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Culture et identité

"Sacatove",
de Leconte de Lisle — 3 —

Nout mémwar

Témoignages.re / 28 septembre 2012

Dans le cadre de cette chronique "Nout mémwar", nous avons commencé il y a deux semaines à publier un récit de Charles Marie René Leconte de Lisle (1818–1894), intitulé : "Sacatove" et paru en 1846. Ce texte, que nous a transmis notre ami Jean-Claude Legros, est consacré au marronnage, c’est-à-dire le combat de nos ancêtres esclaves pour la liberté. En voici la troisième partie, où l’auteur nous présente le parcours de l’esclave marron Sacatove.

Vers 1820, un négrier de Madagascar débarqua sa cargaison humaine entre Saint-Paul et Saint-Gilles. Les lots furent faits et distribués sur le sable, puis chacun remonta la montagne avec ses nouveaux esclaves.
Parmi ceux qui suivirent leur maître sur les bords de la ravine de Bernica, il y avait un jeune noir qui sera, si le lecteur veut bien le permettre, le héros de cette histoire, pour le moins aussi véridique que les aventures du poème mauricien.

Sacatove était d’un naturel si doux et d’un caractère si gai, il s’habitua à parler créole avec tant de facilité, que son maître le prit en amitié. Durant quatre années entières, il ne commit aucune faute qui pût lui mériter un châtiment quelconque. Son dévouement et sa conduite exemplaire devinrent proverbiaux à dix lieues à la ronde. Son maître le fit commandeur malgré son âge, et les noirs s’accoutumèrent à le considérer comme un supérieur naturel.

Tout allait pour le mieux dans l’habitation, quand, un beau jour, Sacatove disparut et ne revint plus. Les recherches les plus actives furent inutiles, et deux mois ne
s’étaient pas écoulés, qu’il était oublié.

La famille du blanc dont il était l’esclave se composait d’un fils et d’une fille, de dix-huit et de seize ans. L’un était dur et cruel, quoique brave, comme la plupart des créoles ; l’autre était indolente et froide, avec une peau de neige, des yeux bleus et des cheveux blonds.
Le frère passait sa vie à chasser dans la montagne et dans les savanes ; la soeur vivait couchée dans sa chambre, inoccupée et paresseuse jusqu’à l’idéal.

(à suivre)


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