Culture et identité

Simone Yée Chong Tchi Kan : « tant mieux si nous voulons avancer ensemble »

Journée de sensibilisation et de solidarité sur la révolte de 1947 à Madagascar

Témoignages.re / 6 décembre 2016

Dimanche dernier à Saint-Leu s’est tenu à l’initiative de l’association REAGIES une évocation historique suivie d’activités culturelles dans le cadre d’une journée de sensibilisation et de solidarité sur la révolte de 1947 à Madagascar. Retour sur cet événement avec le discours d’ouverture prononcé par Simone Yée Chong Tchi Kan.

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Simone Yée Chong Tchi Kan, secrétaire de REAGIES.

Mesdames, messieurs, mes amis et moi, nous vous remercions pour votre présence. Je risque de blesser votre modestie en citant certaines personnes et pas d’autres.

Pour commencer, je vous propose d’avoir une pensée pour Les victimes des événements de 47, et pour Gisele et pour Paul, a qui nous dédions cette manifestation. Je vous remercie de vous lever pour une minute de silence.

Mesdames, messieurs,

Votre présence nous enseigne qu’il fallait réaliser cette manifestation de sensibilisation à l’Histoire des événements de 1947 lorsque 100 000 Malgaches ont perdu la vie sous un gouvernement de la France. Chacun à leur manière, Jacques Chirac et Francois Hollande, l’ont reconnu. Je suis sûre que d’autres initiatives commémoratives auront lieu, et c’est tant mieux si nous voulons avancer ensemble.

Les médias ont tendance aujourd’hui de qualifier les peuples qui se révoltent de « printemps ’ des peuples. Pour moi, 1947, c’est le Printemps du peuple Malgaches qui vivait sous la domination de la France.

Pourquoi en 1947, deux ans après le carnage de la 2e guerre mondiale, deux ans après le « plus jamais ça » des Nations qui ont créé l’ONU, pourquoi à Madagascar s’est perpétré l’un des plus grands massacres coloniaux ? Un massacre commis par les vainqueurs du nazisme ? Par ceux qui ont subi les horreurs de la guerre ? Beaucoup de jeunes Malgaches ont lutté pour libérer la France. Beaucoup sont morts au combat. Comment la France, a-t-elle pas choisi la répression et l’abandon des idéaux nés de la Révolution de 1789, lorsque le peuple s’est soulevé pour le changement de société ? Tous les hommes naissent libres et égaux en droits… L’Indochine suivra très vite, l’Algérie, le Cameroun…

Faisant suite aux promesses d’accorder la liberté aux colonies, faisant suite aux espoirs nés de la victoire contre le fascisme et le nazisme, Madagascar ou toute autre colonie ne pouvait-elle pas espérer vivre enfin hors domination, hors indigénat et humiliation perpétuelle ? Ce pays pouvait-il dépasser son statut de dominé, sortir de cette situation étrange d’infériorité accolée à la « race » ? Pouvait-il mener sa propre histoire ? Les colonies ne pouvaient-ils plus faire confiance à la parole de la France ? Celle des Lumières, superbe promesse d’humanisme.

La France d’alors, 1946, choisit de maquiller les promesses et refusa toute idée de Liberté. Rejetant l’idée d’autonomie dans l’union française proposée par l’Etat français, les Malgaches se soulevèrent, choisirent d’être rebelles. La politique a perdu, les armes ont parlé.

Le samedi 26 novembre 2016, le chef de l’Etat français François Hollande a reconnu les faits commis par la France, en 1947. Il s’agit bien là d’une reconnaissance des crimes mais il n’y pas eu des excuses officielles. Les réparations non plus. Ces interventions au plus niveau de l’État français sont un encouragement à en parler, ouvertement, car des Réunionnais ont été entraînés dans l’armée française.

Heureusement que nous n’avons pas attendu, nous avons pris nos responsabilités, avec l’association REAGIES, l’aide de nombreuses personnes et le soutien du PCR, un acteur de premier plan dans les relations avec Madagascar.

Je remercie les personnes qui, ce matin, traiteront de l’évocation historique. Je remercie les personnes qui nous permettront, ce midi, de partager un repas solidaire. Grands mercis à ceux qui vont nous aider, cet après midi, à exalter le Respect, la Solidarité et la Paix à travers diverses activités à caractère culturelle. Enfin, mille mercis à vous tous présents.

Votre présence nous enseigne qu’il faut parler de l’histoire. Nous ne sommes pas des historiens, au sens du métier mais nous croyons que l’histoire aide à construire un monde d’amitié et de Paix. Nous vivons dans un monde difficile et il faut utiliser l’histoire pour rappeler ce qu’il ne faut pas reproduire les déchirements.

Oui, mes amis, face à la guerre et à l’affrontement, contre le racisme et la xénophobie ambiante, imposons le dialogue, construisons l’amitié entre les peuples.

J’ai une amicale pensée pour toutes et celles et tous ceux qui n’ont pu assister à cette journée et dont certains (es) nous ont transmis des messages d’encouragement pour en citer quelques uns :

Catherine Gaud docteur et présidente d’association : « hors département… Je vous souhaite bonne réussite pour cet évènement »

Raoul Lucas, maître de conférence : « retenu à l’extérieur… je vous souhaite plein de succès,… » il en va de même pour Mario Serviable : « vous remerciant de cette belle initiative »

Aline Murin conseillère régionale : « C’est un évènement qu’il faut marquer, Madagascar notre île voisine, notre sœur est un petit bout de La Réunion (…) Je vous rejoins sur ces valeurs portées durant cette manifestation, valeurs de paix, de respect qui font partie de notre vivre ensemble résonné (…) Bonne manifestation »

Elyett et Jacques Rasendratsirofo : « … sincères remerciements aux initiateurs de cette commémoration… le père de mon époux et le mien ayant tous deux souffert de la répression en 1947.. Merci pour votre solidarité citoyenne ».

Merci à toutes et tous de nous accompagner aujourd’hui ! Excellente journée dont je déclare ouverte les activités.


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