visas automatiques entre nos 2 îles ; Francophonie ; Université de l’OI ; sécurité alimentaire pour toute la zone (co-développement) ; la coopération des peuples, au lieu des institutions : « quand on y réfléchi, comment penser nos relations dans la COI, quand demeure le problème des Chagos. “L’Océan Indien, zone de paix” est ce message fraternel dont le PCR a fait un des thèmes de son 8e congrès et qui reste un autre combat à poursuivre ».

Yves Ravelonamanantsoa est ensuite intervenu. Enseignant originaire de Madagascar, il a particulièrement apprécié cette journée. Il a salué l’initiative de Réunionnais qui veulent faire connaître cette page de l’histoire malgache.

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Lors de l’hommage à Paul Vergès et Gisèle Rabesahala, les organisateurs de l’événement à la tribune. (photo A.D.)

Hommage à Gisèle Rabesahala et Paul Vergès

L’évocation historique s’est conclue par un hommage à Gisèle Rabesahala et Paul Vergès fait part Simone Yée Chong Tchi Kan aux côtés de tous les membres de l’organisation.

Gisèle Rabesahala est une grande figure de la politique Malgache. Elle retrace cet épisode sanglant dans un livre auto-biographique. Elle a été honorée cette année le 11 juin, par le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki Moon, en ces termes : « La regrettée Gisèle Rabesahala était une grande dame de Madagascar et un exemple pour le monde entier. Elle est entrée en politique alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle a combattu le colonialisme et défendu les pauvres. Elle a été la première femme ministre de Madagascar. »

Paul Vergès n’est plus à présenter. « Vous connaissez tous son appel en faveur du co-développement avec notre voisin qui comptera 44 millions d’habitants lorsque La Réunion atteindra un million. Il a été solidaire avec les victimes de 1947. Moins d’un mois après son décès, cette journée prolonge ses réflexions ».

La troupe Lagarrigue a ensuite joué plusieurs maloya.

Les participants à cette journée ont alors partagé un repas solidaire. La journée s’est conclue par plusieurs activités culturelles avec le groupe Kreolokoz et Eve.

Dans ses prochaines éditions, Témoignages reviendra plus largement sur cet événement.

M.M.


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