Culture et identité

Saint-Louis commémore le 10 mai 2001

Sophie Périabe / 12 mai 2011

10 mai 2001–10 mai 2011, voilà maintenant 10 ans que la France reconnaissait l’esclavage comme étant un « crime contre l’Humanité ». C’est également le 200ème anniversaire de la « révolte des esclaves à Saint-Leu ». Une journée qui sera fêtée à Saint-Louis ce vendredi 13 mai, pour ne pas oublier.

Le 10 mai 2011, c’est également le trentième anniversaire de la victoire de François Mitterrand aux présidentielles de 1981. « Nous ne devons pas oublier que beaucoup de choses ont été possibles grâce au 10 mai 1981 », précise Claude Hoarau, maire de Saint-Louis.
Depuis cette date, « la vie démocratique a changé, on est sorti du fénoir électoral ».
Aujourd’hui, nous célébrons l’Abolition de l’esclavage le 20 décembre, mais nous avons aussi gagné le 10 mai grâce à Christiane Taubira. « Huguette Bello, Élie Hoarau et moi-même, alors parlementaires, avions aussi préparé la même demande, mais nous avons été doublés par Christiane Taubira », raconte le maire de Saint-Louis.
Malgré tout, il ne faut pas que notre histoire soit occultée. Aujourd’hui encore, « les adversaires de la mémoire réunionnaise font tout pour ne pas en garder ».
C’est en ce sens que la municipalité de Saint-Louis a choisi de célébrer, comme il se doit, la commémoration du 10 mai.
Loin des cérémonies en catimini organisées par certaines communes, Saint-Louis a pris deux initiatives. Tout d’abord, l’inauguration d’une Stèle à la ZAC Avenir, puis un concert gratuit sur le site du Scénopolis. La manifestation aura lieu vendredi soir pour que le plus grand nombre de personnes puisse y participer.
Une action qui s’inscrit dans le souhait formulé par la municipalité de voir un jour la colonisation reconnue comme crime contre l’humanité.

Une stèle de Gilbert Clain

Ce n’est pas par hasard si la municipalité a choisi l’un des meilleurs sculpteurs réunionnais pour réaliser cette stèle du souvenir.
En effet, courant octobre 1891, le grand-père maternel du sculpteur rivièrois Gilbert Clain achète plusieurs hectares de terres à un esclave affranchi répondant au nom de Furcy. 50 ans plus tard, c’est dans cet ilet éponyme que naîtra l’artiste à qui la Ville de Saint-Louis passe commande d’une œuvre dans le cadre de la célébration de la journée des “Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions”, fêtée au niveau national tous les 10 mai.
La stèle consiste en un monolithe mélanocrate de 2 mètres de haut pour une circonférence de 1 mètre 60 en moyenne pesant approximativement 8 tonnes sur laquelle est gravée au burin traditionnel l’inscription suivante : « Stèle en mémoire des martyrs de l’esclavage ». Une inscription faisant le tour complet de la « roche ».
C’est donc un élément constitutif de la formation de notre île (une masse infime arrachée au magma primaire sorti de la croûte océanique) qui véhicule, par la main de l’artiste lié lui-même à ce sol, ce vocable/hommage aux forces vives déracinées ayant été à l’origine de son peuplement.
L’œuvre, volontairement inachevée, comme l’histoire en mouvement de La Réunion, est destinée à accueillir chaque année une inscription ou un « marquage » différent, mais toujours en rapport avec son intitulé.
Gilbert Clain sera présent à l’inauguration et procèdera en public à « la finition » de l’inscription initiale.

 SP 


Programme

- Inauguration à 17 heures d’une “Stèle en mémoire des martyrs de l’esclavage” (œuvre du sculpteur Gilbert Clain) sur l’esplanade de la ZAC Avenir (environ 100 mètres face à la piscine municipale de Saint-Louis).

- “Marche du souvenir” à 18 heures de la stèle à l’Étang du Gol (sur le site Scénopolis) avec les Tambours des Docks.

- Concert populaire à 19 heures sur le site Scénopolis (Étang du Gol) avec Ziskakan, Fiesta créole, Nawar, Zarlor et divers groupes de Saint-Louis.


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