Culture et identité

“Sucre amer”

Le 2 octobre à l’École supérieure des Beaux-arts de La Réunion

Cinthia Fontaine / 30 septembre 2011

Le Festival du film d’Afrique et des îles propose de voir ou de revoir "Sucre Amer" une perle du film documentaire engagé. Le film d’une vingtaine de minutes tourné à La Réunion retrace avec sensibilité la période entourant les élections législatives de 1963 où Michel Debré fut élu député avec plus de 85% des voix. Il dénonce la fraude électorale qui fit voter les morts pendant que les vivants se voyaient refuser ce droit et fut pour cela interdit de diffusion pendant longtemps.

Le film met en parallèle la propagande coloniale où Debré harangue la foule réunie grâce à l’intimidation des ouvriers sucriers, vantant « les valeurs inestimables de la société française » tout en déniant les origines multiples de la population réunionnaise. Face à la pression coloniale se dresse le grand mouvement populaire qui réunit une population bafouée qui doit survivre dans la misère et les communistes qui se battent pour le développement de La Réunion faite par et pour les Réunionnais.

Le documentaire montre à travers des témoignages, les preuves d’une fraude d’envergure où tous les opposants à la politique colonialiste soutenue par Debré et les propriétaires sucriers, se virent priver de carte électorale et donc de droit de voter pendant qu’une vaste magouille faisait voter les morts. Il montre aussi à quel point le régime en place faisait régner la terreur en maintenant la misère. Les CRS accompagnés de nervis avaient chargé la foule, sans prendre garde ni aux enfants ni aux femmes.

Le temps où les morts votaient

Dès cette époque, Paul Vergès et le Parti Communiste Réunionnais se sont battus pour que soit reconnu le peuple réunionnais et ses diverses origines, africaines, indiennes, malgaches, chinoises et françaises comme faisant partie de l’âme réunionnaise et de sa fierté. Avec le syndicat des ouvriers sucriers, ils ont mené le combat pour que les travailleurs réunionnais puissent connaître l’égalité et que leur travail soit rémunéré à sa juste valeur et pour le droit à un vote véritable. Ces combats, le Parti Communiste Réunionnais a su les mener pour le développement de La Réunion face à ceux qui dénient ce droit au peuple.

Aujourd’hui, encore une fois le vote des sénatoriales, à travers celui des grands électeurs ne reflètent pas le vote profond de la population. Mais il met toujours face à face, ceux qui refusent le droit au développement des Réunionnais à travers le refus d’un transport en commun propre ou l’autonomie énergétique, face à ceux qui se sont toujours battus pour que ces droits soient ceux de la population. Comme ils se sont battus pour que soient reconnues la multi-culturalité réunionnaise, sa musique le maloya ou sa langue créole. Car comme disait déjà Paul Vergès en 1963, « nou lé fyèr dèt Rényoné ».

CF


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